Jour 16 – Garden District and Bourbon Street

JOUR 16 – Quartier french

Nuit mieux !
Ce matin, j’écris hier, je n’ai pas eu le temps de le faire en me couchant (vieille outre un peu avinée).
Pendant ce temps, Manu part en vadrouille pour aller nous chercher un petit déj. On a trouvé un truc pas loin tout droit, mais en voiture quand même.


Il revient, tout content. Les gens était gentil, lui ont offert le biscuit qu’il avait oublié de demander. J’ai eu des patates, des œufs et du bacon. En fait, c’était géant, alors on a partagé, en mangeant sur le lit (rappelons que notre logement fait 15m2, on se marche un peu dessus).

On part vers le Garden District. C’est LE quartier chic de New Orleans : des maisons victoriennes sur plusieurs pâtés de maison. On se gare, et on marche. Il est pas loin de midi. Le soleil tabasse et il fait humide. J’avoue avoir du mal à profiter. Je ne pense qu’à un truc : trouver un endroit où acheter à boire.
C’est un quartier quasi exclusivement résidentiel, je jure intérieurement, je sue extérieurement.
Manu adore cet endroit. Il fait des photos de toutes les maisons. Il est vraiment mignon. Je tente de faire bonne figure (spoil : c’est un échec). En revanche, il est impressionnant du sens de l’orientation. Moi je le suis, en peinant. J’ai l’impression d’être dans le désert de la soif.

 En marchant, on ne croise que des gens qui font des travaux dans les maisons, ou qui sont là pour faire le ménage. C’est mercredi, les gens doivent travailler. Ou pas. Difficile de savoir qui habite ici. Mais ils doivent avoir de sacrés aspirateurs.
Je regarde un peu le prix des maisons. Faut un billet de 1 million. En gros.

On arrive à Magazine Street. Il me dit que là on va trouver à boire, parce que y’a des magasins (…)
Une bouteille d’eau et un ice tea plus tard, on repart dans le sauna. On longe un cimetière fermé. C’est décidement très joli, ces grandes tombes au dessus du sol. Ça change beaucoup des grandes pelouses parsemées de vases avec un bouquet qu’on a vu partout plus au au nord.

On retourne à la voiture, Manu continue de m’impressionner par son sens de l’orientation. On tourne, on détourne, on avance. Mon gobelet se vide petit à petit, je me sers de la fraicheur des glaçons pour tenter de refroidir des bouts de moi.

Les trottoirs sont périlleux. Les racines des gros arbes ont tout soulevé, les pavés, les grandes plaques de béton. Quand on marche le nez en l’air, c’est un coup à se vautrer.

Le petit déj était énorme, on ne déjeune même pas.
On rentre à la maison minuscule , qui ressemble de plus en plus à une chambre d’ado. Soyons honnête, je n’ai pas du tout envie d’ouvrir la partie linge sale de nos valises qui a probablement la même odeur que cette même chambre d’ado qui n’a pas encore réalisé que la puberté avait réveillé des hormones sympa. Il fait chaud, on sue, nos habits épongent.
Je fais une lessive d’évier de deux trois trucs. On en est au stade où on compte les slips et qu’on fronce le sourcils en faisant « OUHLA ».

On repart, on gare la voiture comme la veille, et on marche. Aujourd’hui, on a fait 16km à pied (hier 9, et avant-hier 10).
Si mes calculs sont exacts, on a perdu l’équivalant en sueur, soit : 35 litres.

On fait un stop au gift shop du Museum of Death. Manu n’a pas envie de le visiter, il n’a pas un souvenir ému de celui de Los Angeles. Je déplore un peu, j’avais envie, mais pour le coup, hors de question de l’embarquer si lui non.

On marche encore, on a soif, on marche, on a soif, on trouve à boire, on marche, on a soif.


On va au French Quarter Market. On en avait un souvenir ému, avec des tas de trucs super, des bidouilleries funs.
Cet aprem, la plupart des trucs sont fermés et les quelques stands ouverts ressemblent aux puces de Saint Ouen version NOLA made in China. C’est décevant.



On fait un tour dans un magasin de piment. Mais c’est une chaine maintenant, on retrouve les mêmes produits un peu partout. Il y a quelques années, c’était une boutique indépendante, avec pas trop la même ambiance. (oui, c’était mieux avant).

Manu me propose que j’aille voir mon musée triste pendant qu’il va boire un coup. J’avoue que ça me réjouit, j’ai très envie de voir à quoi ça ressemble ici, ce Museum of death.
On se file rencard dans 45 minutes.

Les photos sont interdites, donc zéro souvenir à montrer. Mais :

Compliqué de ne pas comparer le musée de L.A. et celui de NOLA (c’est la même ‘boutique’).

Ici, c’est beaucoup BEAUCOUP plus petit. Une très grande pièce allongée, rectangle, séparé en deux sur la longueur. A Los Angeles, c’était une succession de pièces, la visite durait longtemps, au point d’en avoir marre, de se réjouir d’être vivant.


