C’est le matin très tôt, il fait encore un peu nuit, je prends une longue douche avec une araignée pour essayer de décoincer mon épaule foutue. Ces douleurs de dos me fatiguent fort, et à ça, s’ajoute un amorce de migraine (spoiler alert, à l’heure où j’écris, je suis à deux doigts de me faire tronçonner le rachis, histoire de séparer ma partie têtale du reste de mon corps, c’est immonde).

Manu se réveille, il est 6h, on se prépare tranquillou et on
va petite déjeuner, chez Shelly’s, c’est à 5 minutes à pied, c’est affreux, je
réalise qu’on n’a jamais autant marché que ce matin depuis qu’on est sur la
route. Hum.
Chez Shelly’s, c’est un diner très classique, à l’ancienne.
Je vous laisse deviner ce que j’ai commandé. Dans le mil. En plus, c’était le special du jour (prononcer spècheul). 5$95 pour deux œufs, du bacon, et une demi portion de biscuits and gravy. Quel beau pays ! Je fais glisser l’ensemble avec deux grands mugs de café très bon avec plein d’eau comme j’aime.
On file ensuite prendre la voiture, pour aller au supermarché, et remplir notre
super glacière en polystyrène, la meilleure amie de la route. On achète des
ziplocs pour mettre des glaçons, et de quoi faire des sandwichs pour déjeuner,
un gallon d’eau et un melon.
Les USA, c’est le pays du glaçon et de la boisson trop froide. Si un jour y’a
plus du tout de glaciers, que tout a fondu, je pense que les Etats Unis peuvent
fournir de quoi fabriquer mille icebergs en petits bouts.
Je mets des glaçons dans mon gros thermos, je complète avec mon eau, et hop, de
quoi boire toute la journée (spoiler alert : j’ai bu presque 2 litres
d’eau aujourd’hui et j’ai fait pipi en gros pareil.)
On dit au revoir au Wagon Wheel Motel, et à Cuba, Missouri.
Allons-y let’s go, c’est parti les amis.
Pas loin après, on voit un magasin de bord de route devant des vignes. Ils
vendent du raisin, on se dit que c’est une bonne idée pour grignoter en
chantant jovialement. Dedans, y’a des objets vide-grenier pas chers et moches,
des confitures, du miel, des légumes et du raisin. Le truc c’est que les
porions sont gigantesques, alors Manu demande si on peut en prendre moins. La
jeune fille au comptoir n’en sait rien et faut attendre une autre dame qui doit
pouvoir prendre ce genre de décisions importantes.
Le truc, c’est que la dame a mis du temps à arriver. Oh ça, c’est pas grave,
mais pendant ce temps, Manu a eu le temps de faire un peu plus attention à la
déco. Et là, bonjour le cauchemar. Sur une première affiche est dessiné un mec
dans un arbre en train de viser un cerf,
avec cette inscription « This is where I stand on shooting animals. »
(En gros, Voici ma position par rapport à la chasse). Ok. Ensuite, une autre
pancarte : « Health, Alcohol Tobacco And Firearms, Should Be A
Convenience Store Not A Government Department » (La santé, l’acool, le
tabac et les armes, devrait se trouver dans une épicerie, pas au gouvernement…
un truc du genre, vous voyez l’idée), et le summum du pompon de
l’horreur : « If you can read this, thank a teacher, if you can read
this in english, thank the military. » (Si vous pouvez lire ceci,
remerciez un prof, si vous pouvez lire ceci en anglais, remerciez
l’armée)… Je suis sidérée, j’oublie tout
le temps que pour certains, c’est nous les zinzins, à vouloir la paix, à être
contre la peine de mort, les armes, tout ça.
On remontait dans la voiture, quand la dame tout sourire arrive dans
l’encadrement de la porte avec un air désolé d’avoir mis autant de temps à
arriver, et nous fait signe de revenir très gentiment. Merci mais non merci,
allez salut. Manu a démarré en faisant crisser les pneus sur la 66 et on est
parti en trombe. Dans ma tête, c’était comme ça en tout cas.

Après ce drôle de début : la joie. Des panneaux tout au
long de la route nous annonce une attraction dingue, et ce, dans une
cinquantaine de kilomètre : Uranus.
Je vais essayer d’expliquer pourquoi c’est drôle, et pourquoi on a tellement
ri.
En anglais, Uranus, ça se dit : Yoreillneusse, donc : your anus,
donc en français : ton anus. C’est comme si un village s’appelait Tonanus.
C’est une source infinie de blagues (qui marchent mieux en anglais par contre).

