Je triche, j’écris depuis mon lit de Paris.
Quand on s’est levé dimanche, il pleuvait. Par brouettes.
On a trainé au lit, et on est monté prendre le petit déjeuner sur la terrasse. On est abrité, mais l’air est lourd, toujours aussi étouffant, mais plus mouillé. Bizarrement, la pluie n’a rien nettoyé, la ville sent toujours aussi fort, et les têtes de poissons vadrouillent dans les caniveaux.
On attend que ça se calme un peu, c’est moins la tempête. On passe d’abord dans un des grands hôtels pour internet, je nous enregistre pour notre vol de demain matin. (Qui est à 8h, il faut donc se lever à 5 pour partir à 5h30 pour check-in à 6). Je bois un Fanta mexicain, Manu un coca mexicain. Seul façon d’importer ces boissons made in US.
Autour de moi, des tours operators s’agitent. Ils ont des petites tables réservées, les gens chics s’organisent leurs circuits. On pointe du doigt des plages dans des catalogues. Je doute qu’ils passent les mêmes vacances que nous. Ils ne rencontreront personne, zéro échange, la balade en voiture 50’s, en regardant en l’air pour ne pas voir ce qui périclite depuis tellement d’années.
Je me souviens qu’avant de partir, on se disait, on nous disait « Oh oui, c’est bien de partir maintenant, ça va changer très vite avec les américains, tout ça. » Je suis confiante, Le Cuba authentique n’est pas prêt à se laisser déguiser. Certains bars commencent peut-être à se moderniser un peu. On s’est d’ailleurs demandé à chaque fois d’où ils sortaient la déco « neuve ». On n’a vu aucun supermarché. Nos familles dans les casa nous expliquait que c’était d’ailleurs très compliqué, parce qu’il faut faire ses courses à plein d’endroits. Les boucheries sont bien identifiées. Donnant sur la rue, la viande posée sur le comptoir, avec les mouches qui se marrent en pensant à la chaine du froid. On n’a pas vraiment vu de magasin de fringues non plus. Des fois, dans un immeuble, une pile de moulures de plafond, au milieu d’un bordel monstre. Je pense que c’est par exemple, un magasin de moulures de plafond.
Je n’ai pas encore regardé à quoi ressemblait la Havane d’antan. Ces vieux immeubles si grandioses, hôtels, casinos, voitures flambants neuves, gros cigares et compagnie… à quoi ils ressemblaient, quand il ne restait pas que des façades qui s’effritent dangereusement ?
Après la pause wifi smecta tralala, on est parti en vadrouille, la traditionnelle chasse aux souvenirs à ramener. Thomas et Wally nous ont parlé d’un bazar, qui regroupe toutes les merdouilles typiques. Je dois bien avouer qu’on part un peu perdant. Disons que l’artisanat local n’est pas des plus heureux.
On prend le temps de regarder la ville de plus près encore en y allant. Je m’attarde, il y a mille et un détails. Du carrelage aux motifs, le travail de ferronnerie, les balcons qui s’effondrent, les réparations créatives et dangereuses, les enfants qui se penche par des fenêtres instables, une messe de Santeria dans un hall (la religion d’ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Santeria), des fruits à vendre sur le trottoir devant chez les gens. Quand un immeuble a été mieux entretenu, c’est un bon dans le temps. Mais cette ville regorge de merveilles écroulées.
On fait nos petites courses, à chaque stand on nous demande de venir regarder les marchandises. Des boites pour les cigares, des t-shirts, des trucs en bois très colorés, des instruments de musique pas jouables, et voilà. Trois t-shirts, deux sac en tissus, ça ira bien comme ça (en vrai, tout est tristement laid).

On se réengouffre dans le vieux quartier. Rien à dire qui n’a déjà été dit. Ce voyage génère beaucoup de questions. J’ai l’impression de n’avoir raconté que des trucs un peu tristes, un peu angoissés. Alors que pourtant, on en ressort un peu grandis, un peu changés.

