On se réveille doucement dans la jolie maison. Notre hôte gentil est parti bosser, mais il revient après. Manu croise l’autre monsieur qui reprend la route sur sa moto. Il est en vacances. Il nous racontait hier qu’il a très peu de vacances. 9 jours (et 16 fériés). Et encore, jours qui ne peuvent pas forcément être pris de manière consécutive. (On voit beaucoup de personnes âgées qui travaillent encore. De ce que j’ai pu lire, les retraites ne sont pas super, ce qui explique. C’est un peu l’Amérique…)

Petit déjeuner à 2,66 euros
On plie les gaules, et on part sous le soleil.
La route est longue aujourd’hui. On a 350 bornes à faire : 5h annoncé par le GPS. On s’arrête, on fait des pauses. Supermarché de petit déj (je ne bois pas du tout de café ici, et bizarrement, ça ne manque pas), un arrêt dans la campagne car il y a un joli torii au milieu d’un vieil escalier. J’escalade tout ça, j’aime bien aller voir ce qu’on ne voit pas, mais avec tout de même cette angoisse de déranger, de ne pas être là où je dois être.
Il y a un sanctuaire tout en haut des marches en biais. Avec des statues qui ont l’air de m’engueuler. Ce sont des Komainus. Ils sont là pour repousser les mauvais esprits. C’est pas mon genre hé.

Je vole une photo ou deux et je m’en vais.
L’angoisse démarre quand on s’engouffre sur une route de montagne de 34km. Il nous faudra 2h pour les parcourir. Manu râlait qu’il y avait tout le temps des tunnels. Là, les tunnels lui manquent fort. Il y a beaucoup de montagne dans ce pays figurez-vous.

Là, on est SUR la montagne. La route est très étroite, et à double sens. On se retient de respirer en regardant les miroirs de virages et en serrant les fesses et en croisant les doigts pour ne croiser personne. Manu égraine les mètres qui passent à haute voix. Ce changement de côté de volant est étrange pour tous les deux. Je trouve qu’il roule trop à gauche, il tente d’éviter les voitures en face à droite. Pas là, parce que vraiment, on pourrait difficilement croiser un poil de cul.
Chacun notre tour, on se retrouve au choix avec la montagne en cailloux d’un côté, ou de l’autre, le vide avec une rivière, ou une chute à pic -avec pas toujours une rambarde.

Les 34 km les plus longs de l’univers.
C’est très beau par contre. On ne croise personne (ouf), et on se dit que s’il nous arrive un truc, on a croisé personne depuis 2h déjà (pas ouf).
Dans un soupir d’alléluia, on s’extirpe de ce bordel. Il est presque 15h et on n’a pas déjeuné. On part en quête d’un truc dans une toute ville qu’on traverse. Je trouve un pett restau. Et là, on mesure à quel point la barrière de la langue, quand on est loin des sentiers battus est un vértiable obstacle. Une dame nous regarde entrer avec les yeux qui disent « Qu’est-ce que vous foutez ici les amerloques ? » (oui c’est étrange, les gens de prime abord pensent qu’on est américains, et sont surpris qu’on soit français, pardon l’Amérique, mais je ne sais pas si c’est très flatteur)
On fait des grands sourires gentils, on mime manger, on dit s’il vous plaît. Et elle nous regarde comme si on était des flans parlants. On capitule, on dit merci quand même. Mais quand même, en vrai, y’a pas eu beaucoup de bonne volonté en face ^^
En voilà un fail. Et on a faim. Mais hé, pas grave, je prends un onigiri au 7 Eleven, et Manu un gâteau en forme de poisson. Ça ira bien comme ça.
Ce soir on dort pas loin de la mer. C’est un joli quartier, la maison est ancienne, traditionnelle. On est accueilli par une femme très élégante, qui parle très bien anglais. Elle propose de nous réserver un restaurant mais le mardi, plein de trucs sont fermés. Peu de choix. Un seul choix en fait ^^.
Mais avant, elle nous demande si on veut aller se baigner.
Oh oui !
La route pour y aller est un peu étroite, et sans rambarde.
Oh non !
C’est à 4km, ça se tente, hein Manu ?
Au milieu des arbres, la route est encore plus étroite que celle de l’après-midi. Je sens Manu si tendu. L’idée étant de ne pas vautrer la voiture dans la mer, ou de ne pas la râper sur la montagne. Je descends de voiture pour le guider. 500m, ressenti 34 km.
Mais le WAOUW efface tout. On est dans une crique calme. Au-dessus de nous, deux milans noirs font des trucs de rapaces. Il y a des gros cailloux qui sortent de l’eau. On se change, et plouf.

Je vois des petits poissons bleus et je regrette de ne pas avoir de lunettes ou de masque. L’eau est transparente, l’eau est bonne. On flotte là, tous les deux. À part ma blessure de pied un peu attaquée par l’eau de mer, c’est merveilleux.
On rebrousse chemin, je guide le carrosse et on rentre pour aller diner.
Idem dans ce petit restau, très difficile de se faire comprendre. On Google trad le menu, et dès qu’on demande un truc, le monsieur fait signe que y’en a plus. Je tente un « Vous choisissez pour moi ». C’est peine perdue.
(Seb, Chikae, si vous me lisez, est-ce que ça se fait vraiment de dire « Omakase » (je m’en remets à vous) ? Ou c’est que à certains endroits ? Parce que ça a marché une fois, mais pas depuis…)
On prend des udons au tempura. Le bouillon est très salé, mais le poisson est délicieux.

Je crois qu’on n’est pas assez au fait des usages dans les restaus. Est-ce qu’il faut commander plusieurs trucs ? Parfois on voit ça, les gens ajoutent au fur et à mesure. Mais paradoxalement, il ne faut pas trainer à table. Et en même temps, en regardant autour de nous, je trouve que nous, on mange très vite. Les gens prennent plus leur temps. Bon sang que c’est compliqué.
On rentre dormir, je mets mon yukata prêté par notre hôte. C’est vraiment très confortable de chevet.































