J 10 : C’est un pic ! C’est un cap ! C’est Monument Valley !

Nous quittons Page et notre motel après 2h30 de bataille avec internet, et les photos qui plantent et tout et tout. Mais, je me dis qu’il vaut mieux tout faire là, plutôt que de devoir tout reprendre ce soir.
On range la chambre (je déteste laisser des trucs qui trainent, je ne voudrais pas que qui que ce soit pense qu’on est des gros crados.)
On fait l’exercice glacière du matin, vider les sacs de glaçons fondus, puis les re-remplir de glaçons froids, c’est ensuite au tour du gros thermos, voilà, le frigo est prêt, et eau fraîche à toute heure !

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Au départ, l’idée était d’aller directement à Flagstaff (c’est là qu’on dort ce soir), mais finalement, en regardant les photos de Lucie et Renaud (qui nous précèdent de quelques jours dans le roadtrip), c’est l’illumination, il faut bien sûr aller à Monument Valley. Ce n’est pas trop sur la route, mais ça ne fait faire un détour que de 250km à peu près. Ça va, dit celle qui ne conduit pas (mais je fais des sandwiches à la demande).
On est toujours en terre Navajos, la route est ponctuée d’échoppes d’attrapeurs de rêves, de bijoux en argent avec des turquoises, des perles, et tout et tout. Y’a des tas de trucs super jolis en vrai.
C’est très désertique, encore une fois, mais on croise des maisons, un peu éloignées de la route, souvent des mobiles homes, des caravanes, parfois des maisons en dur, mais c’est bien plus rare.

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On est parti de Page sans petit déjeuner, on s’est aperçu un peu tard que la route n’est pas du tout riche en nourriture. On s’arrête dans un tout petit village, Kaibito, où il y a un supermarché multifonction. Dedans, nous sommes les seuls touristes égarés, je rachète des minis carottes, c’est vraiment super pour la route. Au moment de payer, je n’ai pas fait attention, mais Manu m’a raconté après, que le monsieur de la caisse a posé une question à une dame indienne très âgée qui venait de passer ses courses : « Chief … ? » et la jeune fille qui accompagnait la dame a dit que oui. Il a donc sorti un carnet sur lequel la dame âgée a laissé son empreinte d’index, et elles sont reparties, leurs courses sous le bras. Je n’ai pas trouvé d’explications. Un mystère mystérieux.
La grosse ville avant Monument Valley (dans notre sens, tout du moins) s’appelle Kayenta. Il y a un gros supermarché : on achète à déjeuner : une chicken pie à partager, des cheetos pour mâchouiller, un sponge cake pour dégraisser.
J’aime toujours autant les supermarchés. Si j’avais assez de place dans ma valise, je ramènerais des TAS de trucs à faire à manger.
On mange sur le parking, sans trop se tacher.
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On arrive vers Monument Valley, le décor et la végétation change encore, les grosses montagnes commencent à sortir de terre.

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On entre officiellement dans le parc, après avoir passé le traditionnel péage en cabine de l’entrée. C’est 20 dollars pour la voiture.
On est chez John Wayne, on est chez John Ford, on est dans tous les westerns à la fois. Avant d’y aller, je me demandais ce que ça ferait, comme sensation. Un peu concon, j’avais peur que ce soit un peu décevant. Des gros rochers posés dans une vallée. Je ne sais, peut-être qu’à la fin de chacune de ces dernières journées, je me disais que rien ne serait plus jamais aussi beau. Je n’aime pas avoir tort, sauf là. Bon sang de serpent à sonnette ! C’est si majestueux, si emblématique !!! À l’entrée, le monsieur nous a très rapidement baragouiné trois quatre conseils/obligations, mais comme il doit les répéter 1700 fois par jour, on n’est pas sûrs d’avoir tout pigé. On se gare, on faire un tour dans le visitor center (traduction : je vais faire pipi mes glaçons), et je regarde le papier/plan qu’il nous a confié. Ils déconseillent aux voitures basses de s’engager dans la route qui fait la visite. On jette un œil de haut, des tas de voitures sensiblement comme la nôtre empruntent la route, de plus, on n’a pas super envie de monter dans les camions multi-gens qui décident de quand et où on s’arrête.
Zou, on s’engouffre.
Hihi, c’est très, très chaotique. Manu conduit formidablement au milieu des bosses et des trous. Il y a différents arrêts, pour faire des photos, pour retenir sa respiration, pour acheter des trucs, pour écarquiller les yeux à s’en faire choir les globes, pour vérifier que la voiture tient le coup, pour faire des photos, pour réfléchir en regardant l’immensité, pour se retourner…

