Alors. On se « réveille » après cette nuit de « camping ». La brasserie est dans un bled de 240 habitants qui s’appelle Ten Sleep. On n’aura pas réussi à en un faire un seul.

On se regarde avec Manu, en essayant de faire retomber la colère de la nuit. Parce que quand on dort mal, même si c’est de la faute de personne, on est agacé. On tombe d’accord que c’était une nuit de merde et on en rit (un peu). Mal, froid, souffrance, douleurs, vieillesse ennemie, we’re too old for that shit.
Manu ouvre la porte à zipette de la tente, et y’a des biches qui font de la débandade.
La lumière du très tôt matin est belle comme tout mais nous sommes si meurtris.
Ma première action sera d’annuler la prochaine nuit de camping qui a lieu samedi, de trouver un Airbnb à une distance acceptable (de ping pong). Voilà. Ça suffit les conneries.
Niveau santé, c’est pas fifou. J’ai ce qui ressemble à une angine, assortie d’une valse de migraine. Contre mauvaise fortune bon cœur, je refuse de me faire gâcher les vacances.
On repli la tente (avec brio, c’est con, on est devenait comme des genres de professionnels), et on va prendre une douche qui coutent 4 dollars. C’était 18 dollars le camping, c’est pas la ruine.
La brasserie n’est pas ouverte mais en s’asseyant dehors, on peut profiter du wifi. Je poste la veille, on est prêt à partir. J’ai même trouvé un endroit à petits déjeuners, et un gars qui bosse là me confirme que c’est très bon.
Go go gadget au Daily Bread.
Ça a l’air mignon comme tout. Je me dis qu’ils sont rigolos, au dessus de la porte, il y a un panneau où est écrit « Sinners Welcome ». Ça doit être genre ambiance cowboy, avec des blagues.

AAAh non. Manu pige vite « Le Daily Bread », le pain de ce jour. Les panneaux invitant à prier, à aimer son prochain sont partout. C’est comme petit déjeuner à l’église.
Tout le monde est très gentil.
Je commande (oui bah oui), le HOMEMADE biscuits and gravy, la grosse portion, et Manu la petite avec du pain perdu. Sur un très joli canapé près de nous, un monsieur ébouriffé se balance d’avant en arrière, un café à la main.
Et sur ce, rentre une famille d’amish. La maman est en longue robe, cheveux chignon sous un petit chapeau très structuré. Le papa porte la barbe traditionnelle, sans moustache. On avait cherché l’explication il y a quelques jours. Figurez-vous que la moustache était obligatoire dans l’armée (j’ai un peu la flemme de vérifier les dates, vers 1850), et c’était à la même période où les amish ont été grandement persécutés et en réponse antimilitariste, ils n’ont conservé que la barbe. Le grand fils, une vingtaine d’année, en salopette ne regarde personne. Forcément, nous sommes déconcertés-intrigués, mais poli, on va pas demander demander un selfie non plus.
Mon assiette arrive, c’est gigantesque, je regrette presque la grosse portion, mais hé, ça me fera mon petit déjeuner de restes de demain !
C’est le meilleur B&G que je n’ai jamais mangé. Wow. On petit déjeune religieusement avant de reprendre la route.
C’est le Wyoming dans l’autre sens, car nous sommes bien sur l’itinéraire du retour vers Chicago.
Ma migraine m’achève. Je m’installe sous un pull et sur un oreiller dans la voiture pour dormir en attendant que les médicaments fassent, je l’espère, effets. J’ouvre les yeux parfois. Ça va devenir redondant, mais le paysage encore une fois nous secoue les tripes. Je clignote et à chaque fois que je me réveille un peu, tout a changé. La montagne, des rivières, des arbres partout. Des collines, tout est sec et infini. Un désert de cailloux. Tout est fou.


On fait un stop pour que Manu mange un bout (moi perso, le B&G va me faire la journée). Petit bled, grosse station essence. Allez, ça ira bien. Je me balade dans la boutique. Y’a des trucs pro Trump partout. Décidément. Pfff. Ça donne envie de rien acheter.

