Jours 21 et 22 : De Wakayama, à Kannami, en passant par Handa. Last days.

Quand je prévois le voyage, il y a des étapes qui ne sont que des étapes. De fait, je passe beaucoup de temps à préparer le trajet, à chercher les endroits où dormir, à chercher une voiture, des billets d’avion. Peut-être que je ne passe pas assez de temps à regarder ce qu’il y a à faire une fois arrivés.
En fait, là, j’y ai passé du temps, j’ai mis des tas de trucs sur une Google my maps, mais y’en a des tas qu’on n’a pas pu faire. Car des détours en voiture, quand tu roules à 80km sur l’autoroute, ça mange du temps de journée. Pour de vrai, ça change beaucoup la donne par rapport aux voyages américains. Je calcule toujours pour avoir moins de 400km à faire par jour. En général, c’est plutôt 200/250 max. Parfois il y a une grosse journée, pour relier un point A et un point B. Là, j’avoue, je me suis laissée surprendre. J’étais assez fière de moi, mes étapes étaient plus courtes, sauf qu’en durée, ça a pas mal mangé des journées.

Je n’ai pas envie d’un voyage millimétré. J’aime l’imprévu, mais parfois, ça génère pas mal de FOMO (fear of missing out). On arrive quelque part, où on ne passe qu’une nuit, et là je réalise qu’on pouvait faire de plongée avec des sirènes à facettes qui cuisinent des sushis, en te chantant des chansons de marins très belles et très tristes et en buvant du saké qui fait briller dans le noir. Sauf que comme t’as pas prévu, aux chiottes les sirènes.
En revanche, parfois, un dodo étape n’est qu’une étape, avec peu à faire autour et tu te réjouis de ne pas traîner là, car le temps aurait été longuet. Du coup ça va, et pas de FOMO.

C’est un équilibre compliqué à trouver.

Il ne s’est pas passé grand-chose de foufou ces deux dernirs jours, on a fait de la route, on a mangé parce que c’est bien, et on s’est baladé quand on a pu. (J’ai pas l’air enthousiaste, je m’en rends compte en me relisant, mais si hein, chaque journée de ce voyage fut une fête).

 
Je peux en profiter pour faire une synthèse de certains étonnements (je vais en oublier, je m’étais dit que je ferai une liste, mais j’ai raté) :

  • Il n’y a que peu de poubelles dans ce pays. Il faut effectivement un peu trimballer des trucs jusqu’au précieux moment où tu peux trier. Il y a souvent des poubelles près de konbinis (7 Eleven, Family Mart, Lawson). Des poubelles dédiées aux canettes/bouteilles près des distributeurs qui sont légions. Et euh, voilà. C’est très rare (jamais) d’en trouver dans la rue. En revanche, malgré la quantité de plastique qui emballe tout, pas de déchets par terre. Par contre dans la nature, un peu. J’ai ramassé un dévidoir de scotch dans la mer par exemple.
  • Il y a la télé dans les restaus. Dans pas mal de restaus ou de bars. C’est pénible parce que Manu qui ne regarde jamais la télé, il le fait sans faire gaffe quand elle est allumée.
  • Les émissions de télé dans les télés des restaus et des bars sont étonnantes. On dirait souvent que les gens font des blagues ambiance tarte à la crème. Ou alors on tombe tout le temps sur la même émission. Je ne sais pas.
  • Les aires d’autoroute, ce sont parfois de véritables centres commerciaux. Seb, notre ami du pays du ukulele chez qui on loge à Tokyo m’avait dit « Tu verras, rien n’est cher, alors tu dépenses tout le temps un peu. C’est un piège. » Il avait raison. Je suis tombée dedans plein pot. Mais qui préfère des impôts à des petits bols avec des poissons dessus ? PAS MOI.
  • On trouve le fameux sandwich tamago-sando (sandwich à l’oeuf) absolement partout. Je me demande si y’a une usine à sandwich à l’œuf et à onigiri pour les konbini parce que c’est tout. Pas une aire, pas une épicerie, pas un supermarché où il n’y en a pas.
  • Il y a beaucoup de montagnes et de tunnels. Manu n’aime pas conduire dans les tunnels alors il dit beaucoup « Putain, encore un tunnel. »
  • Mon prénom est impossible à dire en japonais. Même quand on tente le raccourci « Sib ». C’est pas grave, je m’appelle Chibu-san. (un mot ne peut pas se terminer par une consonne, sauf N).
  • Manu n’arrête vraiment pas de se cogner. C’est bas les portes.
  • Le saké c’est très bon. Et ça n’a rien à voir avec la phrase du dessus.
  • J’adore les salles du bain du japon. C’est une pièce d’eau complète, avec une douche, et la fameuse petite baignoire où tu te mets en boule. Je trouve ça hyper pratique, et j’ai très envie d’installer ça. Et d’obliger mon travail à installer des toilettes japonaises pour se laver les fesses. J’en ai chez moi et c’est super. Tout le monde devrait avoir ça. Tout le monde devrait avoir les fesses propres.
  • Dans les stations essence, il y a souvent quelqu’un qui vient te faire le plein, et arrête la circulation si besoin pour que tu puisses repartir. C’est hyper attentionné.
  • Globalement, c’est très attentionné et chic dans les gestions des invités. Dans les Airbnb, je n’ai de cesse d’être émue des petites choses bien pensées pour faciliter la vie des gens de passage, comme nous.
  •  

