J 11 : Voir Yellowstone et écrire

Je ne sais même pas comment je vais pouvoir raconter cette journée.

Le Airbnb perdu dans les montagnes a des murs très fins, on entend très bien notre voisin avec son fils tôt du matin. Pas grave, je suis encore levée à 5h30.
Petit déjeuner (il n’y pas de poêle, alors j’ai fait le bacon et les œufs brouillés à la casserole).

On est à côté de Gardiner. Gardiner c’est l’entrée Nord de Yellowstone.

J’avais commandé le pass très en avance, et il avait été livré chez Tartine, c’est ça en moins.
On fait notre bout de route jusqu’à l’entrée, la dame de la guérite nous confie un plan, on opte pour une première moitié. Plein sud-ouest.

Plus que jamais, ça va être impossible de décrire les changements visuels qui s’opèrent avec les km qui défilent. Les montagnes sont comme des monstres à tentacules endormis, les forêts sont denses, les arbres parfois s’épluchent, les plaines sont jaunes, puis vertes, puis les deux. Les rivières ondulent sur les cailloux, elles font des miroirs de soleil, et puis en plus de tout ça, il y a l’extraordinaire…

On s’arrête au Visitor Center vite fait, à Mammoth Springs. Il y a du monde, c’est indéniable. Yellowstone, c’est une grande route, avec des tas d’arrêts possibles. Il y a parfois foule, aux endroits noté sur la carte le plus souvent, et puis d’un coup on se retrouve seuls au milieu du merveilleux.
Mammoth Springs, c’est un édifice minéral calcaire, avec des sources chaudes. De l’eau coule un peu partout, parfois en faisant des bulles, parfois en faisant de la fumée. C’est du calcaire, du travertin, et de l’oxyde de fer, alors parfois c’est rouge, et très blanc, et fou.
Bienvenue sur la lune. Une lune un peu mouillée. C’est une croute fragile, mais magique.


Pour tout voir, pour se balader de terrasse en terrasse, il y a des escaliers et des chemins de bois. Ça grimpe, il fait chaud, mais on ouvre tellement grand les yeux qu’on oublie à quel point on est bof en forme.
Au fur et à mesure qu’on avance, l’émotion grimpe, les larmes avec. J’oublie les gens, je me perds dans les cratères. Cet endroit hors du temps me secoue sans que je puisse l’expliquer. Je pleure en cachette, je rajoute un peu d’eau à l’eau. Manu me prend dans ses bras. Je crois que là, j’ai une pensée furtive pour la vraie vie, pour les jours qui passent et qui nous rapprochent du retour. Comment faire pour visiter le monde ensemble sans jamais s’arrêter ?

Je l’ai déjà dit, mais je sais à quel point on a de la chance d’être là, d’être tous les deux. De partager ces émotions mille fois plus grandes que ce qu’on a pu envisager.

J’ai fait un petit medley de Mammoth pour que vous voyez ce que je veux dire :

Maintenant que j’ai assez chouiné, retour à la réalité. J’ai mal au ventre. Beaucoup. En anglais, on dit très élégamment « stomach bug ». Restons ensemble sur cette version. Je refuse de me laisser gâcher la journée, je vais acheter du Pepto Bismol. Je pourrais ptêt devenir influenceuses voyages et médicaments. Entre la cheville, les migraines, et maintenant, mon insecte, hum. Ça n’entame pas ma bonne humeur, j’ai foi dans la science et les cachets roses à mâcher. (C’est un succès, n’en parlons plus).

On reprend la route, je fais des photos à droite à gauche. On s’arrête pour pique-niquer. Il y a plein d’instructions de gestion des ordures pour ne pas attirer les ours. Ça marche pas mal ! Y’a pas un truc qui traine. Et y’a pas d’ourse.
Note : la menace de se faire manger marche beaucoup mieux sur l’humain que les contraventions.
Un papillon vient se poser sur ma main, et après, j’attrape une sauterelle qui m’a mordue (pas fort).

On s’arrête devant la Roaring mountain. C’est une montagne, avec des trous qui font de la fumée. C’est complètement super.

