Jour 19 & 20 : Oh bah ça, deux jours en un encore ! De Kaiyo à Kushimoto, en passant par la case Wakayama.

Dans la maison de la dame chic, j’avais réservé un petit déjeuner japonais. Le seul et unique du voyage, car finalement, on petit-déj-déj souvent.

Je me réveille aux aurores (vers 5h), et j’attends gentiment que le reste de la maison se réveille.
La dame est très douce, et décidemment parle très bien anglais. Elle a vécu à Chicago, et à Hong-Kong. Il y a beaucoup d’anciennes affiches d’expo d’art, je me demande ce qu’elle faisait. Mais le temps est très arrêté dans cette maison, dans le fond, du vieux jazz années 20 tourne en boucle. On marche à pas feutrés. Elle est comme un elfe de maison. Hier soir, je vais faire pipi, et quand je remonte, devant notre chambre est posé par terre, un petit plateau, avec des bouteilles d’eau fraîches pour la nuit. Tout est très précis, très minutieux.
Ce matin elle me demande où on va. Je lui dis, et qu’on hésite entre le ferry et la route.
Manu se réveille, c’est l’heure du petit déjeuner. Du maquereau (annoncé en français), du riz, un œuf poché à la sauce soja absolument parfait. Des pickles de légumes marinés, une petite salade de carottes râpées, une soupe miso. On aura aussi des myrtilles, et suivi d’un café. Même le café est servi avec précaution. Du lait, du lait concentré, du sucre. J’ai presque honte de le boire noir, à rien tellement tout est joli. Elle nous ressert du thé froid, et je bois celui de Manu en cachette, pour ne pas froisser.

Entre temps, elle a regardé les horaires et les tarifs du ferry. Trop cher, ça sera la route. Mais elle œuvre dans l’ombre. On dit au revoir. C’était très doux comme étape.

On fait un stop à Don Quijote. C’est LE magasin de conneries où y’a tout. Fringues, jouets, high-tech, beauté, le tout sur fond de musique criarde. Allez, je partage :

Donc imaginez, errer dans des allées où tout a l’air super, probablement grâce à cette musique entrainante qui donne envie de jeter des billets en l’air. (Allez-y écouter, et imaginez-vous en train de sautiller un panier à la main, et le remplir sans réfléchir).
Faudrait que j’’essaye de l’écouter au casque en faisant les courses en rentrant en France pour voir si j’achète n’importe quoi.
Mais je suis en mission : ça fait plusieurs jours que je me dis qu’il me faut une balance à valise. Faut que je pèse. Je ne sais pas où j’en suis. Puis-je encore m’acheter des petits bols ? Des Yukata ? DES TAS DE TRUCS HYPER UTILES ? Je n’ai toujours pas de réponse de la compagnie aérienne sur les tarifs (j’ai laissé des messages sur leur instagram, sur leur Facebook, partout où j’ai pu. Leur CM est une merde et je sais de quoi je parle). COLÈRE.

À peine sur le parking, je mets une bonne partie des trucs de la plage arrière dans ma valise. Je pèse. Fébrile. 20kgs (12 à Paris). Manu : 10. ON A ENCORE DES TAS DE KGS (Bon, ok, y’a du linge sale dans un sac à part mais quand même hé !
N’empêche qu’un gros sac à dos en plus en soute, ça serait sécurisant.
J’ai dit que rien n’était cher ou pas ? Je ne sais plus. En vrai, un repas en moyenne, chacun c’est 1200 dans les restaurants : donc 8 euros. Donc on a fait un restau « cher », et c’était 21 balles chacun. J’avais vraiment l’image d’un voyage hors de prix. Oui l’avion, la bagnole, mais par exemple, on a fait 14 jours de voiture, et on a fait deux pleins pour 85 euros en tout. Et on a fait 3000 bornes à peu près (à deux à l’heure, certes). Bon je ne sais pas si ces considérations financières sont utiles, mais ça veut dire que je peux racheter des petits bols.

