Ce matin, j’ai marché dans un kiri en allant au boulot.
En frottant ma santiag sur le trottoir et en disant des gros mots, je me suis dit que cette journée démarrait étrangement. Je me targue de ne pas accorder d’importance aux dates tristes. Que les gens sont morts tous les jours de l’année, et qu’il vaut mieux utiliser les dates pour fêter la joie, l’amour, et la première fondue de l’année.
Sauf que mon anniversaire, c’est un drôle de truc. Ça fait des années que je dépense une énergie folle pour fêter, pour fêter fort, en m’entourant le plus possible, en en faisant un enjeu de plus en plus absurde, au fur et à mesure que les années passent.
En marchant dans mon kiri, je me suis dit que j’avais envie d’écrire ce matin. J’ai un rapport compliqué à l’écriture. Je ne sais pas écrire comme ça, pour rien. Écrire pour ne pas être lue n’a aucun sens pour moi. Je jalouse ceux et celles qui remplissent des pages par amour du mot. Pour moi, ce sont les vrai.e.s artistes, je suis un impostrice.
Alors pardon à ceux qui auront pris la peine de cliquer, je ne peux pas écrire pour rien.
En 1994 (je crois) (je me repère mal dans le temps). J’étais à l’école en Floride, pour un an, mon année de troisième. C’était les vacances, et mon père est venu en visite. Pour fêter ça, il m’a emmenée au Bahamas. Les plage étaient belles, j’ai fait du scooter des mer. Il se trouve que j’avais un copain de classe qui y habitait. Bon, c’était pas vraiment un copain, il était plus grand d’au moins deux ans. Il jouait au basket. Il n’était pas très beau, mais il était plus vieux, et cool.
Le soir où on fête mon anniversaire avec mon père, comme souvent, il boit trop, et s’endort dans la chambre d’hôtel. Je ne me souviens même pas si il a été infecte ou pas.
J’avais prévenu, prévu de voir cet ami le soir, après le diner. Papa ronfle, il s’en fout de toute façon.
Le copain d’école passe me prendre en voiture. Ouais, c’est comme dans les séries américaines (vous me voyez venir hein, on y vient).
On boit des cocktails, je n’a pas l’habitude, on fume des joints, j’ai pas l’habitude. Je m’endors je ne sais où, et je me réveille je ne sais comment.
Je suis sur la banquette arrière de la bagnole, ma culotte sur les chevilles. Je fais semblant de dormir pendant qu’il tente, vainement. J’ai gardé les yeux fermé, j’ai fait semblant de dormir, jusqu’à ce qu’il capitule et qu’il me reconduise à mon hotel.
Il m’a réveillée quand il m’a déposée. « Happy birthday Sib ! » Comme si de rien n’était.
J’ai fait comme dans les films ce soir là, j’ai pris une douche, en pleurant, et en me disant que c’était de ma faute.
Au début de Facebook il m’avait demandée en amie. Je ne suis même pas sûre qu’il ait compris pourquoi je n’ai jamais accepté.
Et puis il y a eu l’anniversaire de 2001. J’ai 23 ans, Althéa a 5 mois. Je m’agace parce que mon père ne m’a pas appelée pour célébrer la naissance de sa fille aînée. Il a eu le bon goût de mourir le 29 mars, le lendemain. Sans rien me fêter. Il aura vraiment eu le chic pour gâcher les festivités.
Et puis l’année d’après, ou celle d’après, on fait la fête, dans mon appartement. Il y a des amis partout, de la musique fort. Je ne peux pas boire, parce que je suis enceinte, mais hé, la fête ! La fête !
Sauf que ce soir là, je me vide de mon sang. J’évacue des lambeaux dégueulasses, je change trois fois de pantalon, parce que l’hémorragie est impossible à contenir. Au milieu des amis et de la fête, les happy few qui savent quel drame je suis en train de vivre s’inquiètent et me voit virer au blanc. Petit à petit, l’appartement se vide. J’irais aux urgences le lendemain pour qu’on m’annonce un curetage indispensable pour enlever, je cite « ce qu’il reste ».
Alors oui, c’est idiot, à 45 ans, de continuer de vivre ce jour, le coeur battant, en guettant l’amour qui effacera ces souvenirs dégueulasses.
Je me demande quand même qui jette des kiri par terre sans réfléchir aux conséquences ?
C’est terrible ce que tu nous raconte là.
Pauvre Sib.
Ça me donne envie de te serrer très fort dans mes bras et de te voir renaître avec toute ma joie de vivre.
Tu n’es, malheureusement pas la seule à vivre pareil drame.
J’espère que tu vas en parler et cracher cette horreur avec des gens compétents.
Comme beaucoup d’autre, je t’aime et souffre pour toi. J’ai une longue expérience de vie, des souffrances de celle-ci et de la mort aussi.
Il faut se reconstruire, tu y arriveras, mais pas toute seule.
Une chose après l’autre.
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Tu sais quoi Sib, merci à toi d’avoir déposé sur la table cette série de patates chaudes, merci ouais. Ce soir, je te lis et je me mets dans la meme énergie que toi : les dates d’anniversaires ça n’a rien d’anodin au contraire, ça n’est jamais un truc en lien avec rien, au contraire, c’est toujours en lien avec des trucs relous. Alors, quoi de plus normal que de réagir à l’approche de l’une d’entre elles ? Je revendique le droit inalienable d’avoir le blues / de rouspéter / de se sentir brassée / de détester / flipper / bugguer/ ou bien coup-de-mouter les jours d’annniversaires, et de toi à moi, le mononeuronné d’Amérique, il mérite juste de pourrir dans des douves au pain sec et à l’eau croupie, rien de mieux pour lui… le reste des événements on y peut rien, sauf trouver ça moche, et c’est légitime.
Ceci étant posé, je suis sure qu’il y a un peu partout sur la planète des gens qui ont plein d’amour pour toi, aujourd’hui, et aussi tous les autres jours où tu fais partie de leur vies… et ça c’est foufou mais c’est une chose certaine. Bisous cœur ♥️ x 45.
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Un bon anniversaire malgré le bourbier de la vie, malgré les souvenirs dégueulasses et les saletés qu’on voudrait bien oublier. Pour moi tes anniversaires sont très jolis souvenirs passés avec beaucoup de belles personnes, c’est loin mais ça reste encore là, bien au chaud dans mon cerveau vieillissant :))
Beaucoup de tendresse et de pensées sincères du fin fond de ma paysannie ❤
Signé : La vieille meuf qui envoie des messages tous les 10 ans environ.
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