J 7 : L’autre moitié du Nebraska

Chaque jour ne peut être aussi étrange que celui d’avant.
Ce matin, le réveil est doux à la ferme. Et surtout, j’ouvre la porte de la cabane, et dans le fond, là-bas, qui sortent de la grange : 9 CHIOTS MINUS MIGNONS ! Haaaaaan.

Ce sont pile poil les petits de mes deux potes d’hier au soir. On va les voir, et Chris, le fils du monsieur d’hier (John) arrive. C’est un cowboy, un vrai, sa chemise est déchirée, il est très beau, son chapeau est très sale (j’ai le droit, Manu a fait les mêmes constats, c’est même qui a dit « Hé, il est pas mal. » C’était un peu comme dans la vidéo où Keanu Reeves joue avec des petits chiens. Là c’était Chris le cowboy qui joue avec aussi des petits chiens). Y’avait sa fille, qui était très contente de me jeter des petits chiens dans les bras. Comme y’en avait 9, il nous ont proposé d’en emmener 1 ou 9. On a décliné, mais on a fait mougnougnou pendant un moment. Y’en a même un qui s’est endormi sur ma chaussure, le bougre. (MOUMOUMOU).
Chris, il dresse les chiens pour les troupeaux de vache, il est super fort, il a même gagné des prix avec un des chiens sympas d’hier (celui qui ne veut pas rendre les bâtons quand on lui jette un bâton. Ça ne doit pas faire partie de l’entrainement, de rendre des bâtons).


On a aussi discuté avec ses parents un moment. (John et Mary-Lou, sa femme). Ils ont fait l’école à la maison jusqu’à la fin du collège pour leurs enfants, ils ont habité dans le Wyoming, Mary-Lou nous a très vite dit qu’ils étaient chrétiens et que si les paysages étaient si beaux, c’était grâce à Dieu. En vrai, c’était une conversation très classique et très sympa. En ne relevant que ça, on pourrait croire que ce n’est pas très gentil de ma part, mais la religion me laisse toujours perplexe, surtout brandie comme une identité, j’avoue. Je suis pourtant allée au catéchisme, j’ai une brève crise de foi vers mes 12/13 ans. Mais très vite, cela n’a plus eu aucun sens pour moi. J’ai toujours trouvé ça très difficile d’ailleurs, d’expliquer des trucs de Dieu à mes filles sans les évidences avec lesquelles j’avais grandi.
« Maman, à quoi ça sert une église ? ». Beh, quand on est croyant, c’est facile à expliquer, quand on ne l’est pas, mais qu’on veut rester neutre dans l’explication, beh c’est bien plus compliqué. Notez, j’ai eu le même problême quand Althéa, 5 ans m’a demandé « Ça sert à quoi un CRS ? ». Bah voilà, c’est pas facile à expliquer quand on veut rester neutre mais qu’on s’est aussi pris des lacrymos dans la tronche un peu gratos alors qu’on manifestait peinard. (je me rends compte que le parallèle entre les CRS et Dieu est un peu curieux).
Je digresse, je crois. Sorry pardon.

On a aussi parlé de Paris, de la France, des JO. John à nous a demandé comment c’était à Paris en ce moment. Je me demande toujours ce qu’il y a derrière cette question (souvenons-nous des No-g- zone de Fox News, le CNews de l’Amérique). Mais comme j’ai dit « Oh bah super ». Il a dit « Oh good. » J’ai quand même dit qu’ils avaient viré tous les sans-abris et les étudiants sans reloger personne et que même si les jeux avait été plutôt une réussite sur certains aspects, ça restait scandaleux de l’argent dépensé et du mépris de classe. . Ils avaient l’air d’accord (et pas au courant, surtout.)

On range, on défait les draps, on vaisselle et puis s’en va.

La ferme est juste à côté de la petite ville de Gothenburg. Elle s’appelle comme ça parce que ceux qui l’ont fondée était suédois. Et ce qui est rigolo et qu’on va aller voir, c’est que c’était un des points relai du Pony Express !
On apprend que les cavaliers ne transportaient pas du bête courrier, mais des documents officiels du gouvernement d’un point à un autre. Le P.E. c’était un trajet qui allait du Missouri à la Californie, et le tout en 10 jours. Mais cette entreprise a fait faillite à cause du bien moins sexy télégraphe, et le tout : en 18 mois. C’est la start-up nation tuée dans l’oeuf.
Il y a un micro musée-boutique dans cette cabane. On voit une réplique de la selle, avec des petits cadenas qui fermaient chacune des quatre sacoches. C’est chouette comme tout. Et surtout, dans ma micro-boutique musée, on se fait alpaguer par un couple et une dame, et on cause pendant au moins 25 minutes. Il est retraité chanteur des choeurs de l’armée (alors les deux autres dames lui ont dit « Thank you for your service ». Y’a beaucoup de militaire dans ce pays. Ce n’est pas rare qu’on en croise et que ce soit évoqué au détour des conversations. Je n’ai pas l’impression que ce soit aussi répandu en France. (?)
On est moins nombreux ?
L’armée est moins auréolé de gloire ?
Chais pas. Mais pour en revenir à ce monsieur très très gentil, il était très heureux de discuter avec nous, de la langue française, de tout. Comme il disait qu’il avait chanté dans plein de langues différentes, on lui a expliqué l’expression française « en yaourt » quand on prononce un peu comme on peut et à l’oreille. Il était très beau, avec un sourire franc et très tourné vers les autres. C’était cool, c’était un très bien début de journée.

