Cher vous,
C’est un poil crispée que j’écris ce soir, oh rien de grave, mais notre motel dans la ville glauque de ce soir a des draps qui ont une tache pas loin de mon pied gauche, j’ai voulu vérifier si c’était une tâche propre en reniflant, et bien non. Ce n’est pas une tâche propre. Soyons honnêtes, de vous à moi, ça fait un moment qu’on se connaît, je ne suis pas fragile, mais c’est indéniablement une tâche de sperme, et elle n’est pas à nous. Voilà, pfiou, maintenant que c’est dit, je me sens mieux, et comment ça, on est tous un peu mal à l’aise. C’est bien.
Reprenons depuis le début, cette journée qui mène à la tache. (Je ne veux pas que vous oubliiez la tache parce que moi je ne pense qu’à ça-je l’ai recouverte d’un autre drap, qui lui, ne sent rien – même si je ne sais pas si c’est bon signe). Donc, ce matin, je me suis réveillée aux aurores du matin de l’aube, et j’ai terminé d’écrire en attendant que l’amoureux se réveille. On a rangé notre fourbi, douche, café, mission donuts. Oui parce que hier, c’était super, alors on a recommencé, mais ce coup-ci, j’y suis allée avec Manu.
The Fractured Prune que ça s’appelle. C’est grand, tout propre, sans tache (héhé), et derrière une vitre, une grosse machine qui fait tomber des ronds de pâte avec un trou au milieu, puis qui glissent dans un bain d’huile, pour ensuite se faire retourner par une grille rotative, pour se faire récupérer par le monsieur qui trempent la pâte cuite-frite dans les différents glaçages choisis. On en a pris trois chacun. (Si je dis une demi douzaine, je sens que vous allez juger, alors que trois chacun, ÇA VA). Bon en vrai, j’en garde un pour plus tard, et deux, c’était presque trop pour un petit déj.
On repasse à la maison parce que le wifi étant mou, les photos n’étaient pas toutes chargées.



Comme à chaque départ, on se regarde avec un air décidé pour se redire : Frappe la route, Jacques. La journée démarre toujours bien.
Manu propose, avant que nous prenions la route de Needles et de la tache (héhé), que nous faisions un détour par Sedona. Il paraît que c’est joli, et on aime bien les trucs dans ce genre là.
On fait la route depuis Flagstaff, et toujours, disséminées ça et là, des habitations perdues au milieu de champs, de forêts, de rien. Après un long plat pays, on entame la grimpette d’une montagne. C’est beau, parce que dans les rochers rouges, il y a des arbres verts, et même quelques cactus (ma nouvelle passion).




En bas coule une rivière, et pour la voir d’un peu plus près, on s’arrête, pour descendre de voiture, et faire un bout de sentier, qu’est-ce qu’on est sportifs ! C’est super, et en bas, on entend des gens qui se baigne.

Un peu plus loin, sur la route, gambade un faon. Il nous regarde, on le regarde, une voiture arrive en face (pas de panique, rien ne meurt) et le faon se met un peu sur le bas côté et retourne tranquillement dans la forêt qui grimpe. Je sors de la voiture, je m’approche un tout petit peu, et il me lèche la joue. Huhu mais non, il se sauve en cavalant, je ne suis pas une princesse de dessin animé, voyons.
Mais c’était super, on s’est regardé au moins 4 secondes dans le noir des yeux avant qu’il ne me montre son postérieur pour s’en aller.
On s’arrête près d’un pont qui surplombe le canyon, et il est possible d’aller en dessous pour admirer le paysage d’un peu plus près. Je vis, encore une fois, un moment de vertige pitoyable. Manu fait une photo de moi, agrippée aux rochers, à environ 30 mètres du vide. Je me demande si ça se soigne quand même.

