Il faut dire au revoir à nos hôtes si charmants. On range le bazar, ma valise commence à être vraiment remplie.
Il faut beau et chaud, alors on sue déjà le temps d’aller à la voiture.
J’avais noté un truc à voir qui est sur la route, alors je mets ça dans le GPS. C’est le Bungomori Kikanko Park. Rien de fou, c’est un ancien dépôt ferroviaire, avec une plateforme tournante, qui permettait d’envoyer les locomotives à vapeur à droite, à gauche et ailleurs. Y’a une belle locomotive et la structure qui tourne, et le dépôt tout abandonné, où on ne peut pas aller. Caramba.

On va faire un tour au musée (les toilettes y sont merveilleusement propres). C’est 100 yens par personne (0,58 centimes). Ce n’est pas foufou, à part une activité « plastique fou » où en suivant un modèle sur un rhodoïd, on peut colorier un train comme on veut, et une dame, après cuisson, leur fait prendre la forme de locomotive. Pour les mômes c’est super, mais on est vieux, alors on trouve ça mignon, et puis s’en va.

Sur la route, on s’interroge. Qu’est-ce qu’on pourrait faire de culturel ? OH ! ET SI ON ALLAIT VOIR UNE BRASSERIE DE SAKÉ ? Pas con. C’est à la fois régional et national. Nous faisons honneur. J’en trouve une pile poil sur la route.
Dans un petit village mignon chic, la brasserie nous attend, et en plus, elle est ouverte. La jeune qui nous accueille parle anglais, c’est pratique. Manu conduit toujours, alors c’est moi qui goûte. Je suis très dévouée à la cause. La dégustation n’est pas gratos, c’est 100 yens le petit verre. ÇA VAAAAA. Et c’est bon.
Hier, Manu a échangé avec David C. qui lui a parlé d’un certain riz super pour faire du saké super, et bien c’est un saké comme ça dis donc (je n’ai pas les messages à portée de main, alors mes détails ne sont pas très scientifiques).
Elle nous montre le riz, j’en goûte un deuxième, wololo.
Elle me fait aussi goûter une boisson, l’amazake, qui est fabriqué grâce à la fermentation du riz avec du koji (un champignon microscopique). Il paraît que c’est très bon pour la flore intestinale et la peau. C’est frais, mais pour le coup, il y a une étrangeté. C’est comme un riz au lait liquide, avec un arrière-goût ambiance kéfir. J’ai envie d’aimer ça, mais en l’état, je suis surtout surprise. Il faudra que je re-goûte. Car n’avons-nous pas tous envie d’avoir une super flore et une peau de saké ?

On repart tout contents, et on arrive à notre prochaine destination.
Ce soir, on dort dans un camp un peu vacances, eco-friendly, dans une cabane méga mignonne, près d’une rivière. On peut se baigner à volonté. On va pouvoir ne rien faire. Il y a même une smoking zone accueillante pour Manu.
D’ailleurs, j’écris le lendemain de de cette journée, les fesses dans un hamac, et j’écoute les cigales et la rivière qui glisse doucement, et ça me donne furieusement envie de faire pipi. Mais j’ai un peu peur de tomber du hamac, alors je repousse…

Le cadre est idyllique. De l’autre côté de la rivière, la forêt. Tout chante, et y’a des tonnes de libellules.
On s’installe, on va se baigner, l’eau est fraîche, mais pas glacée. On est saisi, mais brièvement. On barbote et des poissons viennent chatouiller Manu qui pousse des petits cris d’orfraie. C’est très choubidou.

Pendant une pause clope, Manu discute avec un jeune homme qui travaille là. On lui demande où diner, il dit qu’il aime bien un restaurant, c’est à 15 mn. Il appelle pour voir si c’est ouvert, et on lui demande si ça l’ennuie de nous réserver une table. Il demande combien on veut payer par personne. 3000, 4000, 5000 ? Je dis 4000, ça fait 46 euros pour deux. Hop, une affaire rondement menée !
On part un peu en avance, comme ça, on fait un tour au supermarché, pour choper trois bêtises. C’est un long tour de supermarché. On a 1h d’avance. J’avoue, je suis méga contente, j’adore errer dans les supermarchés et tout regarder, rayon après rayon après rayon après rayon… après rayon.