Après, on s’arrête dans un trading post. Souvent, ce sont des gros magasins de souvenirs, un peu comme le truck stop géant du début du voyage mais celui-ci est thématisé : Buffalo Bill. Si le nom sonne sympa, l’histoire l’est un peu moins. J’y reviendrai surement. Dans le fond du magasin, un genre d’expo, une reproduction en miniature des « exploits de Buffalo Bill ». C’est… étonnant.
Y’a aussi un veau à deux têtes empaillé, et ça c’est toujours cool. Tout le monde devrait avoir un veau à deux têtes empaillé. Des tas de merdouilles so very Far West et une dame qui nous dit qu’elle a adoré la cérémonie d’ouverture des JO. (J’avoue, quand elle a commencé phrase : « Oh, and the opening….. » je m’attendais plutôt à des propos horrifiés, je suis très agréablement surprise).

Petit déjeuner. Pas ouf. C’est un diner très 50’s. Si le cadre est cool, l’assiette moins. Oui j’ai pris du bisicuits and gravy, mais comme parfois, c’est un mix tout fait (on peut acheter des poudre, comme pour la béchamel, où faut rajouter du lait. C’est pas mal, mais c’est pas ouf. 3/20). Manu a pris du poulet, et c’est pas génial non plus. On se met d’accord que le petit déjeuner c’est sacré et qu’on remonte notre niveau d’exigence. Non mais ho.

Un peu plus loin, un genre de re-belote, on s’arrête, mais là c’est une rue Far West restaurée, avec les devantures comme dans les film. On peut rentrer, et il y a un musée gratos. Avec des métiers présentés, des objets divers, une magnifique cuisinière, et un très très beau corbillard. On se balade là-dedans. C’est pas si cheap. C’est attenant à un ancien saloon, avec une grande scène, ça donne envie de jouer là dis donc. Quatre vieilles dames jouent aux cartes sur une table en bois. Ils ont bien changé les cowboy des saloon.

Manu prend de l’essence, la dame très aimable de la station sort pour l’aider, et elle a un gros flingue à la ceinture. Et on voit que sur la porte y’a écrit « We don’t call 911 ». Au revoir madame, merci madame ! Quel étrange endroit.

Et puis la route. On a pas loin de 400 km aujourd’hui. Doucement, le paysage change, l’omniprésence du maïs décroit. Ça se hache, ça devient de plus en plus beau. Des petites collines, l’herbe est rase, y’a des vaches. On passe près de BRULE. T’habite BRULE ! HAHA ! Y’a des endroits où s’arrêter, avec des panneaux qui parle du mormon trail (les mormons, persécuté ont fuit l’Illinois pour s’installer plus loins : en gros gros résumé). On essaye de se projeter en regardant autour de nous. Manu dit justement « Essaye de retirer tout ce qui n’a pas été fait par l’homme, et d’imaginer ce que c’était de traverser tout ça à pied ou avec des charriots. » Il leur a fallu 4 mois pour faire les 270 premiers miles, en plein hiver.
Le mormon trail, ça va de l’Illinois à l’Utah, c’est énorme. Un des panneaux nous dit qu’ils faisaient des plantations sur leur route, pour ceux qui passeraient par là dans un second temps.

On fait des petits détours, on fait des stops dans des petits villes. C’est toujours la même configuration, que vous avez dû voir dans des tas de séries télé. Une grande main street, assez large, avec des commerces de chaque côté, et derrière, les maisons. À Oshkosh, il y a une vitrine de magasin avec des drapeau Trump qu’on dirait des drapeaux Johnny Hallyday tellement c’est beau avec écrit « In God, and Guns and Trump we trust ». Sacré programme hein ?

