Note d’intro : Toutes les photos sont à la fin, because ça rame beaucoup du wifi dans le café où je suis.
Bon sang de bois, quelle journée. Pourtant, j’avais misé sur du calme, de la longue route et lève la queue et puis s’en va. Mais non. Que nenni !
Mais je vais commencer par le commencement mou. On croise Sheryl, Jim et Luna. Je bois un café, on joue avec le gros chien à moustache, et on part petit déjeuner. C’était pas mal, un poil trop copieux, c’est souvent le problème, et comme on ne peut pas emmener à emporter, on laisse.
Retour chez S&J, car j’ai embarqué la clé de chez eux dans mon sac. J’en profite pour appeler le travail, et télécharger les cartes du jour avec le wifi, car j’ai un élan de panique de la data téléphonique. Mon compteur ne se met à jour en live, j’avais donc l’impression de bien faire gaffe à mes données à l’étranger, sauf que HÉ ça ne bougeait pas de jour en jour. Je n’avais que les chiffres de juillet… Je me voyais déjà avec une facture de téléphone à rembourser au travail, et j’ai eu le cœur qui a battu vite fort.
Adeline-du-travail m’a gentiment et vite rappelée et OUF, m’a rassurée, tout va bien, je suis large dans les clous. Je peux me perdre dans le désert et chercher mon chemin avec mon téléphone en regardant des vidéos de grenouilles qui font des prouts. Wouhou !
Alors go go. Aujourd’hui aussi, on a plein de km (400).
J’ai regardé, y’a des choses à voir sur la route. On va faire un bon bout de Wyoming, au revoir Nebraska !
Sur les routes d’Amérique, y’a des gros panneaux marrons, ça veut dire « Trucs à visiter » (ptêt qu’en France aussi, je n’ai jamais fait attention)(oh ça va).
Manu-œil-de-lynx nous dégotte un ancien fort. Le Fort Laramie. C’est un monument national historique, mais l’entrée est gratos. Coolos.
En gros : c’était un fort beau fort, avec des tas de gens qui habitaient là, qui travaillaient là, qui étaient emprisonnés là. Ce : avant, pendant et un peu après les guerres.
En vrai, il a d’abord été un lieu d’échange pour les fourrures. Construit en 1934, mais ensuite, il est vite devenu le fort militaire le plus important de tous ses copains les forts.
Il a fermé en 1890, petit fort parti trop tôt.
Il n’a plus servi à rien car c’était la fin des guerres indiennes.
Au début, les relations entre le fort et les indiens étaient bonnes, y’avait du business, tout le monde s’entendait bien. Sympa.
Y’a le Pony Express qui en a fait une étape aussi (mais ça, on le sait, ça n’a pas duré longtemps).
Et puis tout est parti en cacahuète, le Fort est devenu un des lieux de lancement d’opérations militaires contre les indiens, et c’est moche tout ça L
Le lieu a été abandonné des années et des années. Et puis il a été promu lieu historique et il y a eu un travail de restauration assez fou.
On peut entrer dans les maisons, celle du capitaine, du toubib. On peut voir là où dormait les soldats. Tout est derrière des vitres, mais les reconstitutions sont bluffantes. C’est très immersif. Il y a même le bâtiment des latrines (idée du génie du toubib qui s’est dit que chier ailleurs que là où on dort, ou que là on se soigne, c’était très malin).
Après cette très instructive visite sous un soleil de plomb, on reprend la route et là, adieu champs de maïs répétitifs.
Ça se vallonne, tout est très sec, il y a des petites touches de vert, mais très peu. Ça devient rapidement encore plus surréaliste comme paysage car il y a eu un incendie récent. Un feu d’herbe. Le bas des poteaux est mangé, mais pas le haut. Tout autour, c’est noir charbon et sable triste. J’ai regardé, il y a bien eu un gros incendie fin juillet/début août. On est dans un western, pas dans les westerns à gros cailloux hauts. Ceux dans les plaines, où les chevaux courent, la crinière au vent.