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On fait une vraie pause à John Ford’s point. Y’a des boutiques, et surtout, y’a un indien, avec son cheval qui pose pour jouer à John Wayne. Pour 5 petits dollars, Manu peut enfourcher le cheval, et poser aussi au bord du gouffre. Je me réjouis du nouveau chapeau et de la non tendance suicidaire des chevaux -parce que c’est très près du vide quand même. C’est super, je fais des tas de photos.
Je voulais aussi ma photo, mais un groupe gigantesque de touristes arrivaient, j’ai dû passer mon tour.
Manu est chic, je pense que quand on sera grands, on aura un ranch et on discutera que en disant Yihaa, et ça sera trop super.
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On continue la route, je pense qu’on roule à environ 5/8 miles à l’heure, parce que y’a vraiment beaucoup de trous, et vraiment beaucoup de bosses. Je prie Saint Pneu et j’ai des courbatures de tension pour aider la voiture à avancer sans accrocs.
La balade est dingue. Les rochers-montagnes ont des noms super et sont magnifiques. Je me demande si des fois gens ont grimpé tout en haut, où ont atterri dessus je ne sais comment.

On conclut la boucle, on sent la tension des conducteurs, et les 4X4 font les malins.
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Il faut qu’on continue notre chemin, on doit être à Flagstaff en fin de journée, pour prendre nos appartements. Car ce soir c’est un Airbnb., et il est déjà 16h30, et il reste quelques 300 km à parcourir. La voiture est pleine de poussière rouge, nos chaussures aussi.
Je suis un peu émue quand je regarde mes baskets et que je pense aux sols qu’elles ont foulés avec moi dedans ces derniers temps.

Ah ! Et ce qui est pratique, c’est qu’il y a un décalage horaire, on gagne donc une heure. Manu doit quand même conduire les 3 prévus, mais c’est quand même plus cool.
La route, encore une fois est changeante à souhait. On passe du désert aux forêts, de villages de rien du tout aux grosses villes bourrées de lampadaire, un coup il y a des montagnes roses, un coup des tas de sable noir et beige et après, de nouveau des canyons. Il y a parfois des maisons, isolées au possible, à plusieurs centaines de kilomètres de quoique ce soit, il y a aussi beaucoup de bâtiments délabrés vide, abandonné. On sent parfois des tentatives de commerces qui ont dû mettre la clé sous le cactus. Tout particulièrement un motel (deux de la même marque dans deux coins différents d’ailleurs), où je regrette beaucoup de ne pas avoir fait de photo. C’était très triste et très beau. J’ai filmé, des petits bouts de trajet, parce que c’est flagrant, et il suffit de 500 mètres parfois pour passer d’une scène à l’autre, comme s’il y avait un fondu invisible qui assurait la transition entre les deux ambiances.

 


On sent la différence dès l’arrivée en périphérie de Flagstaff. D’un coup, les gens ont des sous, des maisons, des chaines de restaurant, de l’alcool (car oui, c’est interdit en territoire Navajo, l’alcool). Il semble à Manu que Flagstaff c’est aussi une station de ski l’hiver. Mais surtout, et bon sang de bois que je suis contente, La Route 66 passe ici. Hihi.