On s’approche de Scottsbluff. C’est là qu’on dort. Si jusque là, nous étions modérement réjouis du paysage, et comme des gros snobs à dire « Ohlala, je préfère l’Arizona, ou le Nouveau Mexique ». Ça y est, on se prend la claque visuelle. Des rochers-montagnes sortis de terre. Et le soleil est de retour, il était un peu en retrait ces derniers jours. Si comme le dit la dame, c’est grâce à Jésus tout ça, beh merci Jésus.

On entre dans le parc, l’entrée est gratuite. Un ranger nous dit qu’on peut y aller en voiture et qu’il y a des courte randonnées à faire là-haut. Vu l’était de ma cheville, je me réjouie du « courte ». La voiture grimpe dans les zigzags du gros rocher, on passe dans des tunnels. Nos vertiges respectifs nous mettent en alerte. Un mélange de joie et d’estomac qui tombe dans les chaussettes. et se gare, et waouw. Pardon, mais Jack à l’avant de son Titanic, c’était pas du tout le maître du monde, c’est nous là maintenant. On se balade et selon les conseils du ranger, on vérifie qu’on ne croise pas de serpent à sonnettes. (j’ai vérifié, c’est effectivement chiant se faire mordre par un serpent à sonnettes. Faut pas faire de garrot, sinon c’est risque d’amputation, faut pas aspirer, faut attendre les secours). Les maîtres du monde feraient moins les malins, alors à la place, on fait attention.

On se balade sur les petits chemins. On constate qu’il y a des arbres tordus, alors on se dit que Bigfoot (cf post d’hier) doit être pas loin (j’annonce un running gag probable).
Je m’aventure sur un chemin où le vide est partout, mais c’est si beau. Il y a du vent, alors je campe sur mes guibolles du mieux que je peux (ressenti danger 1000%, réalité danger 3%). je fais des photos, je regarde la découpe magique de cet horizon. Bon sang, quelle chance on a.

C’est l’heure de faire demi tour. On se rend à notre Airbnb, un joli quartier. Les propriétaire ne sont pas là, on est accueilli par Luna, leur chienne, qui est méga sympa et en plus elle a une super moustache.
Quand Sheryl notre hâte arrive, c’est super tout de suite. Elle a épousé son high school sweetheart, ils ont 5 enfants, et maintenant que tout le monde est parti, ils font du Airbnb. Ils adorent voyager, ils sont allés plein de fois en Europe, et ils parlent en italie dans deux jours, avec un saut en Croatie. On parle vin, on leur conseille le Spritz. Lui, Jim, fait du vélo. Mais pas du vélo pour déconner. Il faut des grosses courses. Elle nous montre sur son téléphone, elle a une appli pour le suivre, il est parti faire un tour, et l’appli croit qu’il est en voiture. Jim va très vite en vélo !
On a discuté longtemps, de famille, de leur vie, de la nôtre. C’est passionant de confronter des quotidiens.
Ils nous conseillent (Jim est rentrée entre temps) un restau mexicain. Banco super. On prend chacun une margarita, les premières du voyage ! Délicieuse ! (il est 19h30, le restau ferme à 20h30, c’est très curieux l’Amérique des horaires de diner). Je demande si c’est malin de commander le combo platter (je dis qu’on vient de France, et qu’on est de passage, tout ça. Je deviens un peu comme ma grand -maman parfois). La serveuse dit que oui, c’est très bien, et elle nous propose la spécialité : des panchos. En gros ce sont des chips, avec du fromage, du guacamole et des refried beans (haricots en purée, en gros, c’est pas frit). Comme ça, on se dit « ouais ok, des nachos », mais non non ! Les « chips » sont faites maisons, y’a une texture et une épaisseur assez géniale. On est contents, mais on panique à l’idée des combo platter qui arrive après. MAIS OUF : nous avons été flou dans la commande, nous n’avons pas dit DEUX plateaux, donc c’est à partager, alors c’est parfait, et très bon.

Je cherche ensuite un dive bar. Comment expliquer ce qu’est un dive bar ? C’est le bar pas chic, de quartier (ce n’est pas un bar de plongée). Un bouiboui ? Mais pas pourri non plus. Pas un tripot. Bon je ne trouve pas, mais vous voyez l’idée. Un bistrot ? Bon je capitule.
On commande une margarita. Figurez-vous qu’on a découvert que ça pouvait être dégueulasse. La tequila choisie était bonne (j’ai regardé faire) mais après, elle a ajouté deux margaritas mix différents, et globalement, ça avait le goût de produit vaisselle. Je l’ai bue, en pensant à l’état de mon foie, qui ce matin doit ressembler à un gruyère. (ça se reconstitue le foie hein ?).

On rentre, on discute avec Jim et Sheryl, et c’est super. Bonne nuit Luna-moustache, et au dodo.

Une petite vidéo avec deux trois trucs (dont des petits chiens, et après, toutes les photos)



Laisser un commentaire