C’est l’heure, on va au restau. Un gentil monsieur nous ouvre la porte, il a un masque, on ne voit pas bien son visage, mais ses yeux sourient. On passe assez vite la première salle, qui a l’air un peu en bordel. En fond, du jazz. C’est marrant, y’a souvent du jazz dans les restaus.
Il nous fait signe d’avancer mais devant, c’est un mur. On ne sait pas quoi faire. Ah mais non, c’est une porte pivotante, un peu comme un passage secret. C’est James Bond en fait.
La petite pièce est pas zinzin, y’a une télé derrière Manu, tout est un peu usé. Mais allez, on est là maintenant, et on est coincé par la porte à bascule.
Manu voit un bouton avec écrit push, alors il push. Ça appelle le monsieur qui revient en catastrophe. On dit pardon pardon.

On rit nerveusement de cette drôle d’ambiance. Le monsieur revient, demande ce qu’on veut boire, on dit que Manu conduit, il repart aussi sec, et revient avec des verres à pieds remplis de glaçons et de citron, et de l’eau pétillante.
L’entrée : dans un verre à vin, des bouts de canard, un espuma de tomates et autre chose. C’est bon, et assez européen dans les saveurs.

La premier plat arrive. Sur un rectangle de pierre, nous avons chacun un poisson entier, embroché sur un pic en bois. Le monsieur pose une assiette avec une mixture noire devant nous, il l’allume au chalumeau. Il nous fait voir, il faut faire comme au-dessus d’un feu de camp, je fais tourner mon poisson, il dit « 30 secondes ». Ok super ! Manu fait un peu la grimace. Dépiauter du poisson, ce n’est PAS DU TOUT son truc. Et y’a des arêtes (c’est un poisson).

Puis, le monsieur amène une assiette d’edamames sur branche. Il crame tout ça au chalumeau et mets du sel. Quand il part, on commence à s’interroger sur ce choix enthousiaste. On s’amuse bien mais la perplexité est notre compagne de repas.
Ensuite, il revient, avec bateau en bois, dessus une plaque glacée. Il a amené un papier, avec le nom du poisson du jour et en français : sériole. Il coupe le poisson, il le met dans un bol avec un assaisonnement, et des oignons. Le tout sur la plaque, et il allume un cierge magique pour dire « C’est le timer ».

On mange quand la bougie est terminée. Tout ceci est de plus en plus cool. Le poisson est bon. C’est bon.
Ensuite, il arrive avec deux poireaux qu’il passe aussi au chalumeau. Ils sont déjà cuits, ça se voit, et puis ensuite, un peu maladroitement et nerveusement, il découpe ça aux ciseaux. Il autopsie le poireau. On a un petite sauce pour tremper avec de l’huile de sésame. On est content, ce sont des légumes, on manque un peu de légume.
En fait ce qui est curieux, c’est qu’il y a une maladresse chez ce monsieur, tout est un vieillot et usé. Ce n’est pas du snobisme, mais c’est curieux par rapport à la nourriture proposée.
Il revient et nous parle de saké, Manu refait mine qui conduit, et le monsieur demande si sa fille (moi) conduit aussi. Je suis flattée, j’avoue. Manu pas trop, ça se tient.
Je dis que non, je ne conduis pas. Avec son téléphone, il me montre « C’est mon plaisir ». Je comprends que c’est offert.
Rhololo, notre monsieur étrange est si gentil.
Il revient avec une grande bouteille de saké, qu’il verse dans un pichet à réfrigération.
C’est comme une grosse théière, avec deux emplacements, pour mettre deux petites carafes qui trempent dans de l’eau glacée. L’objet est formidable, et y’a un lapin sur la carafe.

Il revient ensuite avec une photo de lui, il y a 20 ans, quand il travaillait pour un grand restaurant à Londres. Bah ça alors. Nous allons de surprise en surprise. (Je vous assure qu’au milieu de ces considération culinaires, il ne faut pas louper la fin de ce diner).
Il embarque notre bouteille d’eau pétillante pas terminée, on le regarde faire sans trop comprendre. Il revient avec la bouteille de saké, la bouteille d’eau vide et un entonnoir. Il remplit la bouteille vide au quart et donne à Manu pour dire « For tonight, for you. ». Bon là, on fond total. C’est si attentionné. On arigato gozaimasu tant qu’on peut.