On trouve notre maison pour les deux prochaines nuits. Notre hôte s’appelle Bryan, on a une chambre dans sa maison. Les instructions pour entrer sont claires, il y un cadenas à code avec la clé à l’intérieur, on peut entrer, et s’installer dans la troisième chambre à gauche au bout du couloir. Il y a le code du wifi, toutes les explications pour s’installer. La maison est assez jolie, très vide, je pense qu’ils ne font que louer. Ah non ! Voilà Bryan qui arrive et prépare à diner. Bon sang que cette maison est vide ! Il n’y a qu’une seule photo d’eux avec sa chérie. Pas un livre, pas un papier qui traine, il n’y a guère que dans le frigo où il y a un peu des trace de vie. Je suis mi-admirative, mi-angoissée. C’est à la fois un peu mon rêve, et à la fois, je ne comprends pas comment c’est possible. Des fois j’aimerai bien, louer mon chez moi en Airbnb le weekend -je ne suis jamais là – mais s’il faut que tout soit vide comme chez Ikea, ça va être compliqué coton.

 

On demande des adresses de restau, que je note, pour finalement suivre le conseil de Lucie et Renaud qui sont allés dans une pizzeria quelques jours avant nous. C’est très pratique, ils sont un peu notre Guide Michelin à nous ❤
Good pizza, good beer. D’ailleurs, c’est écrit sur leur site internet « Best pizza in Flagstaff since 2002 ». J’ai bien envie d’avoir du fromage qui coule dans la barbe de Manu et sur mes doigts. De fait, il est chouette cet endroit, on commande au guichet, on choisit une bière, on s’assoit avec un petit panneau accroché en hauteur qui indique notre numéro de commande, et on peut regarder la fin d’un match de football américain.

 


J’en profite pour regarder ce qu’on a marché ces derniers jours, tout en me demandant comment cette application comptabilise le fourbi.
Lundi : 4,6 km
Dimanche : 8,2 km

Samedi : 6,4 km

Vendredi : 5km
Jeudi : 2,3 km
Mercredi : 11,2 km
Mardi : 6 km

Lundi : 8,3 km
Dimanche : 8,4 km

C’est pas si mal, mais on aura du mal à rattraper les 20 km de l’été dernier.

Après tout ce sport et ces émotions, et pour digérer la pizza, on a bien mérité une margarita (ooooh ça vaaaaaaa, UNE).
Nous allons donc en boire une downtown, dans un bar somme toute inintéressant (qui paraît-il fait bien à manger), mais où la margarita est bonne. Et de fait, elle l’est. Manu en prend une au piment, il fait un peu des grimaces, c’est rigolo.
Le Flagstaff historique est bien joli, il y a des tas de magasins avec des cailloux de hippies. J’ai bien envie d’y faire un tour demain. Il faut d’ailleurs que je trouve une robe pour un mariage excessivement important qui a lieu fin septembre. Je vais voir si je trouve ici, ou à Los Angeles. Hihi.
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Il est temps de rentrer et dormir, de rêvasser aux cailloux majestueux, d’essayer de ne pas trop penser au retour et aux soucis qui attendent bien sagement pour remordre à peine arrivée.

 

Toutes les photos sont là : https://chezsib.wordpress.com/2018/08/21/j-10-toutes-les-photos/

Une réflexion sur “J 10 : C’est un pic ! C’est un cap ! C’est Monument Valley !

  1. « Je rachète des minis carottes, c’est vraiment super pour la route ».
    Tu fais pas gaffe tu passes à côté, je veux dire.
    Mââh mais alors Pocahunta vieille qui paye ses courses d’une empreinte de l’index!!
    Y’a une réserve à côté. C’est d’ailleurs ce qui vaut la présence de cette épicerie au milieu de nulle part, à mi-chemin entre la route (au bord) et le mouchoir de poche de baraques (plus loin – j’adapte, j’ai pas tous les détails). Et y’a un deal avec le Chief qui vaut pour la communauté. Et la gamine elle est bilingue, parce que le taulier, pas navajo.
    Bon allez on parle d’autre chose, après j’arrête.
    Hey Manu, belle barbe!
    Hommage:

    bisous à vous deux.

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