Puis, c’est le stop au Norris Geyser. C’est la foire au parking, on doit d’ailleurs se garer plutôt loin. On marche un moment avant d’arriver au lieu-dit. Et là, c’est zinzin. C’est fada. C’est cinglé. On passe un petit bâtiment avec une expo, et là, devant nous, une étendue de couleurs qui n’ont rien à foutre là. Des fumeroles s’échappent de partout. Si on ne croyait pas aux dragons, c’est réparé. Clairement, ils habitent là-dessous. Le seul bémol, c’est l’odeur. Ça sent le soufre, très très fort. En fait, ça sent l’œuf pourri. Cette odeur se marie très mal à l’ambiance, c’est rien de le dire, mais c’est beaucoup de le sentir.
Comme pour Mammoth, y’a des chemins de bois pour se promener. On pense à ceux qui sont arrivés là, un jour à cheval. Pour le coup, eux ont dû se demander si c’est l’œuvre du Dieu ou démon, parce qu’en plus, les trous d’eau bouillonnent et parfois crachent de l’eau qui brûle. D’ailleurs, les animaux de compagnie sont interdits parce que y’en a plein qui sont morts (y’a des panneaux qui le disent). C’est un peu le même problème qu’en Floride avec les alligators, dans le Montana, ils ont des dragons. C’est classe aussi.

On finit le grand tour, et on part sur le deuxième, vers un autre petit geyser, qui nous fera le plaisir d’être content de nous voir. Le phénomène est vraiment étonnant.

Un petite vidéo des trucs vus à Norris :

Oh ! Et j’ai oublié de dire ! On a vu un coyote traverser la route.
J’y pense parce que j’allais raconter qu’on a enfin vu un bison, et puis deux biches. Le bison, c’est l’animal préféré de Manu, alors il guette toutes les plaines en appelant « Bison ? » « Ça bisonne pas ici… » « Là ! Ah non, c’est un caillou sauvage. »

Quelle incroyable bête.

On file vers Old Faithful, un grand grand geyser parait-il.
Woo.
Y’a du monde, plein.
Légère angoisse foule, mais on va s’assoir sagement. Pour l’instant, c’est un trou qui fume. Il fume super bien. Et d’un coup. WOOOO ! Bah c’est un geyser ! Ça crache de l’eau à fond ! Plusieurs minutes.
Quentin, à qui j’ai envoyé une vidéo dans la foulée suite à sa question « C’est toujours l’éclate ? ». Il a très justement dit « Une baleine terrestre ! ». C’est carrément ça.
En écrivant, je vérifie le principe du geyser, que je partage avec vous :

Ainsi, quand à quelques mètres de profondeur, une poche d’eau chauffée à plus de 100°c se dilate et se vaporise sous une colonne d’eau, une bulle de gaz va se former et expulser cette colonne d’eau sur plusieurs mètres ou dizaines de mètres de hauteur : il s’agit là du phénomène de geyser.

J’ai envie de jeter un Pepto Bismol dans le trou pour voir si ça marche aussi. Parce que finalement, c’est un prout humide tout ça.

Une fois le spectacle d’eau terminé, on repart dans l’autre sens car mine de rien, la journée touche gentiment à sa fin. On croise un autre bison ! Et un autre bison ! (pas aussi rapprochés, mais c’est pour l’effet de joie). On est intrigué d’ailleurs, de voir des individus isolés. On pensait que ça cohabitait en troupeau. Il y a encore tant à apprendre.

On fait la route inverse, on reconnait tout comme si on y était passé l’après-midi même, mais on est reste époustouflé.
Il faut voir Yellowstone une fois dans sa vie si vous pouvez.

On repasse au tout premier Visitor Center, et là, en plein « ville », y’a des elks (wapitis) ! Mais genre plein ! Des femelles avec plein de bébés, qui broutent devant un immeuble. Un ranger fait traverser les gens pour les laisser brouter peinard. Le seul qui râle, c’est un français « Ouais le mec il y connait rien, pfff. » OOOK. (le ranger venait de lui dire que ça arrive souvent que des wapitis blessent des gens).

Vraiment, quel endroit super.

Petite vidéo de trucs en vrac (bison inside) :

On va faire trois courses en ville, on s’achète des loaded potatoes pour diner. Hyper réconfortant. On ramène tout ça dans notre cabane dans la montagne, on mange dehors le temps que le soleil se couche, et puis c’est pas le tout, mais il est 20h, et j’ai une journée à raconter (mais ça y est, j’ai fini).
Demain, on veut se lever tôt, pour voir Yellowstone au petit matin et avant, j’ai quelques moustiques à buter. (et Manu vient de me dire « Tu m’envoies la photo de MON bison ? »)

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