Je regarde, un peu avant là où on dort, y’a Deadwood ! Alors je mets un podcast sur la vie de Wild Bill Hickok. En écoutant, difficile de savoir si c’était un type bien, ou en fait bof. Ça démarre pas mal pourtant. À la fin de la guerre de sécession, son père faisait passer des esclaves en zone libre, par l’Underground Railroad. Wild Bill a toujours été antiesclavagiste, en revanche, de ce que j’ai pigé, il a tué des indiens, mais je n’ai pas tout suivi cette partie-là (migraine), mais je crois bien que oui. Je vous tiens au jus.
Mais quelle vie. Et ce qui est fou c’est qu’en écoutant on réalise que toutes les grandes figures du Wild West se sont croisées à un moment, où ont fait les même batailles.
Wild Bill a été ami avec Buffalo Bill. En écoutant le début de la vie de Buffalo Bill, ça n’enlève rien à tout ce qu’il a fait après, mais c’était chaud. Son père est mort, persécuté par les pro esclavage, quand il avait 11 ans, et il a dû se mettre au boulot comme transporteur de marchandises. Il faisait du cheval le long des trains pour amener des messages d’un bout à l’autre. C’était l’homme de la famille voyez-vous.
Mais pour en revenir rapidement à Will Bill, sur la liste des « activités » sur wikipedia, on trouve : Joueur de poker, chasseur, soldat, mineur d’or, as de la gâchette, acteur. Il a aussi bossé pour le pony express, et a été marshall. C’est mille vies en une.
On a aussi écouté l’histoire de la vie de Calamity Jane, où tout est triste, et de Jesse James, un sacré connard.
Tout ceci est passionnant, mais trop long à raconter.
On arrive à Deadwood, qui est devenu un genre de ville western en plastique. Des magasins partout, très très très pro Trump (on n’a rien acheté). Mais il reste des bâtiments historiques magnifiques, avec des panneaux en bois qui disent que c’est ici que machin a été tué ou que c’est ici que bidule s’est fait arrêter.
En oubliant les gens, on peut s’y projeter. On va boire un coup au Saloon où Wild Bill a été tué. Il y a son portrait. Je ne le trouve pas très sexy, et d’un coup, je réalise : Bon sang, on se ressemble un peu. Si j’avais une moustache, on pourrait presque être frères. C’est très déconcertant.

Sans déconner ? Y’a un truc non ?
Il y a aussi un sculpteur à la tronçonneuse, c’est du plus bel effet.


Ensuite, on va faire mon attrape touristes préféré. La photo vintage en costume. Manu lève un peu les yeux au ciel, trouve ça trop cher (c’est vrai). Mais on en déjà deux de voyages passés et ça me fait très très plaisir. La dame nous déguise, j’opte pour un corset. Quand même, quelle connerie cet habit. En fait, on ne peut vraiment pas respirer, ou se pencher, ou rien, en fait. C’est flatteur, c’est certain, mais c’est pas pratique.
On pose, le monsieur des photos est gentil, on choisit, on reviendra les prendre demain matin parce qu’il faut qu’on aille au Airbnb pas trop tard.
On est dans un genre de camp, avec des tas de cabanes identiques, c’est pas mal cool. Le lit est confortable, il y a un frigo et un micro-onde pour demain matin. Dans l’enveloppe avec les infos pratiques, il y a une boisson gratos au bar d’à côté.
On y va vite fait, Manu prend une margarita en plastique, et moi un « twisted tea ». Je pensais que c’était un thé glacé, mais non, c’est une canette de thé glacé, avec de l’alcool à bruler dedans. C’est parfaitement dégueulasse. J’ai siroté poliment pour éviter de replonger dans la migraine et les trous à l’estomac, et j’ai tout laissé.
On va diner au Slash J Saloon. On entre. Oh ! C’est hyper local. Famille, vieilles personnes. Une dame nous accueille avec une voix gentille et nous installe au bar. On cause un peu, je prends une salade avec les steack tips marinés (spécialité de la maison) et Manu prend pareil mais sans salade et avec de la purée. Je prends un vrai thé glacé, Manu une bière, et pensant prendre une pinte, se retrouve un godet géant d’un peu moins d’un litre. Ils sont foufous ces américains.
C’était très sympa ce diner.
On rentre, avec la ferme intention de ne rien faire. Je regarde Dexter, Manu s’endort, la migraine revient plein pot.











































































