On passe pas loin de Douglas, et c’est la ville du Jackalope, alors on fait le petit détour. La bonne idée ! Car soudainement, dans le rétro : une voiture de police qui clignote de partout. Au début, on est pas certains que ce soit pour nous, mais dans le doute, on s’arrête. Le jeune policier est très aimable, très calme, pas hyper souriant, mais pas tendu. Il explique a Manu qu’ici, ça roule à 30 et qu’il était un peu au-dessus. Il part avec les papiers du véhicule, le permis, et on attend. C’est long, il sort un papier, revient. On se dit qu’on est bon pour la contravention. J’ai regardé les tarifs. C’est à partir de 30 dollars et plus selon km au dessus de la limite. Mais : il nous dit, toujours hyper serein, que c’est un gentil warning, qu’il faut faire gaffe et que quand une voiture de police clignote, faut s’arrêter plus vite que ça en fait, qu’on a mis trop de temps. Sympa.
FIOUUUUU. On se dit qu’en France, il n’y aurait pas eu de gentil warning, il y aurait une pas gentille amende.
Je fais quand même une photo du Jackalope.
C’est à partir de là que démarre le festival du paysage fou de beauté. Il y a eu un genre de crescendo de l’émerveillement pendant tout le reste de l’après-midi. Les rochers sortent de terre, les couleurs changent. On passe du vert au rouge, du gris aux couleurs mystères. La sensation d’immensité nous remplit. On fait des waouw, on dit des gros mots époustouflés. On se penche vers le pare-brise comme si ça pouvait nous rapprocher plus vite. On sourit tant qu’on en a mal aux joues. J’ai essayé de faire des petits films, mais c’est impossible d’avoir une reddition parfaite de cette lumière magique, de la profondeur de cette carte postale qui bouge. C’est infini, la route semble aller au bout du monde. Il y a de moins en moins de voitures, on est comme seul au monde dans ce paysage lunaire. On s’arrête parfois. On scrute le ciel pour trouver des faucons. On se demande à quoi serve des alignements de barrière en bois. Au bout de deux heures, je fini par chercher, et c’est pour la neige et le vent en hiver.
Et là, on voit une première antilope. Antelope in english. Je n’ai pas internet ce soir pendant que j’écris, je ne peux pas vérifier la marque en français. Mais c’est assez fou. Elle marche le long de la route. On en reverra plus tard, mais j’ai raté mon film (j’ai filmé mon jean pendant que je piaffe de joie. C’est un peu ridicule, alors je l’ai jetée).
On arrive à notre première étape prévue. La ville de Jeffrey City, qui est censé être une ghost town. Il y a un peu de vie, ça se voit, mais c’est à 80% abandonné. Je descends de voiture, il y a des biches qui cavalent avec leurs petits un peu partout. On se croirait dans tous les films où tout se termine mal. La ville déserte et la nature qui a fait sa conquête de l’ouest.
Je fais quelques photos, on croise une voiture. C’est un monsieur qui vient poster son courrier. Alors ça, c’est pas banal.
À un autre moment, un panneau indique une « scenic view ». Va pour le chemin de terre qui a l’air d’aller nulle part. Mais après un virage, on voit que le sol se découpe, on est en hauteur, et ce qui s’étend devant nous est.. Je ne saurais même pas l’expliquer. Mais quelle émotion !
Derrière nous, un cadavre d’antilope qui ajoute à ce moment, une poésie tragique.
On arrive doucement vers Riverton. Après autant d’absence de monde, le retour aux grosses typos est déconcertant. L’entrée de la ville, ce sont des mobiles homes, des cabanes, c’est tout pété de partout. Des gens habitent là.
Ce soit, on campe, et comme il est bientôt 19h, on se magne un peu, pour pouvoir monter la tente et après aller chercher à manger avant la nuit.
On arrive au Jim Moss Campground. Paulette et Jim ont organisé pendant 40 ans des rodéos et autres dans leur « arena ». On tourne sur la 8 miles road (coucou Eminem), et puis sur la route qui nous mène à notre future nuit. Mais là, il commence à pleuvoir, alors on rit. On n’est pas DU TOUT des adeptes du camping. Si j’ai opté pour ça, c’est parce que le Wyoming, c’est très vide, y’a 2 habitants au km2, et je me suis dit que pour deux trois nuits sur tout le séjours, on pouvait le faire. Mes cousins Arthur et Rachel de Chicago nous ont gentiment prêté une tente, un grand sac de couchage, des matelas, une lampe. Ça va le faire !