J’oublie des trucs. J’y reviendrai.

Vendredi, hier donc. On avait beaucoup de kilomètres. On s’est quand même arrêté dans un gros supermarché, pour déj et chopper des petits cadeaux. Sur la route, on tombe sur un refuge de tortues. On va leur faire des bisous.
C’est un lieu que les pêcheurs contactent quand ils choppent des tortues dans leurs filets. Elles sont soignées, pucées et remises à l’eau. On fait des coucous, et on repart sur la route des montagnes en brocolis trouées de tunnels qui font râler.

(oui, on s’arrête dans une saké brewery sur la route, pas de panique).

Quand on arrive en ville (je n’ai pas vu Starmania, c’est bien ? C’est bien dans Starmania cette chanson, j’ai bon ?), on voulait s’arrêter dans un magasin de couteaux, mais je me suis vautrée du GPS, alors on arrive là où on dort à la place. Pas grave. C’est un immeuble, le monsieur à qui j’ai envoyé un mot pour dire « on se gare » est descendue pour nous accueilir. Il nous amène à la réception au 3ème étage de l’immeuble, on remplit le petit papier qu’on remplit partout avec nos noms, adresses et passeport number, et il nous amène au 6ème. On est dans le penthouse. Oui madame.
C’est l’appart du haut quoi. Mais c’est super ! y’a des quoi se faire du café, y’a des glaces au frigo si on veut, tout est confort. Et le monsieur est vraiment adorable.
Il nous conseille un restau de bœuf pas loin. C’est l’endroit le plus moderne où on aura séjourné, mais c’est cool.

On file au restau, qui est dans un centre commercial. En fait, il y a souvent des boutiques/restaus dans les étages des immeubles. En France, ça ferait tout de suite Flunch, mais là : en un mot comme en cent : WOOOOOW.

C’était incroyable. Là aussi, un jeune homme patient et très attentionné nous explique tout bien, et c’est, comme dirait quelqu’un que je connais : la régalade.
J’ai pris option abats avec mon bœuf (Manu non, il a préféré la sécurité du poulet)
Si je résume : c’est un barbecue avec la meilleure viande l’univers. On fait griller, on trempouille dans la sauce, on a pris une salade avec, et roule mon bœuf.

Il y a un steack haché. C’est le meilleur que je n’ai jamais mangé de toute ma vie et je commence à être un peu vieillotte. 47 ans. J’ai attendu 47 ans pour manger ça. C’est idiot, croyez-moi. Et le reste encore plus foufou.


On rentre, on boit du saké pour digérer et on mange des glaces du gentil monsieur parce que l’ivresse donne envie de manger.

On dort très bien en digérant.


Le lendemain matin, j’en profite, y’a des trucs pour faire un matcha. Je crois que j’aime pas trop ça, mais ça fait longtemps que je n’ai pas vérifié. C’est l’occasion.
Bah c’est pas mal hé ! Ça donne soif je trouve, malgré les glaçons. Alors j’en bois trois.

Je découvre avec horreur un Totoro planqué derrière un rideau. Je trouve qu’il a vraiment vraiment une tête de pervers. (J’ai pas trop aimé Totoro, alors je n’ai regardé aucun autre Miyazaki. Je sais bien que c’est probablement une erreur. Je vais corriger ça. Jetez-moi des cailloux).

On va faire un tour au magasin de couteau prévu la veille. C’est beau, on a envie de tout acheter, mais je pense quand même aux impôts.

On se balade dans une galerie marchande couverte, un, peu comme à Nagasaki. Y’a plein de magasins rigolos. On mange des takoyakis incroyables, et un poisson fourré à la crème patissière. Je ne vais plus avoir faim pendant tant d’heures.
(On ne fait pas que manger, je vous assure).

Ce soir, c’est le dernier soir sur la route. Après, on rentre à Tokyo et après on rentre à Etampes-Paris.

