Jour 5 – … and Wednesday too…
Je me réveille, il est 5h.
Je termine d’écrire la veille pendant que Manu prolonge la nuit.
La dame super (Miura) de la cabane super, propose une activité détente, j’ai réservé hier pour ce matin. Je vais prendre un bain enzymatique.
Ça vous la coupe hein ?
Internet : Un bain enzymatique (kousoburo) est un soin de bien-être traditionnel japonais où le corps est enseveli dans un mélange de son de riz et de sciure de bois de cèdre ou de cyprès en fermentation naturelle. Cette activité microbienne génère une chaleur sèche et douce avoisinant 50 à 70 °C sans aucune électricité, provoquant une sudation intense et purifiante en 15 minutes.
J’ai rdv 15mn avant pour le topo. Miura me montre les différentes étapes, le chemin dans la maison. Je dois me déshabiller, complètement. Poser mes affaires, et entrer dans la pièce à bain.
Ensuite, je dois me mettre dans la boite, me couvrir de son de riz, et elle arrivera pour compléter.
Ok, limpide, Je procède. À poil Sibylline.
C’est une pièce en bois, avec une grande boite en bois, remplie d’une poudre brune qui sent.. je ne sais pas. Les plantes sèche mais humides, la fermentation, le chaud. Ce n’est pas désagréable, mais l’air est stagnant, immobile.

Je dois m’allonger, il y a un trou un peu pré creusé, et commencer à me recouvrir. La dame va arriver pour finir le boulot.
Elle fait encore des grands gestes, elle creuse pour caler mes bras. Elle fait un monticule délicieusement chaud derrière ma nuque. Cette poudre est à la fois léger et dense. C’est curieux.
Elle en rajoute, sur mes jambes, mon ventre ma poitrine. Elle pose une serviette sur mon visage, recouvre le tout de poudre de riz et soulève une partie de la serviette, qu’elle replie vers le haut, sur mes yeux, pour découvrir mon nez et ma bouche.
Elle sort, je dois rester 15mn ainsi, dans ma cuisson.
Au bout de 50 secondes (allez, 1mn), c’est la panique. J’étouffe. Ça fait ça, d’être enterrée vivante. J’ai le coeur qui bat à 100km/h. Je suis en lutte avec le fait d’assurer et de ne rien avoir à prouver mais quand même, c’est absurde, et je capitule. Face à un soin bien-être, je capitule.
La terreur gagne. Je libère mes jambes, mes bras et j’allège la charge du haut de mon corps. Je me sens ridicule. La chaleur est intense, j’essaye de remettre mes bras et si je creuse trop profond, je me brûle un peu.
La dame passe me voir, me demande si ça va. Elle doit bien voir que j’ai retiré le beau pâté de riz qu’elle avait fait sur moi.
Mais elle est gentille, j’ai juste dit « Slight Panic ». Coup de bol, en japonais, panique, ça se dit panikku. Je pense qu’elle a pigé. Elle me propose de la glace. Je ne peux vraiment pas bouger, elle me met un glaçon dans la bouche. Ça fait du bien, dans toutes cette sudation, du froid intérieur. Ce glaçon qui disparaît, c’est mon ami. J’essaye de ne pas penser qu’à ça, à la sensation de froid. Je pense aussi à toutes les autres fesses qui ont dû suer dans cette étrange matière.
La dame vient me sauver. Les 15 minutes sont terminées. Elle me donne une brosse en plastique, pour enlever le gros du sable à l’odeur étrange. Quand je m’extirpe de là, j’avoue, je trouve mon corps presque beau, recouvert par la poudre sombre. Je regrette de ne pas pouvoir faire une photo.
Je prends le temps, je frotte cette terre bénéfique qui a voulu me manger. La douche est juste à coté, je me lave, cette odeur reste. Mais j’aime bien. Ma peau est douce, j’aime bien.
Vivement le prochain moment bien-être de ce séjour.
Miura me propose un petit déj « good for your body ». Du riz complet avec des haricots, des poissons séchés minus, une soupe miso gingembre avec des légumes, et des pickles. C’est parfait.