On a marché presque toute la journée dans les rues de la Havane, on a fait une pause dans un bar un peu branchouille qui se trouvait dans la rue de notre casa. Sur une affiche :
WE DON’T HAVE WIFI
TALK TO EACH OTHER
PRETEND 1995
Best mojo ever.

On a super bien mangé, des croquettas de riz, un burrito délicieux, un cocktail délicieux dans un verre un rien excessif niveau déco.
On a fait une pause à la casa, pour rincer la sueur de la journée.
Je pense que le geste que Manu a le plus fait pendant les vacances, c’est de faire l’essuie-glace avec le doigt sur son front. Il fait chaud, tout le temps. On sue comme jamais. J’espérais avoir un peu maigris, entre les maladies chics, la transpiration, les deux repas par jour, il n’en est rien, j’ai dit des gros mots à ma balance.
On est ressorti boire des coups, mais pas tard, on doit se lever très tôt, on est heureux mais fatigué. Les vraies questions, anesthésiée pendant 15 jours refont surface. Le boulot, les enfants, la rentrée, l’année, les autres, nous, tout. C’est le moment le plus difficile. C’est comme un gigantesque lendemain de fête. Une gueule de bois qui ne fait pas mal, mais tord un peu les méninges.
(5h du matin, petit chat)
Comme prévu on s’est levé à 5h. Le lit qui grince à chaque mouvement a un peu aidé à raccourcir la nuit. Ce matin encore, il pleut, plutôt fort. Et il a plu, plutôt fort. Le taxi passe nous prendre. L’aéroport est à environ 30 minutes. J’ai cru que j’allais crever là, à la fin du voyage, dans ce taxi qui frôlait l’aquaplanning sur les routes merdiques. Je serrais la main de Manu en silence, en faisant divers testaments. Me demandant si je devais noter quelque part dans mon téléphone qu’il fallait que Margaux prenne soin des filles.
Bon, comme je ferais un piètre fantôme, vous vous doutez bien qu’on est arrivé à bon port.
Formalités diverses, un premier avion pour Toronto. 1h30 pour changer d’avion. Le stress. On est censé récupérer nos bagages. Haha. Les bagages n’arrivent pas sur le tapis roulant. On va voir un Mr Air Canada, qui nous fait envoyer nos valises sur un autre tapis, on cavale, on réenregistre, la douane, ou dans le désordre, je ne sais plus, devant nous, 8 étudiants avec mille papiers, les filles d’attente autour de nous avancent et nous, on stagne. Contrôle de sécurité, ça traine aussi. J’attends les sacs qui passent au scanner, pendant que Manu court vers notre Gate D22. Et beh c’est foutu. On l’a raté. Saoulés, mais sans conséquences pénibles. Il y a un autre avion dans une heure. Cela m’a permis de remanger une poutine. Hin hin hin.

Deuxième avion pour Montréal, étrangement confortable. 3 heures sur place, où je n’ai pas mangé de poutine, et je le regrette un peu. Et enfin l’avion pour Paris. J’ai pensé, en nous enregistrant à voir s’il restait des places avec de l’espace pour les jambes. Banco bingo. Cela dû être un bon voyage, je n’ai finalement pas dormi. Impossible.
J’ai tout un tas de photos à rajouter. J’ai tout un tas de choses à raconter encore je crois. Mais il faut clôturer. Le voyage de noce est fini, les vacances aussi.
Toutes les photos :












































Merci de nous avoir emmenés à Cuba, on n’aurait pas trouver meilleurs compagnons de voyage ! Toutes ces pages teintées de bonne magie, posée sur l’élégance déglingue de ce pays aux limbes du monde… Être baladés dans votre poche, en transpirant un peu sous la canicule de Paris, c’est un beau cadeau.
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Oh mais merci pour les mots gentils ! ❤
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