La pluie s’arrête, par contre y’a du vent. Mais pas du vent pour déconner et secouer les cheveux à la cool. Du VENT. On arrive, Paulette nous accueille, nous montre où planter la tente. On dit que c’est notre première fois mais que c’est cool, on est content. Mais y’a du VENT. J’installe mon téléphone pour prouver au monde qu’on peut le faire malgré le VENT.
Alors oui, on peut le faire, mais pas quand y’a du VENT.
On rit tant de cette lutte, il pleut un peu, on tente de protéger ce qu’on a déjà monté, il pleut encore plus. On se prend gifles de vent mouillé. En vrai, malgré la tempête, on s’en sort pas mal hé. Il pleut moins puis plus du tout.
En revanche, la tente plie dans tous les sens, malgré que Manu ait garé la voiture devant pour faire mur. C’est peine perdu, le VENT souffle, souffle, souffle tant !
À nous deux, on est les trois petits cochons, la tente c’est la maison de paille et ce qui devait arriver arriva : arraché de ses sardines, la tente prend son envol. NOOOOON.
Je cours après, je cours, je cours ! La tente fait des galipettes inexorables, elle roule vers l’infini et l’au-delà. Une barrière ! Elle va s’arrêter ! NON ! D’une bourrasque habile, elle passe par-dessus ! NOOON ! Je cours encore, c’est ridicule, je ris en courant, je sue.
Ce moment est absurde, il manque la musique de Benny Hill pour que tout soit parfait. La tente passe par-dessus une deuxième clôture. La tente au Jeux Olympique.
J’ai mal à la cheville, je ris un peu moins parce que c’est grand le Wyoming. Est-ce que je vais devoir lui courir après pendant encore longtemps ? Va-t-elle créer un accident (bon ok, 2 habitants au km2).
Je suis coincée, j’ai peur que la clôture numéro deux soit électrifiée, je ne peux pas passer par-dessus. Je dois faire demi-tour. Pendant ce temps, Manu est remonté en voiture, on file sur le chemin dans la moche. On est comme des chasseurs de tempêtes, mais de tente.
Je crois que j’ai vue s’arrêter dans un champ de maïs voisin. Je regrette tout le mal que j’ai dit des champs de maïs. Je la vois ! Elle est là, coincée par les épis pas mûrs. On la rattrape, on la démonte. On rit encore très fort du ridicule ambiant. On est d’accord : on va dormir dans la voiture. Tant pis. On a tout récupéré. Ouf. Sauf notre fierté.
On revient au « campement ». Et Paulette arrive, elle raté la scène de la course à la tente. Mais elle est bien désolée. Le vent souffle encore fort alors elle dit quelque chose d’incroyable : « Le camping-car là-bas est vide, je fais Airbnb mais là je n’ai pas eu le temps de nettoyer, mais vous pouvez y passer la nuit ».
Le camping-car est géant. C’est un appartement. On est mortifié de cette générosité et on pleure presque des mercis confus et penauds (et honteux).
Il y a une douche, des toilettes, une grande télé, un grand lit, des sièges qui s’inclinent et qui font des massages, une cuisine, l’air conditionné, le chauffage. Je ne rajoute rien, c’est complètement incroyable.
On va se chercher à manger, tout est fermé, alors on se rabat sur une pizza nulle d’une chaîne connue. On a quand même acheté une bière pour se récompenser de cet échec.
Manu me montre la vidéo qu’il a faite de moi courant après la tente. J’ai un fou-rire incontrôlable. Et oui, la voici :
Lessivée je suis. Manu aussi. D’ailleurs il dort pendant que j’écris.
Je n’ai pas osé demander le wifi du camping-car, faut pas déconner, j’enverrais tout ça demain.





























































































