Jour 14 – Plonger dans le saké

J’ai réalisé hier soir que l’hotel onsen où on va n’est pas du tout à l’endroit que je pensais sur la carte. Légère flippe de « est-ce que ça fiche tout par terre », mais en fait, ça va.

Avant de partir, j’ai vu sur Atlas Obscura qu’il y a un endroit abandonnée, un de parc d’attractions thématisé Nouvelle Zélande (oui écoutez, c’est pas banal).

On fait le bout de route. Bon, un peu comme attendu, y’a des bribes mais y’a surtout des gens à l’intérieur du parc qui bossent avec des pelleteuses. Impossible d’entrer. Tant pis.

Pause aire d’autoroute, je goute ce mini truc au radis bizarre fourré au fromage mou. C’est fumé et ça se mâche. Je ne saurais dire mieux. 

Je cherche un restau sur la route. Et je vois qu’il y en a un spécialisé en cheval.
Y’a pas mal de monde, on se dépatouille avec le distributeur de tickets pour commander. Je prends des sashimis de cheval et Manu un autre truc, bol de riz avec du cheval haché. Le tout avec des soba. Froide pour moi, chaude pour Manu.
Nos voisins de table nous parle spontanément. C’est assez rare et un peu rigolo.

Encore aujourd’hui c’est un bon bout de route. On fait des pauses shopping, 2nd street, Bookoff (tout ça, c’est de l’occasion, mais en super état). 

Mais surtout on tape dans google « Sake Brewery near me ». Bah quoi ? On découvre, il parait que c’est bon le sake. On est dans le pays idéal pour en boire pour la première fois. Hum.

Dans la ville où on est, il un endroit qui correspond à la requête.
On arrive, on se gare, y’a personne, à part deux jeunes qui arrivent à contresens de nous, une bouteille à la main.
Manu demande, et le jeune homme dit qu’il faut appeler. Dans la foulée, hyper gentiment il appelle, et il nous fait signe de le suivre à l’arrière du batiment. Il fait coulisser la porte du hangar, et nous fait rentrer. 

5 mn plus tard arrive un monsieur, presque en courant. Le jeune part et le nouveau monsieur nous emmène dans son bureau, on dit qu’on veut acheter une bouteille, il nous montre, explique avec mon traducteur de téléphone les différences de riz et de levure. On est loin du « on rentre, on paye ». Et après il nous demande de le suivre.
L’inattendu super : il nous fait une visite de sa brasserie !!


C’est pas propret comme dans les grosses brasseries.  C’est le bordel génial.
On passe de hangar en hangar. Il nous montre les machines. La polisseuses de riz, la mise en sac, le trajet pour emmener le riz. On fini par arriver dans un des frigo, et il nous sort une bouteille sans étiquette. Il choppe dans une autre pièce une étiquette, et on va dans un dernier frigo pour qu’il la colle sous nos yeux. En plus de ça, il sort un gros paquet d’un machin sous vide. Il nous explique (en vrai c’est chaud de se comprendre mais on finit par y arriver) que ce sont les résidus qui sont pressés pour en faire des feuilles. Ça se mange, ça contient encore un peu d’alcool, et moi, il me dit que je peux en mettre dans mon bain et vu les gestes qu’il fait, je devrais ressortir jeune et belle comme si j’étais jeune et belle. Et c’est un cadeau. Moooooh. 

On se dit merci, on se serre même la main, on se dite au revoir. Et il s’excuse pour son mauvais français (qu’il n’a pas parlé ^^)
C’est tellement notre nouveau BFF. (Et spoiler : son sake est dingue de délicieux)

Route route route….

Direction : l’endroit chic super que j’ai réservé avec un onsen au bord de la mer.

On longe la mer, on dépasse un train qui longe la mer. Toujours cette forêt dense d’un côté, les vagues de l’autre. Tous les villages qu’on traverse sont a moitié vides. Les commerces à l’abandon, des maison recouvertes de végétation. Je l’ai déjà dit, c’est elle qui gagne ici de toutes façons.

Je somnole beaucoup et d’un coup Manu me réveille : UN SINGE ! REGARDE ! 

Bordel, mais oui, y’a un singe sur la rambarde. Manu fait Starsky et Hutch. Il fait un demi tour express et retourne vers le singe. Qui traverse la route, et se cale dans un chemin et nous regarde passer en faisant vraiment une gueule de singe.
Alors ça, c’est pas banal.