Petits exemples :
-I hope it’s not too hot in Uranus
-I might get a tattoo in Uranus
-We had so much fun in Uranus
Etc.
Uranus, ce n’est même pas un village, c’est vraiment un genre de lieu-dit avec un magasin de fudges et gadgets en tout genres, une escape room (Escape Uranus 😀 ), et un musée un peu freaks. Je suis ivre de joie.


On arrive à Tonanus. (des fois, ça marche), et on se gare
sur le parking de Tonanus (vous voyez à quel point on peut rire des
heures ?).
C’est délicieusement ringard, et complètement cool à la fois. On fait des
photos bêtes.
On rentre dans le musée, on paye 6$ chacun, c’est donné, c’est cadeau ! On entre.
C’est vraiment une bonne surprise ! Des vitrines avec des spécimens humides (des bestioles préservées dans des bocaux avec du liquide), des trucs empaillés, des affiches de vieux freakshow, une bâche de l’homme le plus grand du monde pour pouvoir se comparer, une réplique de la tête de Elephant Man, des sirènes comme s’il en pleuvait ! Il y a aussi des animaux inventés, comme le ratagator (mélange entre rattlesnake, et alligator – serpent à sonnettes), avec des explications loufoques. Il semblerait donc que si vous vous faites mordre par un ratagator, vous deviendrez fou, et serez pris d’une très longue crise de pets incontrôlable. Dans un coin, une chaise électrique, dans un autre, la tronche de Bigfoot. Et, zinzin fou : de véritables tortues siamoises vivantes dans des aquariums. Je le dis que je suis aux anges ? Que je voudrais que ce soit chez moi ? À QUEL POINT C’EST FORMIDABLE ?!

requin a deux têtes 
cochon cyclope 
l’amoureux et le grand monsieur 
coucou 
Bigfoot 
Sirène 
double tortue 
Tadam
Je cours partout. Mon seul chagrin c’est qu’on dirait bien que ce n’est pas l’heure du spectacle. Un petit sideshow pour conclure aurait été formidable, mais bon, je me suis déjà bien amusée à Tonanus. La dame du magasin de souvenir du musée avale tout de même un sabre avec un air un peu blasé, mais sympa quand même.
J’en profite pour lancer une annonce, si vous avez des poissons séchés, des crânes, ce genre de truc, et que ça vous encombre, pensez à moi 😀 (Manu ne veut pas que je ramène de crâne de bison en souvenir de ces vacances, c’est très frustrant).
Y’a plein d’autres photos là si vous voulez : https://chezsib.wordpress.com/2019/08/15/j-4-we-had-fun-in-uranus-toutes-les-photos/
On va ensuite voir la boutique de fudges. La collection de t-shirt est super drôle, et en plus, on se fait accueillir par les vendeuses à grand renfort de « Welcome to Uranus ! »
Au fond de la boutique, y’a une autre boutique, au début on ne fait pas attention vraiment aux motifs des t-shirts autres casquettes, mais Manu finit par me montrer : encore des trucs pro-guns, pro-guerre, pro-mort, pro-bordel de merde. Le vendeur a l’air tout enthousiaste de vouloir m’expliquer des trucs quand il me voit faire trois photos de ces horreurs. Je me casse de là, glacée. C’est le seul moment où j’ai été triste à Tonanus.
Il faut tout de même quitter Tonanus, non sans avoir été jeter un œil à la plus grande boucle de ceinture du monde. C’est con, j’ai raté la photo, mais croyez-moi sur parole, elle est vraiment très grande, cette boucle de ceinture.

