J’ai ENFIN pu uploader la vidéo du petit gig à Tokyo :
(Merci Coco d’avoir filmé <3)
On se réveille tôt, je prends des news d’Althéa que je n’aurais que plus tard, pour cause de décalage horaire fait exprès pour que je m’inquiète longtemps.
Je range la chambre, Manu va me chercher mon tamago-sando du matin, Je me fais un café avec une bouilloire savante et du mauvais café lyophilisé.
Ce matin, on va au onsen conseillé par Eiki. On ramasse nos affaires pour partir directement après.

On grimpe dans la montagne, c’est à 10 minutes en voiture. Un parking, la vue sur les montagnes.
Il y a des petits restaurants, et visiblement deux onsens. Pour choisir, ils ont mis un gros dé en bois (sauf qu’on a vu ça en partant). On s’est dirigé vers le onsen qui avait une flèche, et surtout le seul qu’on a vu.

Une petite dame nous montre la machine à payer. C’est comme un distributeur, mais qui donne des tickets. Faut mettre des sous, cliquer sur ce qu’on veut, c’est-à-dire deux entrées, et puis deux serviettes, et puis deux gants de toilettes. Et après, on donne les tickets à la dame qui est retournée dans sa guérite, et effectivement, elle nous donne des serviettes et des gants de toilettes, et nous montre que c’est par là.
Manu va côté homme, je pars côté femme.
Je suis un peu perdue. Alors je demande. Y’a des casiers, je regarde ce que les autres font, mais y’a pas foule (deux personnes, dont une qui se rhabille). J’interroge donc une gentille dame (j’ai dit « sumimasen », c’est peu, mais mon air perdu doit aider, et j’ai j’ajoute « hijimate » qui veut dire « première fois »). Elle me fait un rond avec son pouce et son index, alors moi aussi, je fais un signe « super » en levant mon pouce, elle a clairement l’air de trouver que je suis débile. Ça se tient, je la comprends, je me sens débile. Une autre dame qui vient d’arriver intervient avec beaucoup de gentillesse, et me montre l’endroit pour mettre une pièce de 100 yens dans le casier. AAAAAH C’EST ÇA LE ROND AVEC LE POUCE ET L’INDEX. ELLE MIME UNE PIÈCE.
Après, pour la suite, je copie la dame qui arrive, donc je me mets toute nue, je range mes affaires, je sors ma serviette et mon gant nouveau et je passe côté douche. (Bien entendu, je n’ai pas de photo). C’est une grande pièce, un peu comme dans les hammams, avec une ribambelle de petits tabourets, face à des miroirs, à chaque fois une douche, une bassine, du shampoing et du savon liquide. Je procède à une toilette minutieuse, je ne vais pas entretenir le truc de « les français, onsen mauvais ».
C’est déjà super, je me lave les cheveux, je frotte avec mon gant, et heureusement, j’ai pris un crayon pour m’attacher les cheveux (j’ai vérifié avant, faut pas laisser trainer ses cheveux dans les onsens. Onsen fout pas du tout.)
Je vais à l’extérieur, et l’effet wouaou est là. Devant moi, un bassin rectangulaire, assez grand, et en bas d’une dizaine de marches en pierre (les marches sont comme les cailloux que mange le mangeur de cailloux dans l’Histoire sans fin), il y a d’autres bassins au milieu de pierres rondes. L’eau est chaude, et devant moi, je vois le Mont Fuji entouré par ses copines montagnes. Le bruit de fond, ce sont les cigales et un glouglou léger.
Il y a trois mamies dans les bains du bas. Une dame dans le bain du haut. Niveau foule, j’ai connu pire. Je me cale dans un petit coin. Il est 9h30, le soleil est déjà haut et cogne gentiment. Je prends mon gant que je retourne mouiller à la douche froide, je mets tout ça sur mes épaules, car je doute qu’on puisse mettre de la crème solaire.
Il y a des chapeaux pointus en paille, mais je n’ai pas pensé à en mettre un sur ma tête. Je me suis dit « Oh c’est super ça, pour le soleil, des chapeaux ! ». Voilà, voilà.