On a pas mal de route aujourd’hui, et on veut éviter l’entourloupe de pas déjeuner comme hier. Je trouve un restau sur la route, ils font des dorias. On ne connaît pas ! Alors on y va !
L’accueil est choubidou. On nous assoit à une table, la dame nous explique du mieux qu’elle peut à quoi c’est. On a nos google trad qui marchent, ouf. En gros, doria c’est comme un gratin dauphinois, mais avec du riz et de la béchamel. On peut choisir le goût de la sauce. On prend basilic. Y’a du fromage dessus, c’est forcément génial.
C’est presque étrange de trouver un goût européen ici. Mais l’histoire de la recette l’explique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Doria_(cuisine)#:~:text=Doria%20(%E3%83%89%E3%83%AA%E3%82%A2)%20est%20un%20gratin,de%20fromage%20cuit%20au%20four.

(je recopie pas hein, c’est trop long).

Bon après, sans honte, je l’annonce, on va voir…. Un musée d’art moderne. Non je déconne. On va voir si y’a du saké dans une brasserie de saké. Je me dévoue pour faire une critique constructive digne du Masque et la plume sous exta. Genre j’ai trouvé ça très bon sans tout remettre en question. C’est assez cool, on traverse la fabrique, il y a des choses à voir en quelques minutes, surtout le gros outillage pour la mise en bouteille.

Après, faut traverser Kobe. Oh pétard. Ça a l’air grand. Je regarde, merci internet : plus de 550 km2. Paris 105. C’est méga grand. Mais heureusement, on coupe la route au tiers avec une brasserie de saké qui ferme à 17h. Il est 16h35, et il y a des embouteillages. On arrivera juste à temps pour choper la plus mignonne des carafes (c’est pas un petit bol) qui garde au froid, comme dans le restau I Love Famas, mais pour moi toute seule (jessaye de croire que je pourrais boire autant de saké en rentrant, sauf que je crois bien que ce n’est pas tout à fait le même prix).

Kobe et alentours en voitoure, c’est assez moche. Y’a des raffineries partout, des ponts, des routes géantes. Il doit y avoir des quartiers mignons, mais pas là. J’en profite pour regarder si on peut se faire un onsen en arrivant. On dirait que non. Wakayama n’aime pas les tatouages. Y’a même un picto dédié. C’est pas sympa.

Je demande à notre hôte à l’arrivée si y’aura de quoi manger près de chez lui, il me dit que non, qu’il vaut prévoir sur la route. Ça ferme tôt ici. Du coup, je cherche un restau sur la route. De toute façons, les brasseries sont fermées à cette heure-ci.
Manu a une idée de génie. On n’est pas loin d’Osaka, et il y a deux sortes d’okonamiyaki : celle d’Hiroshima et celle d’Osaka. En France il fait plutôt cette dernière. Je trouve PILE POIL un restau qui fait des okonomiyakis sur notre route. Un génie vous dis-je.
Je lis dans les avis (oui, je regarde les avis) que c’est tenu par un couple et que c’est super.
Alors oui, c’est super. Y’a une plaque chauffante pour tenir le truc au chaud, c’est cuit en cuisine et amené par la dame adorable. Manu commence à couper avec le petite pelle en part. Elle l’engueule en rigolant, c’est pas comme ça qu’on coupe. On rit (mais moi j’avais commencé à couper comme il fallait, plutôt en ligne, et après en petit rectangle. Je fayote un peu.). Rhololo c’est bon et assez cool de se dire que la recette de Manu est vraiment dans les clous. Saut que là, on a pris coquille Saint-Jaques. (9,30 euros chacun)

