J 16 : De Mount Moriah à la planète Mars

Et encore une nuit pas super. Pourtant, c’est très confort cette cabane chic.

Je me suis levée 8 fois pour aller faire pipi (cette angine me file soif), et comme pour faire pipi, faut traverser « la route » car les toilettes sont dans une cabane en face, ça réveille encore plus.
Manu dort formidablement bien, et tant mieux, parce qu’il fait toute la conduite.

Réveil tôt, B&G au micro-onde, un café de la machine, on range le bordel un peu mieux et on retourne à Deadwood pour 1 : récupérer nos photos, 2 : Aller visiter le cimetière de la Moriah. Pour les fans de Tolkien, ça n’a rien à voir, car 1 : il n’y pas de Balrog, et 2 : ça s’écrit pas pareil.
On traverse une brume épaisse, qui petit à petit se lève gentiment pour nous laisser voir le soleil.
Les rues de Deadwood sont un peu plus calmes le matin. Hop, les photos, et hop, au cimetière !



C’est 2 dollars pour entrer.
Dans ce cimetière refait à neuf, il y a les tombes de Calamity Jane, Wild bill Hickok (elle a voulu être enterrée près de lui), un mec qu’on connait pas, mais qui a un nom super « Potatoe Creek Johnny » (Sylvain, tu ne me lis  probablement pas, mais voici la tête de ce sympathique monsieur qu’on surnomme aussi Patate) :

C’est lui qui a trouvé la plus grosse pépite des Black Hills ! Une pépite en forme d’os !
Je n’ai donc pas vu la série Deadwood, mais Manu reconnaît des noms à droite à gauche.
Au début, je trouvais que les pierres tombales étaient très modernes pour un vieux cimetière. Bon en fait, plein de choses ont été déplacées et effectivement remises à neuf. Le vieux cimetière était en haut de la colline. J’espère qu’ils avaient bien un corbillard, et qu’ils ne montaient pas les cercueils en les portant, parce que c’est très très haut.



Il reste un mec là-haut, tout seul, Seth Bullock, qui était pote Roosevelt et a construit un magasin de bricolage. Il avait plein de sous, alors il a une grosse tombe. Car oui, on est monté le voir, et oui, c’était haut et raide, mais on est y allé quand même, et on était les SEULS, nous sommes des gens très musclés finalement.

La tombe de Wild Bill Hickok est au tout début. C’est un buste assez chic, mais en fait, sa première pierre tombale était en bois.

Je vous montre aussi une célèbre photo de Calamity Jane posant à côté de la tombe de Wild Bill :

Aujourd’hui, on a continué d’écouter un podcast sur les aventures de Wild Bill. Punaise, ce type, c’est l’archétype du personnage de western à lui tout seul, mais qui a existé en vrai.

Par exemple :

Après avoir été éclaireur et espion pour l’armée (L’Union), il se retrouve Marshall dans des villes où c’était visiblement souvent le bordel. Ce qu’il faisait, pour pas se faire surprendre par un bandit dans une contre-allée, c’est qu’il marchait, en plein milieu de la rue, avec ses deux flingues dans des holsters ouverts, son couteau à la ceinture et un fusil dans les bras.

Ses flingues, c’était ça :

Il était grand pour l’époque, 1,82m et il parait qu’il était toujours habillé chic.
Un jour, y’a un mec, j’ai oublié son nom, arrive pour faire le malin et lui colle son flingue sous le pif, et il lui explique pendant des plombes comment il va le tuer, et qu’il sera le mec célèbre qui a tué Wild Bill, et patati et patata. Bon bah, Wild Bill a dessoudé l’andouille. C’est comme dans les films, quand le méchant explique tout bien son plan et que du coup, il fout par terre à s’écouter parler. Unbelivable.