Manu cherchera plus tard, en dehors des évidences de : ne pas nourrir et ne pas faire des câlins, faut pas soutenir leur regard, c’est considéré par les macaques comme une grosse provocation. OK ! Bad boys les macaques.


On arrive sur un grand parking, j’imaginais pas trop ça comme ça notre logement du soir.
C’est un batiment pas très beau, avec une grosse entrée. Je pense que le terme auberge m’a un peu biaisé le truc. Je m’attendais à une taverne comme dans un jeu de rôle japonais ^^
Grand lobby, un peu vieillot…
Un jeune homme nous accueille, réservation, deux nuits, tout ça.
Et là il me dit que désolé, mais avec mes tatouages, l’accès au onsen ne sera pas possible.

Euuuuh, c’est à dire que j’ai pris deux nuits exprès pour allez dans le onsen qui donne sur la mer… c’est le onsen froid d’un coup. En plus on regarde autour de nous, je redis, c’est un peu vieillot, y’a un peu du monde, on se croirait dans une maison de retraite. Alors bon… la maison de retraite mais sans aller dans les sources chaudes, surtout pour le tarif….
Manu arrive, je lui annonce. On fait tous les deux des têtes de gens super déçus avec un poil d’agacement quand même.
Le jeune homme, va parler avec des gens d’autorité supérieure. Il ne se défait jamais de son sourire gentil.
Il revient.
Il nous demande si on peut les couvrir avec des couvre tatouage. J’avoue je ris, et je mime ce qui me semble être « partout sur moi, bisous, je vais pas me changer en momie pour me baigner. » Il repart.
Il revient.
Et nous dit qu’on pourra y aller, mais plus tard… quand y’a moins de monde.

A part, il nous explique, le Japon, tout ça, que lui vient de Taiwan et que là bas c’est comme en Europe. Je lui dis que nulle part nous n’avons eu de soucis, et que je pense qu’il est évident que nous ne sommes pas des yakuzas.
Il est tout de suite d’accord. Je crois que j’aurais bien aimé qu’il doute pendant 2 secondes, ça aurait été classe.

Soudainement, tout me prend la tête. On ne peut pas annuler la résa (sinon je ne suis pas remboursée), on est à l’autre bout du Japon avec rien autour. Je suis mal à l’aise du futur malaise.


Il nous amène à notre chambre, et nous dit sur le trajet : Mais allez-y quand vous voulez, c’est ok.

Alors c’est gentil mais moi du coup, je rebascule en angoisse. J’aime pas du tout l’idée, je me vois déjà gênée en me demandant si une cliente va râler parce que j’ai de la déco poisson sur les guiboles. Manu s’en fiche.
On avance dans le couloir moche. La chambre est plutôt cool pour une maison de retraite, grande, et la fenêtre donne sur la mer. On peut regarder le coucher de soleil en attendant la mort.

On a demandé l’heure du diner la plus tardive, parce que c’est diner compris. 19h30. C’est le plus tard.


Ah, c’est un buffet. Avec des plateaux. Comme une cantine en fait.
Pas le repas tradi comme espéré. Je dois avoir l’air d’une grosse snob en racontant ça, mais en vrai j’avais choisi cet endroit pour avoir tout le pataquès traditionnel et vivre un repas foufou. Que Manu soit assis en tailleur, que ça me fasse rigoler parce qu’il n’y arrive pas. Qu’on fasse ohhh et aaaah. C’est le seul endroit où j’ai payé un peu cher, alors oui, je suis un peu déçue.

En vrai, le diner est bon, c’est ok quoi.
On va faire un tour au onsen après. Finalement, des dames très gentilles nous aident à trouver le bon côté (faut vraiment qu’on apprenne à identifier homme et femme même si y’avait un gros indices avec les panneaux bleus et rouges).

Comme d’habitude, tout le monde s’en fout de moi. On m’ignore fort, à part les petites filles qui me pointent du doigts, mais ça, ça arriverait partout.
Je mets un peu plus de temps à ne pas me détendre que d’habitude.

Et puis après c’est pas tout ça, mais au lit mémère. C’est qu’elle est fatiguée, avec sa cheville. Je m’endors en regardant des catalogues de prothèses de hanches.

On boit le sake génial, et puis après je teste mon nouveau meilleur ami, le fauteuil qui fait des massages de 15mn pour 1 euros 20.

Bonne nuit ! 

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