On arrive dans la soirée. Le monsieur qui nous accueille est adorable. Il fait tous les efforts du monde pour communiquer. Il utilise son traducteur en mode conversation (on découvre l’existence de ce mode et on trouve qu’on est un peu nazes de ne pas l’avoir vu avant).
Il a un autre guest, qu’il s’empresse de nous présenter. Il est américain, et on le trouve étrange au bout de 8 secondes. Le mec nous parle japonais. On répond en anglais, et il fait genre je suis trop cool, je parle japonais alors je parle japonais à tout le monde. Il joue un peu à l’interprète. Il me fait visiter la douche et le reste (le mec loge là depuis 3 jours et il est chez lui). C’est difficile à expliquer. Pourtant l’Amérique je connais, mais là, il y a une étrangeté. Alors quand on est autour de la table, pour boire un jus délicieux de shiso rouge fait par la femme de notre hôte, je dis « On adore les USA, mais on va attendre que les choses change. Comme votre président. » Je l’ai marqué au fer rouge, mais il est américain il est poli, il ne débattra pas. Alors il me parle des élection de son shérif, que c’était ça qui était important pour lui. Ptain, gros naze, t’as voté Trump, et ça se voit.
Le monsieur gentil du Airbnb est lui, si gentil.
C’est tout de même lui qui nous conduit à notre suite. Deux pièces très belles, à l’étage. L’oreiller semble être fourré de graines. Impossible de dormir là-dessus.
Le futons se suivent et ne se ressemblent pas. Des fois c’est super, des fois, c’est comme dormir sur une planche de bois avec un drap. Pourtant, j’aime bien le plat solide.

Je pense que la bouteille de saké que nous sommes en train de boire n’aide pas à la cohérence de cette petite raconterie.

On ne traine pas pour discuter. L’Amérique m’a gonflée.

Le lendemain matin, il est tôt, et la mer est à 3 minutes à pied. Dans le coaltar, je mets mon maillot et on file à la plage. On est tout seuls. Y’a zéro personne. Dans l’eau, un poisson gros agonise. Un peu plus loin, je fait des vagues avec mes bras pour chasser une mignonne méduse. Mais comme je ne sais pas comment elle s’appelle, je ne sais pas à quel point elle peut me blesser.
Au dessus de nous, des milans tournoient. Manu me dit « j’aimerai bien qu’il se passe un truc classe. »

Un génie je vous dis : un milan vole en boucle au dessus d’un point, il pique, il plonge, ressort de là avec un poisson qui scintille dans la lumière du matin, on applaudit et après il a l’air un peu con parce que le poisson qui se débat encore le fait chavirer dans les airs. Il a l’air d’une otarie bourré. Jusqu’à ce qu’il se trouve un coin dans les branches pour manger peinard.

Valise, douche. On se pose le temps d’un café pour moi dans la cuisine avec le gentil monsieur de la maison. Il trouve que Manu ressemble à un acteur japonais, mais j’ai oublié qui. On parle de notre trajet, il nous dit où aller, il est si gentil et tellement ennuyé que Manu ne boive pas de café qu’il lui propose toutes les boissons de son frigo.
Manu boira de l’eau.
On fait une photo hypocrite avec l’Américain chelou. Mais je suis contente d’avoir un souvenir du monsieur.

Petit déjeuner, route, pause déjeuner dans un restau super. On sort de l’autoroute pour longer la mer. C’est si beau. On a envie de se baigner partout, mais pour le coup, il n’y a nulle part où se garer. On ponctue avec des arrêts jolis (cf photos plus bas).

Ce soir on dort à Kushimoto. Le Airbnb est super. On a une grande chambre, on range toutes les valises et on va bouffer. Le restaurant est super. Je prends des sashimis.

Je profite du poisson génial tant que je peux. On nous attribue une petite pièce. Manu ne sait pas/peut pas se mettre à genoux, alors il prend le petit siège. Je ris j’avoue. Car hier, j’ai tenté de lui dire que c’était facile, mais non, arrivé à 60% de pliure de genoux, il ne plie plus, il crie en riant. C’est très déconcertant.

On rentre vérifier que le saké c’est toujours aussi délicieux, et spoiler alert : OUI.

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