Une autre fois, notre ami Bill est au Saloon (d’ailleurs, il a installé son bureau là, ça laisse perplexe les habitants. Il laisse le bureau officiel à ses adjoints). Et là, y’a un type qui pose le canon de son flingue à l’arrière de la tête de Hickok.  Bill hésite, se demande comment se sortir de là. Alors il dit qu’il paye une tournée de champagne à tout le salon. L’assassin potentiel a trouvé ça super, et voilà.
J’ai très envie de lire sa biographie complète.

On se balade dans le cimetière. Il y a des sections thématisées. Le coin pour les franc-maçons, le coin pour les chinois (il y avait une grosse communauté à Deadwood), le coin des enfants et c’est complètement déprimant. Certaines pierres disent seulement « baby girl », etc.
Il y a eu une épidémie de variole en 1876 qui a buté tout un tas de gens, et Calamity Jane a fait partie de ceux qui ont soigné les malades. Cette femme est pleine de surprises.
Je regarde les noms sur les tombes, j’avoue, je cherche des blagues.


On reprend la route, on traverse vite fait Rapid City pour faire un détour shopping et tenter de trouver des bêtises à ramener. On n’arrête pas de se dire que y’avait des tas de trucs qui n’étaient trouvables qu’ici que maintenant on peut trouver facilement en France, alors c’est moins marrant.

Moi je trouve que nous sommes les mêmes personnes

Sur Atlas Obscura ils en parle, on se dirige vers le mythique : WALL DRUG qui est sur notre route.
Wall c’est une ville, et Drug, c’est pour drugstore. Tout a commencé en 1931 quand Dorothy et Ted Hustead on acheté une petite boutique car Ted est pharmacien. C’est un petit bled au milieu de rien, il a fallu trouver comment faire venir les gens. Et Dorothy a eu une idée de génie : les voyageurs ont soif ; offrons-leur de l’eau glacée gratuite.
Et ils ont installé des panneaux, des tas et des tas de panneaux pour inciter les gens à venir boire de l’eau gratuite et acheter des trucs.
Aujourd’hui, y’en a à 500 miles à la ronde des panneaux. Et la petite pharmacie est devenu le plus iconique des bordels à touristes du monde. C’est tout une rue, de magasins, de statues débiles, de bouffe, de tout.
On suit les panneaux, c’est vrai que c’est marrant et que tu te dis : Oh punaise, et si on s’arrêtait à Wall ? Comme on avait déjà décidé d’y aller, c’est un peu de la gruge, mais en vrai, ce street marketing marche du feu de Dieu.

Y’a un Jackalope géant (un autre !), des t-shirt, des peluches, des jouets, des affaires de cowboys, de camping. On trouve tout. Ce business doit aujourd’hui générer des millions.
Je suis très triste de ne pas avoir le budget pour acheter des snatiags et un jackalope empaillé :(.

On mange un bout, on achète trois bêtises, et on part vers les Badlands. Il nous reste 30 minutes de route, mais la journée est bien avancée.

Oh, et j’avais oublié de vous donner un truc à faire qui est super cool ! Tout a démarré avec une copine du boulot et son amoureux (Coucou Louise et David) qui un soir ont invinté le meilleur jeu : Tu prends un Western classique, et tu attribues des rôles dans le film à tes potes. (Bon pour les filles, ça manque un peu de choix parfois). Manu, c’est le chef des méchants. Moi j’imagine que je suis plutôt une prostituée, ptêt qui chante ivre à côté du piano. On fait le tour des copains pour savoir qui ferait quoi et on rit beaucoup. Faites-le chez vous, c’est méga fun (le croquemort, le banquier, le mec du journal, le vrai héro gentil, la maitresse d’école, le curée, le patron du saloon, le mec au piano, les paysans, les méchants aux sombréros, etc).

On tourne sur Bigfoot Road (COMME PAR HASARD), c’est un chemin de cailloux.