C’est thématisé, par, comment dire, ambiance ? Thème ?
À défaut de pièce dédiée, ici, ce sont des bouts de murs. Alors c’est un peu le bordel.
Dur de savoir quoi est relié à qui. Y’a des photos de machin, avec un texte de bidule, y’a des articles de presse qui n’ont rien à voir avec le reste.
Donnez-moi deux trois jours que je vous range tout ça bon sang de bois !

On retrouve bien les mêmes thématiques classiques : les tueurs en séries, l’embaumement, les photos post-mortem (ma grande passion), le suicide assisté, JFK, les sectes, d’autres tueurs connus, et tout au fond, une petite pièce cinéma qui diffuse des histoires hyper raccourcie de gens tués ou qui ont tué. C’est comme un medley, mais de gens assassinés. Je reste le temps de quelques histoires mais c’est surtout un prétexte pour montrer des photos de scène de crime. Aucun intérêt. S’il y a un CQFD après avoir entendu quelques histoires : Les gens tuent vraiment pour n’importe quoi.

Alors oui, on peut réinterroger toute la démarche autour d’un endroit comme celui-là. De l’envie de le visiter, d’écouter des podcasts de tueurs en série. Est-ce que c’est un besoin de comprendre, de voir l’éventail des possibles. Est-ce que c’est un voyeurisme un peu pourri ? Est-ce que ? J’en sais rien.

Ça fait bien longtemps que j’ai arrêté de me poser la question, et que je ne saurais pas me justifier.

La photographie post mortem, est un bon exemple des cultures qui changent par rapport à la mort (j’ai commencé un livre y’a longtemps sur le sujet, mais bon sang de flûte, je ne m’en dépêtre pas). Le daguerréotype date du XIX et c’était à peu près abordable, niveau tarif même pour les familles moins aisées. À l’époque, on mourrait beaucoup, et souvent tôt. Les portraits peints étaient chers, réservés aux riches… Le daguerréotype, la photo, c’était l’occasion d’avoir une trace, parfois le seul portrait posé d’un enfant mort trop tôt, ou d’un proche. Il y a même eu une période où cette image de la personne perdue faisait partie du faire-part envoyé. Notre rapport à la mort a beaucoup changé. On enferme dans des boites, on brule vite.
Avant, on gardait les corps à la maison. Je ne dis pas que c’était mieux.
Mais c’est intéressant d’y réfléchir. La mort fait moins partie du quotidien, on a moins l’habitude. On a probablement plus peur.

Je découvre des nouveaux tueurs que je ne connaissais pas. Albert Fish, par exemple.
Et je me suis inquiétée quand j’ai réalisé que j’en reconnaissais plein en photo sans lire la petite étiquette du dessous qui dit qui est qui.
La visite était quand même cool. Et je réitère, la brièveté de la visite fait qu’on se sent moins imprégné en sortant de là. C’est pas plus mal.
Des gens sont quand même venu visiter avec leurs enfants (10/12 ans) c’est étonnant.  

Je retrouve Manu, qui lui a bu une margarita dans un endroit appelé Toulouse.
Avant d’aller manger, on retourne y faire un tour. Il me l’a bien vendu : un dive bar, avec du métal, une dame un peu âgée avec des gros seins qui n’est pas très aimable.

En arrivant sur place, c’est exactement ce qui était annoncé. Mais, pour de vrai, elle n’est pas très aimable du tout la dame.
On rencontre un couple assez cool, on cause on rit, on hug, et on part manger un gumbo.

Y’a aussi des huîtres, je tente le coup.

Mon plateau de 6 arrive avec du citron, du raifort et une sauce au ketchup. C’EST N’IMPORTE QUOI. Les huîtres ne sont pas ouf, de toutes les tailles, et un peu laiteuses. Mais hé, j’ai mangé des huîtres. Le gumbo est cool, mais pas ouf non plus. Mais ça va. En tout cas, on se dit que le nôtre est cool.

On était censé retrouver nos camarades d’un peu plus haut dans un bar appelé The Dungeon (oui oui, c’est juste un bar). Mais ils avaient un poil bu, peut-être qu’ils sont allés se coucher le temps qu’on dine. Le bar est rigolo. Très sombre, ambiance donjon. Les deux serveuses ont des shorts très court, des trucs en cuir, et des menottes accrochées à leur ceinture. Y’a des crânes partout. En vrai l’ambiance est cool.
Une bière de digestion et on s’engouffre dans Bourbon Street la nuit.

Nous ne sommes que mercredi soir, mais c’est le bordel quand même. Pas la foule des weekend, mais les gens vont de bar en bar, on se fait alpaguer pour boire des jello shots. On nous propose des colliers de perles de Mardi Gras. La musique beugle. On passe d’une ambiance à l’autre en quelques mètres. Il y a peut-être plus de Dj que les années d’avant. Moins de groupe live.

On retourne à la voiture par les rues sombres. NOLA est éclairée au gaz, l’ambiance est très Anne Rice. On se dit que c’est peut-être la dernière fois qu’on vient, alors on est un peu ému.

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