J 17 : Des Badlands à 1880

Nuit de migraine, mais c’est la dernière. Je le sens je le sais (tout ça, c’est une histoire de cycle, c’est pénible quand ça tombe mal, mais au moins, il y a une échéance).
Je prends un bain à 4h du matin en bouquinant, et je me rendors un peu dans l’autre grand lit pour pas réveiller l’amoureux.

On se lève, Manu va chercher un petit déj pas cher à l’accueil. C’est pratique, y’a une cuisine, et pour 5 balles, on a des œufs et du bacon. Le programme du matin, c’est de retourner dans les Badlands pour faire de la balade, puis, la route et la moche nous emmèneront vers la suite.       

On longe les cailloux merveilleux, on s’arrête et comme c’est devenu la tradition, on grimpe des tas d’escaliers, des pentes, parce que la récompense est toujours à l’arrivée. On voir des arbres pliés, on guette Bigfoot, forcément. Il fait chaud, on sue.
Oh et d’ailleurs, à propos de Bigfoot, comme une andouille hier, quand je racontais qu’on était sur Big Foot Road, en fait, c’était un chef Sioux, pas du tout le grand monsieur poilu.



Si un jour vous passez dans le coin, c’est à voir, à faire, à vivre. Même si cet endroit a été nommé Les Mauvaises Terres pour des raisons tout à fait entendables, c’est fascinant. Le vrai nom à l’époque  aurait pu être « The-Badlands-parce-que-lhiver-il-fait-froid-et-ya-du-vent-mais-lété-il-fait-trop-chaud-et-quand-il-pleut-je-te-raconte-pas-le-bordel-cest-de-la-gadoue-qui-colle-et-cest-chiant-à-traverser-quand-même-merde-à-la-fin »

Ils ont fait une abréviation, je comprends. Ça n’aurait jamais tenu sur les stickers du visitor center.

On croise un petit serpent, je suis contente qu’il se sauve parce que hier, le barman expliquait que les serpents, il leur broyait la tête avec des cailloux.

Here we go, on frappe la route.

Petit à petit, le terre s’aplatit. Je n’ai pas dit la Terre. Ce n’est pas parce que Bigfoot existe qu’il faut croire à n’importe quoi non plus. Ce qui existe en revanche dans cette nouvelle contrée, ce sont LES CHIENS DE PRAIRIE ! Mode voix débile enclenché. Je cours partout en faisant MOUMOUMOU. C’est vraiment très mignon, ça fait des trous partout, c’est bien plus marrant que des taupes qu’on voit jamais. Parce que c’est mignons les taupes, mais on les voit jamais. Alors que là, les trous sont justifiés. Trou = mignon (hihi). On rencontre aussi le plus grand chien de prairie du monde, 6 tonnes. C’est pas rien.


On s’arrête plusieurs fois, entre les trading posts, les fermes anciennes à visiter qu’on ne visite pas, on déroule du km.

Oh mais que voilà ? The 1880 Town.

Mon sang ne fait qu’un tour. Holy Thunder a perdu un fer en route, la 1880 Town sera mon arrêt. C’est une petite ville tranquille, qu’on m’a dit.
Un certain Casey Tibbs, un cowboy, chevaucheurs de canassons fous a entreposé son merdier dans une grange. Gonflé le bonhomme.
Je me dis qu’un coup de propre ne serait pas de trop, mon dernier bain remonte à y’a trois semaines, et si je passe au saloon, ça sera toujours ça de décrotté. Je dépose Holy Thunder aux écuries, j’irai le chercher tout à l’heure.
Pas mal la bourgade. C’est bien rangé mais y’a pas foule. À l’heure où le soleil est au plus haut, les braves doivent être aux champs et les autres à cuver la veille dans un abreuvoir.
Mes éperons résonnent, la banque est au coin. C’est pour un retrait. Allez, allez, tu me files tout ce que t’as. J’ai un fer à cheval à régler.

Je jette un œil aux affiches sur le mur. C’est vrai qu’il est pas mal ce portrait qui circule. Il est pénible le banquier à geindre, ça m’empêche de me concentrer.
Ah bordel, y’a p’têt pas d’heure pour les braves, mais c’est toujours l’heure du shérif.


Ça sera mon arrêt le plus court et le plus long de toute ma carrière. J’entends le clic, et…  


Bon, bon ok, en vrai, on gare la moche, et on nous fait un prix à l’entrée parce que la CB marche pas.
Cette attraction de bord de route a démarré avec l’achat d’un terrain par un certain Richard Hullinger dans les années 70. Pas longtemps après, il y a eu un tournage de film dans un bled pas loin, et le père de Richard a prêté des reliques indiennes à la production. En échange et remerciements, une fois le tournage terminé (abandonné ?), ils ont déplacé la rue principale sur le terrain de Richard.
Mais ce qui est marrant, c’est que la plupart des bâtiments ne sont pas des constructions. Ce sont des maisons qui ont été déplacé depuis d’autres petites villes, et installées là. Tous les objets sont d’époque. L’immersion est totale. Je suis Caroline Ingalls, je suis Calamity Jane, je suis Pearl Hart, je suis bien contente d’être là.


