Tout va bien ! On n’a pas été mangés par quoique ce soit, mais nous n’avions pas du tout de wifi. Voici, avec du retard, jour 13 :
Après une nuit de courbatures à geindre, c’est une journée de courbatures et de gémissements qui démarre.
Je me mouche en vain, je bois par litre, et comble du super : j’ai mes règles. Certains symptômes proviennent certainement de ce désagrément mensuel et menstruel. Mais là, c’est pénible. J’ai mal mal. Je pleure beaucoup, je suis désolée pour mon époux parce que c’est pénible quelqu’un qui chouine. On ne parle pas assez des règles en vacances. Comment gérer le truc quand l’endroit où on dort propose des serviettes blanches : bah c’est chiant.
Bref, je suis dans un état pitoyable, je marche comme si j’avais 100 ans, et en pleurant parce que j’ai l’impression qu’on m’a tabassée.
Voilà, ça pose l’ambiance.
On quitte aujourd’hui notre cabane de la montagne aux murs très fin et au frigo trop petit. Je mets mon siège en position allongée au max, on passe prendre un petit dej (échec total, des donuts holes un peu secs et trop sucrés) et un café. Je me mets un pull sur la tête.
Par contre, le bonus joie du jour, c’est qu’on retraverse un peu du Parc Yellowstone pour aller à la destination suivante.
Manu murmure des « Tatankaaa », j’ai mis un pull sur ma tête, pour la migraine. De temps en temps, je jette un œil quand il dit « OH ! ». Mais je n’ai pas le courage de me lever, et le soleil ça pique et… bref.
La voiture s’arrête. Il y a des bisons sur la route. On est tout un tas de gens coincés. Il a des bisons sur la route, il y a des bisons sur le côté de la route. Le temps en suspend. Manu sort de la voiture. On reste là 20 minutes, à attendre.
J’ai entendu Manu râler des milliers de fois sur les embouteillages. Là, il est comme un môme. C’est le plus bel embouteillage de toute sa vie.


Une voiture finit par prendre une initiative, et passer à côté tout doucement, la file de bagnoles enchainent le mouvement. Clairement, les bisons n’en ont rien à secouer. Sur tous les conseils par rapport aux animaux sauvages, ils disent bien de rester à 50 mètres. Là on passe à 30cm. C’est super.
Ayé, je peux me laisser aller à la torpeur. On peut le dire, j’ai quasi dormi toute la journée de trajet. On s’arrête à un Outpost (les trucs à touristes) mais y’a un musée des animaux du coin, le tout empaillé. Mécaniquement, je fais trois photo, pipi dans la station-service. J’ai soif, si soif. Je bois des litres et rien n’y fait. Et je me mouche.

Je me rendors.
Manu me réveille parce que c’est beau. Oui c’est beau, on approche de montagnes. C’est infini. Encore une claque. On secoue la tête en faisant pff, comme si ça devenait ingérable pour nos cerveaux, autant de beauté.
On arrive à Cody. Cody, c’est la ville de Buffalo Bill (je vous conseille un podcast qui parle de la rencontre de Buffalo Bill avec Rosa Bonheur).
Rappel : Buffalo Bill c’est un des gros cons qui ont tué tous les bisons, qui a fait des records au Pony express, et qui après a fait un spectacle où il reproduisait des attaques d’indiens et de bisons (et devinez qui gagnait à chaque fois ?

Back to Cody : Y’a des magasins où tout est très cher. On passe à Boot Barn, un magasin de santiags et de fringues cowboy.girl. J’ai envie de tout acheter mais c’est hors budget. Chagrin.
À VOT’ BON CŒUR LES TRUMPISTES ! OFFREZ MOI DES SANTIAGS !

Ah oui parce que c’est chaud patate du drapeau Trump, sur les bagnoles, les maisons, les pelouses, partout. Et c’est le retour des trucs anti avortement. GRMBL.
Je fais la surprise à Manu qui ne sait pas où on dort. J’ai réservé un tipi. On arrive par une petit pente de gravier, et on découvre le terrain. Quatre tipis, une roulotte, un dome, un espace ouvert avec des tables, un brasero géant. Rhololo, c’est super super. On est accueilli par Micky, et Ricky son gros chien. Il travaille ici. Il nous montre notre tipi, et nous prévient qu’il vient à 7h nous faire le petit dej demain matin.
Je vais un petit peu mieux. Mon nez est une fontaine, et pour ceux qui connaissent le machin en live, c’est pas rien.
On s’installe tranquillou, on sort les affaires de la voiture. On visite un peu tout. On trouve la douche. Des palissades de bois, une estrade, eau chaude eau froide. C’est assez fou. Y’a des toilettes sèches aussi. On est au milieu de tout et de rien, c’est vallonné, quelques arbres buissons pas très hauts, des bottes de pailles pour faire des murs. Micky nous a confirmé, on est seuls ce soir sur le terrain. WOUHOU !