J’ai fait des économies sur pas mal d’endroits où on a dormi, alors pour le dernier soir, c’était un budget un peu au-dessus. C’est un Ryokan. Les Ryokans, ce sont des auberges japonaises traditionnelles. Les chambres sont en tatamis, il y a souvient un onsen, et il y a souvent une expérience culinaire assortie.
J’ai donc trouvé un Ryokan abordable (de chevet. Ah non, ça marche pas). Je pense qu’il y a des options très très chic.
Il y a un onsen, on près du Mont Fuji, et il y a un restaurant. Je commande à l’avance un repas https://fr.wikipedia.org/wiki/Kaiseki#Ordre

C’est ce soir ou jamais !

La route, c’est toujours la route jolie, avec ses brocolis et ses trous dans les montagnes. On arrive au Ryokan. C’est dans un petit village. Une dame nous accueille avec beaucoup de rires et de sourires. On explique que c’est notre première fois. Je vérifie si on peut diner en yukata. Elle nous dit que oui, et que le diner c’est à 18h. On fait une drôle de tête qui nous négociera un large 18H30.

On pose nos affaires, on se change. Pour tout dire, on est un peu perdu, on a peur de se faire des conneries. Ça fait pourtant 20 jours qu’on est là, et on se demande encore si on va pas faire une grosse maladresse. Heureusement, le traducteur magique aide beaucoup.
Bim, il est 18h30. On descend de notre chambre, elle nous accompagne, pas côté restau, mais dans une petite pièce, derrière une autre partie du restau. On est seuls, on est séparé des autres gens par un rideau. Sur la table, il y a deux boites qui nous attendent. Et un petit verre et une verrine.
On ne sait pas si faut commencer, on attend, elle revient, et on commande deux bières (on a du saké dans la chambre).
Le diner va durer 1h30. Petits plats après petits plats. On prend notre temps, on se dit très vite que c’est beaucoup tout ça finalement. On rit du traducteur du menu.

On mange des grillons, du poisson cru, des coquilles Saint-Jacques, du shabu-shabu (un genre de fondue). Toutes ces petites assiettes finissent par faire un énorme repas. C’est merveilleux, et je regrette de ne pas avoir jeûner avant de venir.

On s’étonne, elle nous demande si on sait manger des sashimis, pour voir, je dis que non, et là, ce que j’ai lu partout comme un gros NO-NO, elle met le wasabi dans la sauce sauja et touille un peu. On est très étonné. (Normalement, il faut mettre un peu de wasabi, et effleurer la sauce soja avec le poisson). Un monsieur passe faire une photo de nous, la dame me propose de faire une autre photo de nous avec mon téléphone.


Arrivés au dessert, déborde de nos yukatas, je desserre (haha) ma ceinture, pour manger un genre de daifuku chic, avec une crème et un raison muscat au centre. C’est si dense après autant de nourriture.

On dit merci mille fois, que c’était délicieux et qu’on est très heureux. Et après, on se dit qu’on peut aller digérer dans le onsen.

Je prends mes petites affaires, je me sens un peu professionnelle.
Il y a deux femmes, plus qu’une, puis que moi. Je suis assez étonnée car dans les autres onsen, elles prenaient tout un temps inifi pour se laver, là, c’est assez rapide. Manu aura pareil de son côté. Quand je suis toute seule, je tente de faire le vide, c’est peine perdu, alors je repense à ce voyage, je fais du saut d’obstacle avec mes angoisses.

Je pouffe un peu, au mur, il y a la copie d’une gravure japonaise ancienne qui représentent des femmes en train de fricoter, avec par-dessus un gros panneau NO.
Je regrette de ne pas pouvoir faire une photo, c’est très rigolo.

Je profite, il y a quatre bains. 41°, 35°, 31° et dehors 29,9°. Je passe de l’un à l’autre. Il fait doux dehors.

Je reste un bon moment. Et ouf je pars avant que des tas de jeunes arrivent. J’étais de toutes façons au bout de ce que je peux supporter de moi. Mais c’était bien, ça fait du bien. Demain matin, ça ouvre tôt, je pourrais retourner faire une crise d’angoisse de détente dans cette eau parfaite. Le retour qui approche me fait toujours cet effet. Il n’est plus temps de faire comme si la vraie vie n’existait pas. Le boulot, les délégués, écrire, le quotidien. Tout ça me rattrape en cascade.
Je me dis que le travel blues fait partie du voyage, mais ce n’est pas ce que je préfère.

Je remonte dans notre chambre, Manu arrive quelques minutes après. C’est synchro.
Comme j’ai pris l’option-pas-trop-chères, on prépare nos lits. Futon, couette, oreiller.
J’écris un peu.
Et dodo.



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