Hier au soir, j’ai pris les places pour le Musée du mémorial de la Paix de Hiroshima. C’est genre 200 yens par personne, 2,32 euros pour deux personnes.
Peut-être que si nos musées étaient un peu plus abordables en France, ça ne serait pas réservé à certains revenus. Parce que mine de rien, c’est un frein (ou genre à New York, ou faut payer 3O balles pour monter sur un toit en ascenseur, pour profiter d’une vue de haut).
On galère un peu pour se garer près du musée, mais comme on doit rendre le Airbnb à 10h, on s’est dit que c’était plus simple pour prendre notre temps et repartir après.
Hiroshima est très neuve. On a tous vu les images du champignon. Mais je ne mesure pas. Pas encore.
Je sais que je suis sensible. Je pleure d’empathie, je pleure si c’est beau, je pleure quand c’est triste, je pleure quand je suis triste, je pleure quand j’ai mal. Mais pour moi, ça a toujours de la valeur. Les pleurs, c’est l’expression la plus profonde du débordement incontrôlable.
Je redoute un peu cette visite. Il ne faut pas se moucher ici, c’est malpoli. Mais renifler la morve de larmes, c’est très désagréable.
On arrive à 9h15, on a bien fait car il y a déjà beaucoup de monde. Avant d’entrer dans le musée, un monsieur nous interpelle, il distribue un petit papier avec des infos pratiques : il donne une conférence à 10h en anglais. Sa maman est une survivante de la bombe. Elle avait 15 ans.
Je renifle plus vite que prévu.
L’expo démarre par une phrase sobre : « Hiroshima before the bombing ». Et devant nous s’étale une fresque, la ville effervescente, les marchands, des dames joliment habillées, et puis c’est la rupture, à 8h15 du matin, le 6 août 1945, Hiroshima n’est plus.
La fresque suivante, c’est la ville en ruine.



Au centre de la pièce, un grand rond, c’est la ville en relief, et dessus est projeté d’abord la ville, puis on voit la bombe qui tombe du ciel, le champignon, et ce qui ne reste plus. C’est ultra dur.
140 000 morts entre les explosions et les maladies que la bombe a causé.
Mais là, ce que le musée raconte, ce sont les gens. C’est 140 000 drames résumés ici par des témoignages, des objets, des habits, du quotidien.

Alors oui, bien entendu, si je sors de l’émotion, on connaît l’Histoire, et les positions du Japon. Et c’est plutôt malin, comme angle d’expo permanente, de parler des innocents.
Parce que ce qu’on fait ces hautes autorités guerrières, c’est la condamnation à mort de beaucoup de civils.
J’ai regardé, pas pour compter les points hein, mais Pearl Harbor, c’est 50 civils, et 2403 soldats morts pendant l’attaque. Bon enfin de toutes façons, la guerre c’est infâme.
Je ne lance pas de grands débats, c’est pas l’idée.
Il est bientôt 10h, et on a décidé d’aller écouter le monsieur.
On arrive dans une salle, au sous-sol du musée. Il nous accueille, nous dit de prendre place. Il attend un peu que des gens arrivent. On une petite vingtaine je dirais. Il commence en nous distribuant des grues en origami, et nous montre comment les faire voler. C’est sa maman qui les fait. La grue est un symbole longévité, de paix, de chance et de bonne fortune.
On peut lire l’histoire de Sadako Sasaki pour faire le lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sadako_Sasaki
Il parle, il raconte le contexte. Il parle de la fierté militaire des japonais, et il démarre surtout en parlant évoquant les mauvais choix du Japon.
Il parle technique, les deux bombes, leurs noms, les avions qui les ont larguées.
Il parle de Paul Tibbets, le pilote de l’Enola Gay, qui a choisi le nom de son avion en l’honneur de sa mère.
Je viens de lire que « Souvent présenté comme un héros américain, Tibbets n’a jamais exprimé de regrets pour les victimes d’Hiroshima. »