Je m’installe dans un hamac pour bouquiner. Je n’ai pas eu le temps de faire ça depuis qu’on est parti. Je replonge avec bonheur dans les aventures de Maura. Je vous conseille GRANDEMENT Calame (de Paul Beorn). C’est de l’héroic fantasy (chuuut), et si souvent, c’est pas génial super l’HF, là.. bon sang, quel page turner comme on dit de nos jours. Pas un moment où c’est chiant. Les personnages sont formidables, c’est féministe (oui !) et les personnages sont ultra bien gaulé.es. Bref c’est super.
Donc je suis là, dans mon hamac, avec les bruits de la petite rivière qui coule derrière moi et je lis, et c’est bien.
Pause.
Manu va tester la douche. Il revient avec air si réjoui. J’ai hâte de faire pareil, alors je vais chercher mes affaires. Mais sur ce arrive Rod, notre hôte, le propriétaire. Il est venu nous saluer après nos quelques échanges sur la plateforme Airbnb.
Ça démarre avec les blablas usuels, on parle de notre voyage, de nos escales, je raconte la Bigfoot lady, on parle de Tartine et Jack, qui viennent à Chicago l’été, il dit « Florida is an interesting place… » et il ajoute « So is Wyoming. » Nous évitons, surtout pendant ce voyage ci d’évoquer la politique avec les gens. Car chaque jour, c’est Trumpland. Et la Floride a un gouverneur qui est une sacrée raclure de fond de chiotte. La porte s’ouvre gentiment. Nous sommes d’accord ! Trump est un malade mental.
Nous sommes tombés sur LE MEC du Wyoming qui ne vote pas Trump. Petit à petit, en l’écoutant, on cerne mieux. Il a une ferme bio, sa femme est médecin et travaille dans un hôpital, dans une réserve indienne. Il organise des genres de colo pour les jeunes indiens, pour renouer avec leurs racines. Ils font un pelerinage sur la montagne magnifique en face, Heart Mountain (Foretop’s Father pour les Crows, lieu sacré où est enterré un chef). Rod est très ému quand il nous raconte tout ça.
C’est pour ça à l’origine que ce campement a été monté, avec son ami Chief Bulltail, ainé tribal des Crows du coin. Il travaille avec des indiens, il fait des conférences, des tas de trucs. Il connaît l’histoire du pays, la vrai, pas celle où Buffalo Bill et ses copains sont des héros.
Il nous parle du déni des gens, sur le climat, et que c’est plus facile de se raccrocher à un fou que de penser à ce qui nous attend. Il voudrait qu’on indexe l’argent aux calories, plutôt que sur l’or. Que ce soit comme ça que ce soit calculé. On n’a pas trop compris comment ça marcherait, mais c’est parce que tout l’enjeu de l’avenir, c’est la bouffe. Il disait que les agriculteurs, c’est 1% des américains, et la moyenne d’âge est 67 ans. Et la relève n’est pas là. On rigole et on le traite de communiste, et il rit, ça lui va en fait (en général, c’est la plus grosse insulte ici.). Je lui raconte qu’à la laverie j’ai vu un « journal » pour aider les gens à voter (uniquement pour les Républicains) et que les enjeux sont « les garçons ne doivent pas faire des sports de fille ». Là encore, il est d’accord avec nous. (sur le fait que c’est complètement con).

On l’interroge sur le fait qu’il n’y ait rien sur les pelouses ou les voitures qui invite à voter Kalama. Il dit que les gens ont probablement peur de se faire péter leurs voitures (et leurs maisons).
On parle des JO, il dit qu’il a eu pas mal de français cette année, qu’il a bien senti que les français fuyaient.
Et puis, mon sujet préféré, on parle des armes. Et là, incroyable : « I have 40 guns. » Il rit quand il voit nos tronches. Donc on lui explique, comme on explique à tout le monde ici (et qu’on ose), qu’en France, les gens qui ont des armes, ce sont les bandits, la police, et les chasseurs. Et voilà.
Et l’argument revient : C’est pour se protéger. Mais là, c’est contre le gouvernement. Le gouvernement ne pourra pas l’obliger à faire quoique ce soit. Il est armé.
C’est très déconcertant. Mais il ne botte pas en touche, il entend que pour nous c’est un peu fou. On avance quand même que nous on n’a quand même pas trop trop de school shooting, et que le fait que personne n’ait vraiment accès à des armes soit peut-être une des raisons ?
Là par contre, il n’est pas convaincu. Il doute que le fait de retirer les armes « from the people » change quoique ce soit à ce problème. OOOK.
Les armes ça sera toujours la couille dans le potage.
Mais c’est passionnant, on discute plus d’une heure.
Il nous dit que si jamais il pleut, on peut aller dormir dans le dôme, ça sera plus étanche que le tipi.
Je vais ensuite prendre la plus belle douche de toute ma vie. Il fait presque nuit, je suis entourée d’une palissade de tranches d’arbre. L’eau est chaude, les bestioles de la nuit font des bruits, je regarde le ciel et en prime je sens bon.

Je fais un feu incroyable (je n’ai aucun mérite, Micky avait tout installé avant). Mais c’est un très beau feu.
Le ciel gronde un peu, on migre les affaires dans le dôme.

On a bien fait pour les affaires : un orage énorme nous tombe sur le coin de la tronche. On est à couvert près des tables de pique-nique. On rit beaucoup, et pour fêter ça on fait cuire les saucisses pour les hotdogs du soir (ça devient chaud de trouver des idées de bouffe, sans savoir quel matos il y a là où on dort. Casserole ? Pas casserole ? Assiettes ? Non ? RHAA. Aller au supermarché, c’est de moins en moins marrant. Il y a vraiment de la mayonnaise dans TOUTES les salades. C’est absurde.).
On va se coucher dans notre maison ronde. Je ne me sens toujours pas super, j’appréhende la nuit.



