La voiture tremble un peu, et déjà le paysage est en train de changer. Au milieu des champs, des rochers sortent de terre. Des vaches paissent, je guette la soucoupe volante. On passe le panneau « Badland National Park ».
On voit quelque chose se profiler, un virage et hop. Partout, des rochers ondulés, pas de découpes tranchantes, non, c’est comme des vagues rayées, blanches et briques.



Petit à petit, les vagues se creusent, c’est de plus en plus profond, les vagues se font montagnes, c’est infini, c’est magnifique. On s’arrête, il y a un banc prévu, pour se poser là, réfléchir à la folie des hommes et en soupirant devant tant de beauté.


C’est une autre planète sur notre planète. J’imagine Mars comme ça, même si sur Mars y’a pas de serpent à sonnettes. Là aussi, on peut se demander comment c’était d’arriver ici sans route. C’est un décor qui dit qu’il faut lui foutre la paix. Et c’est d’ailleurs incroyable que ce soit si bien préservé. L’Amérique a des tas de défauts, mais sur les espaces sauvages, c’est chapeau bas.

On roule encore un tout petit peu, et on arrive à notre hotel. C’est un endroit qui fait camping et chambres, j’avais pris chambre (l’instinct). C’est super chouette.
Il est difficile d’expliquer à quel point on est au milieu de rien. Par exemple, le premier supermarché, il est à 150km. Faut jamais oublier le pain.
Mais coup de bol, y’a un bar qui fait à manger juste à côté. On n’avait pas mesuré à quel point c’était à côté. On va à Lulu’s Bar.

Je vous mets deux plans, ça aide à se rendre compte. La village c’est Interior.


Un couple au bar, le barman, un autre type qui a l’air de connaître la maison, une dame, pas de musique. On commande à manger, un indian taco, et un pulled pork sandwich. Le Indian taco, c’est super (le pulled pork est bien mais hé, on est difficile et on en fait souvent à la maison).

En gros, ce sont les ingrédients du tacos, bœufs, purée de haricots, salade, un peu de crème fraiche, fromage, le tout sur une drôle de galette un peu épaisse et molle. C’est très très bon.


On boit une bière, on écoute. En vrac : le barman est à moitié indien. Il habite à Wall et déteste la grosse boutique. Ça se tient. Lulu c’est sa maman. Le mec qui a l’air de connaître la maison, il voyage beaucoup et fait des petits boulots. C’est lui qui a fait plein de travaux dans le bar, du coup, il se sert un peu comme il veut. Y’a une tempête qui se prépare, dehors ça souffle, alors tout le monde y va de son avis de si ça va nous tomber sur la gueule (non). Arrive un australien qui parle beaucoup, et un jeune mec de 21 ans, en route pour Jackson Hole (là où on a vu le rodéo). Après un début où on a eu un peu de mal à franchement taper la discute, l’arrivée des deux décoince un peu le truc. On se pose dehors, le vent est retombé mais dans le fond, y’a des éclairs dans les nuages, c’est dingo.
Arrive un autre monsieur indien, et l’australien y va carrément « Alors, comment ça se passe dans la réserve ? Y’a du boulot ? Vous dormez dans quoi ? Pardon, je pose des questions mais je ne veux pas être offensant. » Il parle vite, avec un accent hyper prononcé, mais sa façon d’aborder les différents thèmes ne peut pas être mal pris. On sent qu’il s’intéresse franchement, qu’il est curieux des autres.
Donc il n’y a pas beaucoup de boulot, c’est très pauvre, il y a des camping-cars, des mobiles homes, et non plus de tipi. Ce n’est pas une réserve qui profite d’un casino surpeuplé. C’est très isolé, et le taux d’alcoolisme et de criminalité sont très élevés. Il paraît qu’hier, y’a eu du grabuge chez Lulu.
Au bon d’un moment, on dit au revoir et on va se coucher. Cool night.

Et sur la route :

La petite vidéo compil de la journée (ça vaut le coup de regarder la fin, y’a les éclairs dans les nuages)

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