Ensuite on enquille de la borne (j’essaye de causer routier). La 66 continue de passer d’un côté ou de l’autre de l’autoroute. On ne croise pas beaucoup de voiture. On traverse des petites bourgades asses désertes. Parfois, des maisons désolées se font voisines de grosse maisons chics, d’autres fois, c’est le village entier qui semble abandonné, quand soudainement, un supermarché, et un peu de vie.
Le nombre de voitures garées partout est impressionnant, ainsi que le nombre de magasins en rapport avec l’automobile quand on passe dans des villes un peu plus peuplées.
Vers midi douze, je vois un tronçon de route qui semble déserté, Manu bifurque, et au bout, un pont fermé. C’est le cadre idéal pour pique-niquer, assis sur le vieux bitume, avec les insectes qui viennent faire plopplop avec leurs trompes sur mes bras. Je suis très flattée même si ça chatouille et que ça m’agace un peu.
J’en profite pour faire pipi en cachette de la voiture pour la deuxième fois aujourd’hui. Ça fait rire Manu parce qu’il est effectivement peu probable que quelqu’un me voit, même si je faisais pipi en courant debout et en agitant les bras. Mais que voulez-vous, je me méfie.
Je fais une mini sieste dans la voiture, la migraine est en
train de gagner la partie, et j’ai l’épaule qui en rajoute une couche. Il fait
toujours aussi beau, on n’est pas en retard pour notre prochaine destination,
on fait un léger détour dans un Mall à Springfield. On fait deux trois magasins
pour trouver des cadeaux, et faire pipi dans un endroit avec une porte.
Si en Illinois, il y avait surtout du maïs qui pousse le long des routes, dans
le Missouri, il y a des bestioles et des bottes de foin. A propos de bottes,
nous voici arrivés à Carthage, la ville de notre lit de cette nuit. On dort au
Boots Court Motel. C’est le premier propriétaire du motel qui donne son nom à
l’établissement. Ce brave Arthur Boots arrivait du Kansas avec sa famille et à
choisi l’emplacement avec soin. Le Motel se trouve à l’intersection deux routes
très importantes, la 71 qui arrive du Canada, et la 66 qui arrive de la côte est. C’est, comme ils disent : The Crossroads
of America. En 39, c’était un peu la crise, et Arthur Boots était un homme
malin, il a d’abord installé deux pompes à essence, puis a construit (designé
par lui, même, et l’architecture vaut le détour) deux chambres. Le succès fut au rendez-vous, il a construit d’autres
chambres, avec parking intégré, et il a fini par renoncer au business
d’essence, par manque de temps. J’ai un
peu lu la suite de son histoire, ce brave Arthur n’a pas eu de bol, mais bref,
tout ça pour dire que ça a été revendu a des tas de gens, que petit à petit,
les chambres sont restaurées à l’ancienne, et c’est pas rien de dire que c’est
authentique et diablement séduisant.

Cette nuit, nous dormons dans la chambre où Clark Gable a dormi pendant la seconde guerre mondiale. J’écris, là ou Clark Gable a dormi. C’est si fou. Je vais dormir Clark, Manu ronfler Gable.
Une dame adorable nous accueille, et nous fait remplir des petits papiers. Elle nous explique que tout est comme dans les années 40, à part le wifi. C’est parfait.
Manu gare la voiture juste devant notre porte de chambre, et quand on entre, un vieux poste de radio joue un vieil air, et on danse un peu pour fêter notre arrivée. Manu est mal à l’aise comme si Clark Gable pouvait nous voir. La chambre est désuète à souhait, et sent un peu comme un grenier frais.
La suite est moins gaie, je me suis allongée sur le lit qui couine, terrassée par mon cerveau qui pulse de douleur. J’ai pris des médicaments, j’attends que ça fasse effet. Manu est allé nous chercher à manger en take-away, j’ai pris une taco salad, j’attends aussi qu’elle fasse effet. Hum.
La nuit est tombée sur le Boots Court, et c’est le clou du spectacle. Si de jour, on le sent tout pété par les années, pas encore tout à fait sur ses pieds La nuit, les néons verts s’allument, et le bon dans le passé est parfait.














[…] AH BAH BONJOUR LA VISITE. De salle en salle, des explications « scientifiques » pour tenter de démontrer que les photos ne sont pas vraies, genre, c’est ni un dragon, ni un dinosaure, c’est une foutue mouette, ou un bâton ou un jouet moisi. Et blabla, les gens sont crédules, et gnagna, c’est trafiqué. Genre ils disent qu’il est impossible de nourrir une grosse bestiole sympa avec ce que contient le Loch N., qu’ils ont fait des virées avec des sonars et qu’ils n’ont rien trouvé, que blabla. Non mais pardon, mais n’importe quoi. C’est quoi ces gens qui font les malins pour dire que Nessie n’existe pas. C’EST QUOI LEURS RÉSEAUX DE LOSERS POURRIS ? HEIN ? En plus, leurs films explicatifs sont mal gaulés, on se croirait dans une version russe de l’aventure intérieur tellement les effets spéciaux sont nazes. Je suis déçue déçue.Heureusement, il y a gift shop à la fin. Je vais pouvoir ramener des souvenir de mon amie. OH NO, WAIT ! On se croirait dans un magasin de tour Eiffel en plastique à Barbès. Tout est moche, rien de rigolo. RIEN. Bon sang, mais zut à la fin, il y avait tant à faire en terme de goodies merveilleux ! Je suis saou-lée. Prenez exemple sur Uranus*, eux, ils savent vivre (ceci est une référent à un voyage passé. ICI.) […]
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