Je retrouve Manu. Miura m’a dit que j’allais être fatiguée. Je confirme. D’un coup, j’ai plus de jus, je fais une mini sieste. Et puis ensuite, on range, on va vers Nagano aujourd’hui.
Manu a préparé un itinéraire, première étape, un sanctuaire.
Si la religion souvent m’agace, là, ça va. Ce sanctuaire : Suwa-taisha Shrine Kamisha Hommiya est un des plus anciens au monde, il a plus de 1200 ans.
Il y un couloir de bois, avec des pochettes alignées en verre qui s’agitent dans la vent. C’est le musique des voeux des gens.
Beaucoup de gens font des signes de prières, je me demande ce que ça fait de croire en quelque chose. J’ai oublié je crois. Même si, du peu que j’ai compris, ici, on vénère des éléments, ou une montagne. Un jour, peut-être je creuserai cette affaire.
On balade au milieu du bois ancien. La carte postale est fascinante. On s’arrête aussi pour faire un tampon dans le carnet des tampons de temple.
On fait quelques pauses, je dors bcp dans la voiture. Je ne sais pas si c’est toute cette détente qui a raison de moi, ou si c’est encore le décalage horaire. Mais je dors.
On s’arrête dans une brasserie de saké. C’est minus et en bordel. On est loin des gros magasins chics à goodies multiples. Une dame et son amie nous montrent, trois sakés, 2025 et 2026. Un Junmai Daiginjo qu’elle appelle Number 1, puis un Junmai Ginjo et un Junmai. Ce qui change, si je dois résumer : c’est le polissage du riz et le choix du riz.


Manu ne peut pas boire (tolérance 0 au Japon), alors je goûte. C’est mon rôle, ma mission divine, mon sacrifice.
Rhololo Number 1 est maboule. Plus cher, mais hé. Allez on prend le Number One et un Junmai Ginjo. Wouhou ! La dame nous offre des prunes confites, de la pastèque, nous remplit notre bouteille d’eau. On montre notre trajet, on discute un peu, c’est chouette comme tout.
On décide pour rejoindre notre Airbnb du soir, d’éviter les péages. Un : c’est cher. Deux : les routes de campagnes sont si jolies.
Alors j’en loupe parce que je dors encore, mais à un moment, j’ouvre les yeux, on est dans la montagne, les Alpes japonaises sont à ma gauche, et là : un aigle. Il est un peu loin mais il est immense. On s’arrête, on peut grimper un peu et un télescope est annoncé.
Sur cette hauteur, des papillons partout. Dans la fond, un genre d’autel comme on en voit beaucoup, mais dedans, on dirait qu’il ya quelque chose.
Quand je m’approche, une musique tintinnabule. On se croirait dans un film d’horreur. Cette musique qui pourrait être dans l’attraction « It’s a small world », c’est en fait un test quotidien de la musique pour annoncer les catastrophes naturelles aux habitants. Elle s’appelle : shichōson bōsai gyōsei musen hōsō.
Je m’approche, et je découvre cette personne.
Oh wow.
En cherchant ce matin, je découvre que ce n’est pas une figure religieuse classique (la guitare électrique nous a un peu mis sur la voie). C’est une sculpture d’art brut, d’un artiste local.
Internet dit :
« Zukudase Myōō » n’existe pas en tant que divinité officielle du bouddhisme. Il s’agit d’un jeu de mots ou d’une expression humoristique mélangeant le patois de la région de Nagano (Shinshu) avec un roi de la sagesse bouddhique (Myōō).
Associer les deux donne métaphoriquement le « Roi de la Sagesse qui chasse la flemme » ou le protecteur de la motivation et du travail, une boutade très ancrée dans l’esprit travailleur et rural de la préfecture de Nagano.

La nuit commence à tomber doucement, on cherche notre Airbnb des montagnes. C’est une maison, chez l’habitant.
On a loupé les supermarchés pour s’acheter à manger. On ne trouve rien sur le reste de route…
Coup de bol, en arrivant, notre hôtesse nous dit qu’un seul restaurant est ouvert, un izakaya avec du sake. Elle nous dit que si on veut boire, le restaurant propose de venir chercher et de ramener les clients.
Rhololo mais c’est super !
Alors on y va, on mange, on boit, tout est bon, décidément, bravo le Japon.
Quand on rentre, on discute tard avec notre hôtesse en buvant notre Number One. Et après, dodo. Tant de journées en une journée ^^

































