La preuve en image
La route qui mène à Sedona est truffée de bungalows, de motels, de camping, etc. C’est vraiment un lieu touristique pour vacanciers fortunés. On sent que c’est un poil chic. L’arrivée en ville confirme tout ça. Les magasins sont majoritairement des boutiques bien être, diseuses de bonne aventure, photos d’auras (je ne plaisante pas, on peut se faire photographier son aura), de pierres qui guérissent à peu près tout, et de l’artisanat indien. Je pense qu’après avoir fait son shopping à Sedona, on est paré pour une soirée transe à Goa.
J’achète quand même du thé en vrac avec mon thé glacé pour la route, parce qu’il est fabriqué avec de la poire de cactus séchée qui pousse dans les parage. (#passioncactus).
On fait demi-tour, il faut repasser par Flagstaff pour se rendre à Needles.
En sortant de Flagstaff, on l’avait un peu vu arriver -les éclairs étaient un bon indice- on se prend un orage un peu dingue sur la tronche.
Les voitures s’arrêtent en pleine autoroute, warnings de partout. Quelqu’un nous vide sa piscine sur la tronche, il n’y pas d’autre explication. Ah et puis maintenant, la grêle. C’est très créatif la météo ici.
On finit par redémarrer doucement, une fois la pluie tassée. Il s’avère qu’il y a bien eu un accident devant. Un camion gigantesque, comme dans les films a dû glisser vers l’avant dans la pente à cause de la pluie, et a réduit d’un tiers une petite voiture qui devait par manque de bol rouler devant lui pile dans la descente. Tout le monde a l’air d’aller bien, y’a pas de casse de gens, mais ils ont dû avoir bien bien peur. Le coffre est plié, les valises prennent la pluie et tout le monde a l’air bien embarrassé. Mais la police est là, et gère.
Il pleut encore un peu, mais moins, et à un moment, plus du tout. Ça reste sombre cette affaire, et les éclairs continuent de faire les marioles dans le lointain.
On a pas mal de bornes à faire, et c’est déjà le début d’après-midi.
Excitation maximum : nous allons emprunter la légendaire Route 66. Comme dirait la chanson de Bobby Troup : « Get your kicks on Route 66 ! ».



On fait un premier écart à Williams pour la trouver. Williams est truffé de magasins de souvenirs à thème, mais malgré le neuf des gadgets, y’a un truc dans son jus qui reste assez émouvant. Il y a un même un magasin tenu par un vrai cowboy, qui a une grande barbe, et qui coud ses trucs en cuir lui-même. On se balade, on trouve un gros supermarché où on peut s’acheter une salade et du poulet et du melon (je précise pour rééquilibrer le sucre raconté ici. Pas de panique, nous ne reviendrons qu’avec les artères modérément bouchées).
La Route 66 a été recouverte en grande partie par l’Interstate 40, (c’est un peu triste, ils ont construit par dessus, mais pas partout).
Manu prit un malin plaisir à me répéter qu’elle redevient Route 66 uniquement dans les villes et qu’elle est l’I40 sur les grosses portions. Ça s’est vérifié à Flagstaff, et là, à Williams.
Quand on rentre dans les villes, les panneaux I40 sont remplacés ou enrichit de panneaux « Historic route 66 ».
C’est donc le running gag du jour, Manu me répète en boucle « Figure-toi que la Route 66 n’existe que dans les villes…. », « Ah au fait, ils ont construit l’I40…. », « Savais-tu que la Route 66… » (Il a dû me le dire 23 fois hier et sensiblement pareil la veille), sauf que : c’est faux. HAHAHAHA ! Je farfouille mon appli de cartes et pour ne pas rester sur l’I40 avec les gros camions qui conduisent comme des scooters à Paris, on emprunte la parallèle, et d’un coup, c’est plus pittoresque, et c’est bien la 66. On est tout seul, on roule en ligne droite vers devant nous. On n’est pas dans une ville, l’I40 est au loin. Yeah.
Autour de nous, c’est très plat, des touffes d’herbe au milieu de grands champs, quand c’est plus vert, il y a des vaches et au loin des ranchs, et tout du long, dans le fond, des montagnes sombres. A un moment, une vache à l’envers, sur le dos, toute seule dans son champs, les pattes en l’air, raides comme des piquets. Cette image est restée imprimée. C’était vraiment triste. Par contre, pour celles qui marchent encore et font des trucs de vaches vivantes, elles ont du terrain, c’est formidable. On croise aussi un petit chien qui fait l’andouille sur la route, quelques petites agglomérations, en général composées de caravane en miettes, de motels abandonnés et d’un ou deux magasins de souvenirs Route 66. Ces magasins font aussi un peu musée, y’a des bouts d’histoire, de vieux véhicules, de bric à brac, c’est rigolo et un peu émouvant.
A un moment, j’ai quand même envie de faire pipi, on tombe sur un nouvel endroit de bord de route, qui ressemble en tout point aux magasins de souvenirs : une cabane avec faux cowboy en bois, des bouts de bagnole, une vieille pompe à essence HS, des trucs en bois sculptés, un banc dehors sur la terrasse en bois. Tout y est.
On rentre, pensant trouver les habituelles plaques d’immatriculation en métal avec des prénoms dessus (c’est un peu le bol breton du coin), et là, en fait, c’est un bar, avec des vrais gens, qui regardent un match de football américain, ambiance mal éclairée, hors du temps, il pourrait être 18h à l’apéro en pleine ville. Sauf que dehors, il fait 35 degrés, qu’il est 15H30 et que y’a rien autour à moins de 100 km de chaque côté.
Du coup, on prend une Bud à partager. (On était un peu pris de court, et on savait pas bien où se foutre ni quoi faire).
J’écoute la conversation près de moi au bar, il y est question de chasse, de sanglier qu’on vide, que mais non, y’a pas de parasites et que c’est bon à bouffer tout de suite. Huhu, ben ça alors.
Un monsieur à bonnes joues, la cinquantaine, nous demande d’où qu’on est. On raconte, il nous parle des coins qu’il aime bien, tout ça, on discute 5 minutes et on repart.
Je pense que Manu en a secrètement un peu marre de conduire aujourd’hui. Ce qui m’a mise sur la voie, c’est quand il a dit « J’en ai un peu marre de conduire. » On a donc limité les arrêts, histoire d’avancer au maximum.
Heureusement, on arrive presque. Petite tension de fin de parcours, l’essence clignote. Ah.
Je ne me réjouis que très modérément de devoir potentiellement raconter un nouvel aléa de voiture. Mais non, tout va bien, il reste 7,5 km avant la pompe à essence à l’entrée de Needles. La satation est ouverte, y’a le bon carburant. J’aime quand un plan se déroule sans accroc. Il fait de nouveau 39° par contre.
Le soleil s’est tranquillement couché, c’est donc sous une lumière de fin de journée que nous découvrons Needles. Pourtant, il n’était écrit nulle part que c’était une Ghost Town… C’est si vide… dépeuplé. Tout est fermé, à part les trois magasins d’alcool. On pige un peu pourquoi. Des tas de bâtiments abandonnés, et en plus, c’est assez aéré, les routes sont large, la désolation amplifié, et ce n’est pas très bien éclairé.
On trouve notre réjouissant motel. Une grande enseigne un peu passée indique River Valley Inn. Sur le chemin, j’étais toute contente d’annoncer à Manu une piscine.
Il y a une mini maison qui fait office d’accueil. Je rentre, personne. La porte ayant activé un carillon sonore, j’attends. Il y a une petite sonnette de comptoir, je sonne. J’aime bien pace que c’est comme dans un film. J’attends. Pourtant, derrière la porte de l’autre côté du comptoir, il y a la télé. Je re-sonne. Deux fois. Je n’aime pas, j’ai la sensation d’être impolie à souhait.