Et puis il nous parle de sa maman, Mineko. Je vais essayer de vous raconter ce qu’il nous a raconté.
Elle avait 15 ans, et de fait, tout le Japon était mobilisé à l’effort de guerre. Ce jour-là, elle n’est pas allée travailler, l’usine était fermée (une usine qui fabriquait des balles, elle polissait les balles). Sa sœur de 2 ans son aînée, Hiroko, était elle à l’usine Mitsubishi (acierie et armement), et son jeune frère, Norio, 10 ans était à l’école. Mais à l’école pour récupérer des pierres pour un truc de guerre.
Leur maison est à 1,5km de l’épicentre.
À 8h15, elle passe la serpillère, et elle voit un gros flash, et est projetée par terre. Tout s’effondre. Tout le monde hurle. Ses voisins sont coincés sous le toit de leur maison écroulée. Elle part se réfugier dans les vergers de prunes, un peu éloignés. Elle y retrouve sa mère et sa sœur. Aucune trace de leur petit frère, son école est près de là où la bombe a explosé. Elles partent à sa recherche.
Partout, des gens marchent comme des zombies, les bras en avant, avec la peau qui tombent. Les gens sont recouverts de sang. Les explosions de vitre, une température plus élevée que celle du soleil.
Elles cherchent.
Dans le fleuve, des centaines de corps flottent.
Elles le cherchent à son école, qui n’existe plus, elles tentent les camps de soin de fortune, mais les enfants sont méconnaissables. Leurs têtes sont gonflées, à cause de la chaleur et des radiations.
Elles finissent par le retrouver par terre, pas si loin de chez elles. A côté de lui, une tuile avec écrit à la craie le nom de son école. Elles l’appellent par son prénom. Norio leur répond, c’est lui.
Un étranger l’a sauvé, Il est aveugle et sa tête est gonflée.
Pour l’emmener, elle l’attrape par la main, sa peau s’arrache, et se décolle de son bras. C’est la même chose avec son épaule. Elles le ramènent dans une brouette de fortune. Il mourra le lendemain.
Les survivants de la bombe s’appellent « hibakusha ». Il nous explique qu’il y a beaucoup de victimes qui n’ont jamais voulu se faire reconnaître, car ils étaient vus comme des pestiférés. Les rumeurs disaient que les maladies liées à la bombe étaient contagieuses. C’était la honte, et très difficile de reconstruire une vie après la bombe.
Ce monsieur voulait parler de paix. Il nous a raconté que sa maman, aujourd’hui 95 ans se met en colère devant les infos. Il parle de Gaza, de l’Ukraine. « They never learn.»
Il n’y a pas loin de 13 000 armes atomiques aujourd’hui dans le monde.
C’est complètement l’angoisse.
Il conclura en disant que le Japon, avant d’exiger des excuses des américains, devrait demander pardon aux pays à qui il a fait du mal.
On ressort de là assez secoués. On retrouve Anne, qui vient de terminer le musée, mais quand elle arrivée il y avait vraiment beaucoup beaucoup de monde, et c’était difficile de lire et de voir quoique ce soit.
On va voir le dôme, je crois que c’est le seul bâtiment encore « debout ».

Anne nous file une adresse pour manger des okonomiyaki. Allez. Il n’est pas tard, mais on a quand même faim.
On arrive à l’adresse indiquée. Et c’est un immeuble. On monte des marches un peu raides, et sur deux étages, c’est trois ou quatre restau minus les uns à côté des autres. En gros, il y a une table chauffante, des chaises autour et le bordel de cuisine derrière.
Regarder les cuisiniers travailler, c’est absolument génial. On opte pour une des tables/restau, on attend 5/10mn, les gens s’en vont vite. (Au Japon, on ne reste pas à table pendant des plombes).