On se promène, on regarde les objets, et pour le coup, il fait chaud, et il n’y a vraiment pas foule.

Oh mais j’ai oublié ! Au tout début, y’a une expo, dans la vieille grange, d’objets qui ont servi au tournage de Danse avec les loups ! Foufou !
Manu a beaucoup vu ce film, moi je l’ai beaucoup oublié. Ça fait un truc en plus à voir en rentrant pour voyager encore un peu.

Sur un des murs du saloon, il y a un bout du mur d’époque encadré avec de vrais impacts de balles d’époque. Ça fout bien la frousse.


Le piano sur la scène vient de Deadwood ! C’est un vieux piano de 1915, il est très beau. On monte à l’étage, là où on s’encanaille, et il y a une sacrée boite à baignoire.

On entre dans des maisons, c’est très petit. J’imagine que c’était plus facile à chauffer. L’école, le train, le croquemort, le médecin, le magasin, la bijouterie, la banque, la mairie, tout y est. On fait des tas de photos, on se raconte des tas d’histoires. Chaque objet est un détail qui fait plonger un peu plus dans cette fin de siècle.



Ensuite, je vois sur mon Atlas Obscura qu’il y a une ghost town pas loin. Comme pour la première d’il y a quelques jours, des gens habitent encore ici. Oui il y a des maisons un peu cassées, mais je ne suis pas hyper à l’aise à l’idée de passer près de propriétés privées occupées pour faire mes photos. On demi-tour, la route 66 était plus fournie en motels abandonnés, c’est certain.


On s’arrête un peu tard pour manger, un délicieux burger (le meilleur), et on arrive à Chamberlain, au Airbnb du soir. Sur le trajet est annoncé le musée Akta Lakota Museum & Cultural Center. Il ferme dans 30 minutes, mais on tente le coup.
C’est très beau, il y a plein d’objets, de textes, de jouets, de costumes. C’est minimaliste et très fort. Je m’arrête devant le portrait de Sitting Bull (Tȟatȟáŋka Íyotake) et en dessous un texte. Je crois que j’étais déjà émue en démarrant la visite, cette lecture me broie.

C’est pendant ce voyage qu’on a le plus parlé des indiens. Je ne sais pas comment dire ça ou l’expliquer pas maladroitement. Jusqu’à présent, c’était une histoire, un peu lointaine pour moi, à l’imagerie parfois un peu kitsch. C’était les vieux westerns où on crie « Ciel ! Les indiens » et qui sont toujours les méchants et l’histoire.
C’était un point dans l’histoire, quelque part dans ma tête, mais sans pleine conscience de ce qu’ont pu être les guerres indiennes, les injustices, passées et actuelles, les mensonges, la maltraitance. Et ce texte de Sitting Bull résume tout avec force.
Manu connaît mieux cette histoire que moi. Il connait le nom des batailles, des chefs indiens, des tribus. Ce voyage a étoffé ses connaissances et a comblé un bout de mes lacunes. Il y a tant à apprendre encore.
Le musée ferme. En sortant, je tente de lire le texte à Manu, mais c’est impossible sans chialer à mi-parcours.

On va s’installer dans notre maison pour la nuit. C’est gigantesque, le jardin donne sur le Missouri et il n’y a personne.
On va au supermarché pour faire des courses, comme ça, ce soir, je vais manger une tomate et un mini steak. Et des fruits.
On achète du cube steak sans trop savoir ce que c’est. En fait, on pensait, de visu, que c’était du steak haché. Que nenni. C’est du bœuf qu’on a battu avec un marteau à dents. Et en fait, ça cuit très longtemps (6h). Nous on l’a fait à la poêle, 2 minutes. Bon, ça va hein, mais c’est pas foufou. Ma tomate est super.



Pour écrire ce soir, je suis installée dans un fauteuil moche mais qui bascule à l’aide d’une télécommande, comme dans Friends.  C’est aussi laid que confortable. Moi je suis prête à oublier que c’est moche, Manu pas encore. Je vais partir en quête du fauteuil qui alliera beauté et confort pour toujours écrire dans ce confort parfait.
P’têt que j’écrirais des tas de livres, au lieu de faire un blog idiot  de vacances une fois par an. ^^




Laisser un commentaire