Arrive ensuite une aubergine au miso et une rib de porc. L’aubergine est géniale et on se mets de la rib plein les dents. C’est pour plus tard, pour aller avec le saké, c’est pratique.
Ensuite, c’est au tour des sushis. J’ai un présentoir complètement déconcertant, en plexiglas rose et blanc. Manu en a un plus viril, en pierre. Pour la sauce soja, on a un petit bol, avec un pinceau. Il faut mettre la sauce au pinceau, légèrement. J’aime beaucoup.
Il revient avec deux sushis de plus, et nous redit que ça c’est un cadeau. C’est du thon gras. (!!!) Il le passe très brièvement au chalumeau, et nous confie nos petites assiettes. J’en ai même oublié de faire une photo tellement c’était beau.
Ensuite (oui…) il amène un barbecue, et nous faire cuir un morceau de bœuf wagyu. Il met du wasabi, généreusement après la découpe. Bordel de **** c’est délicieux.
Il nous demande si on a encore faim. Si on a la place pour trois autres sushis.
De fait, on cale, mais hé, c’est super. Ok alors.
Et là (si vous avez la flemme de regarder la vidéo), il arrive avec une petite assiette, où dessus sont posé trois sushis miniatures. Le poisson est posé sur un unique grain de riz. Cette blague est GÉNIALE. Il est hyper content et nous aussi.
Il amène un dessert. De la glace dans des coupes en plastique Moët et Chandon, et deux expressos. Il dit de boire la moitié du café et de mettre l’autre sur la glace. Pour le coup, Manu assume : il ne boit pas de café. Alors le monsieur m’invite à boire les deux. (qui c’est qui va pas dormir ce soir ?).
Il repart au pas de course pendant qu’on mange nos glaces, et revient avec UN AUTRE dessert pour Manu : de la patate douce avec de la glace à la vanille dessus et il met du sel. Huhuhu, tout est si surréaliste. J’aide Manu a finir parce que de fait, c’est beaucoup. Il amène la note. C’est bien les 8000 yens annoncés. Incroyable.
Ce mélange de merveilleux et d’à peu près était super. Mais attention, CE N’EST PAS TOUT.
On se dirige gentiment vers la sortie – arigato gozaimasu. Mais, il nous arrête, et il nous fait signe de le suivre dans la pièce qui précède la cuisine. Il nous montre un mur derrière nous, on se retourne, et il dit « Do you like famas ? », avec un sourire gigantesque.
Effectivement, sur le mur, une bonne dizaine d’armes de guerre.
Visiblement, lui il like famas a lot.
Après un aussi bon diner on ne va pas contrarier un monsieur qui aime tant les armes à feu. Toujours avec cette étrange précipitation, il nous refait signe de le suivre. On monte à l’étage. Une grande pièce, avec des jouets, des peluches géantes, et par terre, au fond de la pièce, un tapis de faux gazon, et un fusil à billes.
Il invite Manu à s’allonger par terre pour tirer sur les cibles à l’autre bout de la pièce. Manu procède. Puis c’est mon tour. Avec un viseur, ça va en fait. Les snipers n’ont aucun mérite (hum). Il sort une autre arme, un genre de mitraillette, il me la met dans les mains, mais oh mince y’a plus de batterie. Il est super désolé. Alors une autre arme, avec un pointeur laser. Je tire sur des canettes et je fais tout tomber. Au tour de Manu. On se regarde avec des gros yeux. On ne sait plus très bien quoi faire de cette situation. C’est assez bref finalement. On rit (un peu nerveux), on tire des billes sur des trucs inertes, ça va.

Il nous fait redescendre, et je vois une tortue aquatique, alors je fais mougnougnou à l’aquarium. Alors il court chercher un bout de poisson, qu’il attache au bout d’une corde pour que je joue à « la queue du mickey » avec la tortue. Je ne tire pas sur la ficelle, je la laisse manger son poisson peinard, avec sa drôle de tronche de tortue mouillée.

On sort, il nous salut dehors. On remontre en voiture, et on se dit que vraiment, c’est un voyage étonnant.
On rentre, on boit du saké pour conclure la soirée.
(y’a le reste du diner dans les photos)
































