8 minutes plus tard, un monsieur sort de là, me fait remplir un papier, me donne un prix, très différent de celui de Booking, Manu le fait remarquer, il gribouille son papier, corrige le montant, et est dans l’ensemble, modérément aimable. On doit lui faire louper son film, ou je ne sais quoi. En sortant, on voit sur le portail de la piscine ses horaires d’ouvertures. Elle n’est pas encore fermée, sauf que si, parce que par dessus, il y a bien un autre panneau avec écrit « Pool closed ». Et comme elle est vide, qu’il n’y a pas d’eau, ils ont bien fait de la fermer.
On va dans notre chambre, la 10, au bout du motel, en face de la Church of Christ. On entre : le four. Il fait 50 degrés. On allume la clim, ça ne se rafraichit pas vite vite. La salle de bain est un double four, on dirait que le carrelage est chauffant. J’allume le robinet pour me passer de l’eau froide sur le visage : l’eau est bouillante, mais du côté froid aussi. Huhu. C’est zinzin ce pays.
On a quand même un petit frigo, un micro onde, y’a de la moquette bleu sale par terre, un couvre lit plutôt laid, et ventilateur au dessus qui brasse l’air bouillant en se balançant légèrement. Je me demande quand il va se détacher et nous décapiter.
Avec Manu on se demande combien de tueurs en série ont dormi ici. Le décor est vraiment idéal.





On sort manger dans le truc ouvert du coin. Déco typique, avec du bois et des crânes et des peaux de serpent à sonnettes. On prend un meatloaf avec de la purée, la serveuse voyant mon téléphone posé sur la table nous propose de nous prendre en photo. Huhu, c’est gentil. On pose en souriant bêtement (surtout moi). On mange, c’est pas mal, mais pas ouf non plus. Pourtant, Dieu sait que j’ai une passion pour la purée.

On rentre dormir, je découvre la tâche, quelle excellente transition.
Il faut faire dodo maintenant.

Ça charge mal, internet n’a de cesse de planter : pour voir plus d’images, c’est là :
Toutes les photos : https://chezsib.wordpress.com/2018/08/23/j-12-toutes-les-photos/
très sympa ton style d’écriture, j’aime bien !😉
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