Le constat de la magnifique beauté de l’endroit fait, je réalise que je vais être face à face avec moi-même pendant une heure. Détente physique : 100%, angoisse mentale 95%. Je boucle un peu sur les thèmes : « Surtout ne pas penser aux angoisses, surtout profiter, surtout ne pensez à rien, surtout sentir et ressentir les alentours. »
Et puis après, je m’en veux de cette injonction. Pourquoi je ne pourrais angoisser gentiment dans ce lieu magique, en regardant le majestueux Mont Fuji et ses nuages assortis, hein ? Et si je réfléchissais à un projet de livre, ça serait utile ça, une épiphanie de détente.
Je passe à ce moment-là à 110% d’angoisse mentale. Je me dis que Manu doit être si heureux à côté, à poil à barboter. Moi aussi, je le suis en vrai.
Je crois qu’il faut que je fasse la paix avec cette trouille de la solitude. Ou alors au prochain onsen, je prends un livre, ou mes impôts à faire, je sais pas.
Je me dis aussi que c’est forcément magique ici, que si rien n’a guéri mon épaule, ou ma tendinite du pouce, peut-être que ça, ça va marcher. De fait, mon pouce me fait moins mal. Mon épaule en revanche, je pense qu’il va falloir un sacré paquet de montagnes et de bains chauds.
En vrai je mesure la chance que j’ai, être au bout du monde, à cuire à feu doux sous un soleil merveilleux. Je retourne me laver, et paradoxalement je suis très triste de quitter cet endroit parfait.
Je me relave, je me sèche avec ma serviette neuve, et je retrouve Manu qui a une banane de contentement assez super à retrouver (oh ça va, les blagues avec les bananes).
On fait le constat qu’on ne voit plus du tout d’européens depuis qu’on est parti. Plus rien n’est écrit en anglais, et nos traducteurs de téléphone sont un peu marrants parfois.
On dit au revoir, et on roule au milieu des arbres fruitiers. D’ailleurs, sur les vignes -des gros arbres impressionnants- chaque fruit est emballé, c’est assez joli.
Je viens de chercher le pourquoi. Ça protège les fruits (maladie, insecte, oiseaux, etc…) et surtout, ça maintient une esthétique. Il y a peu de place pour les cultures au Japon, les fruits sont un peu un produit de luxe, qu’on offre en cadeau par exemple. C’est une main d’œuvre minutieuse, ce qui explique aussi les prix, et y’a très peu d’import.
On s’arrête sur une aire d’autoroute, pour manger un bout.
On se retrouve devant la machine à distribuer des tickets, comme au onsen, mais là, c’est pour choisir son menu. C’est un peu comme les trucs tactiles du McDo, mais retro. C’est le minitel du panneau de commande. Comme je me dis qu’on va mettre du temps, je propose au monsieur derrière nous de passer devant. Il dit « Ça va aller », en français. Un vieux monsieur sympa, qui nous sourit de bon cœur. Alors on commande, on dit des mots en français aussi (parce qu’on en connaît hé). C’est rigolo.
On mange, c’est sympa mais gras, mais sympa.
Et hop, zou. ON s’arrête sur la route dans une brasserie de saké. On achète deux petites bouteilles et un tablier pour Manu. On croise des fruits encore, des rizières, et Manu n’a de cesse de nettoyer ce pare-brise au lieu de clignoter.

(pardon, mais cette mascotte <3)
On arrive au rdv pour le Airbnb, un petit magasin tenu par une étrange dame, qui m’a dit, sans exagérer une cinquantaine de fois merci. On s’amuse bien. Je remplis les papiers, je donne mon passeport, elle me dit qu’elle a préparé le barbecue commandé, et elle me tend un plan pour trouver nos lits.

Ce soir, on dort dans une caravane ! C’est un peu d’Amérique au Japon (et c’était 62 balles la nuit).
On va faire un tour dans un supermarché vite fait, et retour dodo manger.
On se fait un gueuleton à la plancha. J’écris pendant que je digère et je baille. Mais on boit du saké délicieux acheté cet après-midi, et il est vraiment délicieux.
(Punaise, en écrivant, je me suis faite piquer par un insecte, j’espère que je ne vais pas avoir des grosses testicules).



