On choisit, je prends crevette/calamar, Manu prend kimchi. On choisit chacun nos nouilles : soba pour moi, udon pour Manu.
Tout démarre avec un genre de crêpes, puis du choix émincés fin, assaisonnement, cuissons des « toppings » à part, un œuf cassé sur la plaque, touillé en omelette, et transformé en crêpe de la même dimension que la crêpe n°1. Le tout est assemblé comme un gros sandwich, recouvert de sauce, et on nous confie l’assiette avec une petite pelle à découper, et des baguettes. C’est copieux dis donc, mais surtout… C’est DÉLICIEUX !

On mange avec entrain et joie et nos baguettes. Anne et Thomas arrive, on leur a dit que c’était validé super, et ils s’installent aussi. On se fait au revoir, on se retrouve à Tokyo à la fin du voyage !
De notre côté, on hit the road again, après des petits détours dans des magasins rigolos.
Je me suis trouvée une huître géniale dans un gashapon, trop contente.
Quelques pauses d’autoroute, et nous voici à Ube.
On dort dans un onsen. On a du mal à piger ce qu’est cet endroit (en plus du onsen).
L’accueil est adorable. Le monsieur parle un peu anglais, une des guests japonaise parle très bien anglais. Ça fluidifie. On peut utiliser le bain jusque 20h30, et il nous réserve un restau de sushi à pied juste à côté à 18h. (gasp, c’est tôt).
C’est un grand bâtiment avec des pièces mystères (bibliothèques, bureaux). Notre chambre est chou comme tout. Il y a la danse des chaussons (ça donne envie de vivre en sabots ce pays où faut se déchausser tout le temps).
On se dépêche pour profiter une petite heure du bain.
Je commence à chopper le pli. J’ai mes petites affaires (je déplore beaucoup de ne pas avoir de panier et des tas de produits géniaux comme elles ont toutes). Là c’est le pays des petites mamies, qui pour le coup, me font des grands sourires. Elles sont trois, y’a pas foule. C’est cool.
Je me lave, sans me bousculer. Je retrouve ces petits tabourets en plastique face aux miroirs, la douche, la bassine, mon gant de toilette.
Le premier bain est chaud, mais il y en a un froid, et un autre dehors, et même un sauna. C’est plus vétuste et moins clinquant que le premier, mais c’est super.
Une fois la gestion propreté faite. C’est le moment où démarre l’angoisse. Il faut que je choisisse un thème. (oui maintenant, j’organise mon face à face avec moi, j’ai décidé qu’il fallait accepter). Finalement, une fois « la mort » dégrossie, je me surprends à regarder mon poisson nouveau (tatouage) qui barbote dans l’eau chaude. Alors je fais des projets, je réfléchis à comment compléter. Quelle bestiole, comment elle pourrait virevolter autour du reste. C’est très bien comme activité mentale, c’est très reposant finalement.
On va diner. Nous sommes seuls, et Manu dit des tas de trucs en japonais. Le chef est content et se marre avec nous.
On choisit nos menus. Le chef prépare. On me sert du saké et ça déborde dans un genre d’assiette carré en plastique. Ça a l’air fait exprès, et je ne sais pas quoi faire. AAAAAH, j’ai regardé comment on mange des sushis en étant poli mais pas comment on doit boire le saké qui déborde. AAAAAAAH !
Un peu plus tard, je demande à mon spécialiste en chef, Mister David C. qui me dit :
« Ça s’appelle un masu (le truc en bois). Et servir jusqu’à ce que ça déborde, c’est symboliquement pour marquer la générosité. Après, y’a plusieurs écoles. Soit tu bois le verre, puis tu le remplis avec le reste. Soit tu bois le verre. Puis tu bois le contenu du masu. Ou alors tu mets le tour sur ta tête et tu lances une chenille, mais le succès n’est pas garanti (encore que…) »


Le diner était cool, mais je pense que peut mieux faire poissonement parlant, mais ce monsieur était très cool.
On rentre dormir sur nos futons, qui ce soit sont très très durs. (très), avec une couverture en éponge, c’est la deuxième fois, et c’est très curieux. Mais super. Tout est si super.


























































