Je crois que ce n’est pas le premier voyage où je n’arrive pas à écrire la fin. Mais il faut conclure…
On est rentré depuis un sacré fameux bail presque maintenant.
L’ouragan a dévié, au lieu de frapper Tampa de plein fouet, un quelque chose a fait dévier les vents.
Il y a une légende qui dit que la ville est protégée par une bénédiction indienne, pour préserver les sépultures des anciens, enterrés là. De fait, je crois que la ville n’a pas souffert fort depuis longtemps.
On a regardé les palmiers osciller, on a un peu tourné en rond, on a mangé, on a lu, j’ai terminé le livre de Thomas VDB, comme ça, j’ai un peu beaucoup rigolé.
On garde la télé en fond, avec les images de ceux qui ont été touchés fort. Forcément, ils montrent le pire, et il y en a.
La côte de Tampa a quand même été inondée, y’a du dégât, mais ceux qui ont le plus morflé, ce sont des plus petits village au nord. Des stations services qui s’envolent, des mètres d’eau qui envahissent tout. Les images de catastrophes s’empilent. Je viens de vérifier, il y a eu 4 morts.
Le 30 août, le lendemain du dur de la tempête, je vais me promener sur le golf qui se trouve derrière la maison de Tartine. Le golf est fermé, pas de golfeurs en vue, mais plein de bestioles.
Le sol est détrempé. Quand je sors du chemin réservé aux voiturettes, mes pieds font flotch flotch dans le gazon-éponge. Il y a des oiseaux partout, des gros, des petits, des rigolos. Je ramasse des balles, je fais quelques photos. C’est vraiment la parfaite illustration du calme après la tempête. Sur mon gazon bien rasé, je pense à ceux qui ont tout perdu.

Comme j’ai une mémoire nulle (de l’intérêt d’écrire au fur et à mesure), je ne me souviens plus dans quel ordre on a fait des trucs. On est allé chercher des gâteaux appelé bundt cake (c’est délicieux), on a mangé dehors, dedans, on a rangé nos valises, j’ai pesté contre les compagnies aériennes qui nous ont changé de vol 4 fois. Je n’ai jamais fait autant de check-in en si peu de temps. Et, très important, Manu a fait un flan. Car il est Dr Flankenstein. Le gourou de la Flanc Maçonnerie. Pour la rejoindre, il faut avoir fait deux flans. Je vous laisse revenir vers moi si ce club très select vous intéresse. (Il faut chanter des chansons comme « Allumer le flaaan », ou « La Flance au flançons », ou même « Vas-y Flancky, c’est bon ».

Et puis on a pris l’avion, on n’était même pas à côté dans celui le plus long.
À l’aéroport d’escale, le temps que Manu tente d’aller acheter des clopes (on avait du retard, le monsieur n’a pas voulu lui en vendre), j’ai voulu lui faire une surprise, et je lui ai acheté un ultime donuts chez Dunkin Donuts. Il était rassis, pas Manu, le donut, depuis au moins 27 jours.
Le chagrin de fin de vacances dans l’âme, du donut dur entre les dents, on monte dans l’avion qui nous ramène à la vraie vie.
La vraie vie est bien, mais ne nous leurrons pas, les vacances c’est mieux.
J’ai eu envie d’écrire aujourd’hui parce que j’ai eu Dale (cf JOUR 6) de ce voyage.
Il devait repasser au tribunal dans deux semaines, mi-octobre, pour être de nouveau entendu, 15 ans après son procès.
Des tas de choses devaient être réinterrogées. Ce n’était pas un nouveau procès, mais c’était l’amorce d’un mouvement avec ses avocats d’appel.
Il était inquiet, il devait parler de son enfance, de tout un tas de trucs.
Et hier, il a eu un coup de fil, cette audience est reportée. À l’année prochaine, sans date précise. Ce rendez-vous prévu depuis 6 mois, est reporté.
J’ai eu la sensation d’un coup de bat dans les genoux à quelques mètres d’un point relais.
Il y a un ou une nouvelle juge, qui doit prendre connaissance du dossier.
Je suis démunie, je dois bien l’admettre. Parfois, je ne sais plus si je dois raconter la vraie vie à Dale. Même s’il me répond toujours par des sourires, qu’ils s’intéressent, qu’il m’interroge, qu’il est sincèrement inquiet si j’ai mal quelqu’un part ou que je suis fatiguée. Trouver l’équilibre entre amener un peu d’autre chose dans sa tablette, et me noyer dans l’indécence d’un quotidien plein de libertés.
J’ai Dale dans un coin de ma tête en permanence.




















