J’avais annoncé les bruits de clim, je n’ai pas eu besoin de passer chez Marie Laveau me faire tirer les cartes pour savoir que ce serait une nuit de merde.
La clim qui fait un bruit de malade, l’insomnie, la tentative de dormir par terre dans la salle de bain sur deux oreillers. Bref, 3h de sommeil et ce matin on se lève pour faire un tour en Airboat sur le bayou. Au début, je ne suis pas de très bonne humeur. Mais la route est cool, on passe le long des maisons cajun sur pilotis, c’est beau, même si c’est là pour rappeler qu’ici, il faut se protéger des ouragans.
Y’a encore plein de vautours au dessus de nos têtes. Est-ce qu’ils essayent de nous dire quelque chose ? Je ne sais pas.
J’ai réservé il y a des mois pour cette balade. On faire du Airboat, ces bateaux typiquement bayouesque où le moteur n’est pas immergé, et ils avancent grâce un gros ventilateur. On apprendra même aujourd’hui qu’ils peuvent naviguer sur terrain sec qui besoin (mais ça abime alors ça se fait bof).
C’est bien huilé, on arrive, on prend nos tickets, on nous file un bracelet avec un numéro de bateau, on attend sous un grand machin en bois avec des bancs et un bar. Est-ce judicieux de boire avant d’aller se promener au dessus des alligators ? Je ne sais pas.
On monte à bord. Y’a une famille avec nous, alors ils montent devant pour mieux voir. Y’avait trois rangées. On se retrouve tout derrière. À la fois, oui bon ok. Les enfants sont moins hauts, par essence. Mais j’avoue que là tout de suite, je trouve que les enfants petits, c’est nul, parce que moi aussi je voulais monter devant. En plus, leur parent leur ont donné du Redbull à boire, alors j’ai jugé. ^^
Notre capitaine, Richie, ou Mitch, je sais plus nous donne les formalités d’usage. Faut mettre le casque jaune quand ça va vite et pas se mettre debout quand ça avance. fastoche.
On quitte le port pour arriver dans une grande étendue, le Lake Salvador qui est entouré de petites embouchure qui mènent au coeur du bayou.

Et c’est là qu’on va.
Le paysage est à couper le souffle. D’ailleurs, le bateau va vite, alors je reste la bouche fermée pour ne pas avaler de bestioles. (Ouf il n’y a pas de moustique en journée).
D’ailleurs, Richie-Mitch fait un peu le kéké du volant. Des pédales plutôt. De ce que j’ai vu, y’a un grand manche pour accélérer le ventilo, et des pédales aux pieds qui font osciller des pales placées derrière pour orienter. Y’a surement des subtilités. Mitchie y va à blinde, prend des virages serrés, mais il n’empêche, tout est beau. La mousse espagnole est partout. Mitchie nous dit que ce n’est pas un parasite et que ça n’abime pas les arbres sur lesquels elle est posée. J’aime bien faire mes devoirs alors je suis allée voir. De fait, moumousse est sympa, mais peut tout de même empêcher la croissance des arbres quand elle s’installe en grande densité, et je cite wikipétruc : « Elle augmente aussi la résistance au vent, ce qui peut se révéler fatal pour les arbres lors des tornades. »
Bon enfin on s’en fout, c’est méga beau.




De temps en temps, captain arrête le bateau pour nous parler du bayou, de ses habitants.
Il y a deux ans, il y a eu un énorme ouragan, Ida, plus puissant que Katrina. Mais il dit qu’on a beaucoup parlé de Katrina parce que ça avait touché la Nouvelle Orleans, mais que ici, ça a anéanti bien plus de terres et de maisons. La sienne, a eu de l’eau jusqu’aux ampoules du plafond. Il a logé dans un camp pendant 9 mois, pendant qu’il réparait tout. Pour avoir sa maison surélevée, faut faire une demande, y’a une liste d’attente. C’est très long. On sent la colère et l’inquiétude dans sa voix quand il parle des ouragans et de leur gestion.
À la première pause, on s’arrête dans un petit cul de sac. Sur la route j’avais dit à Manu que j’avais fait attention à choisir un tour opérateur qui ne donnait pas de chamallows aux alligators parce que je trouve ça pourri. Et ben vla-t-y pas que Mitchie-Rich sort un paquet de chamallow, tout content de lui, il dit que c’est le crack du bayou, il en met au bout de son baton, il tapote le bateau, et de fait, un alligator déboule dans les 2 secondes. Manu me regarde faire les gros yeux (mais comme on est au fond, ça ne se voit pas que je suis fâchée). Après, il lui donne une saucisse. C’est mieux mais pas ouf non plus.
Je me refais mon historique internet dans ma tête, j’ai pas dû réserver au bon endroit.
Je poursuis avec le summum du pompon, c’est quand on s’est arrêté le long d’une petite berge, et que des ratons laveurs sont venus faire coucou et que Gritchie-Moutch leur a AUSSI donné des chamallows. Et tout ce con de bateau qui fait Hihi haha hoho. Je boude mais comme le captain est assis derrière moi quand il conduit, il ne me voit pas. Mon drama tombe à l’eau dans les alligators. Comme les chamallows.
Ah et il nous montre une vidéo sur son téléphone, où il donne un chamallow à la main, et où l’alligator lui en arrache un bout, manque le faire choir dans les profondeurs du bayou. Il montre sa cicatrice. Tout ceci est si viril. Et je commence à croire au karma.
En plus, bon sang, y’-t-il vraiment besoin de ce spectacle, du gator qui sautille hors de l’eau pour un bonbec ? Il y en a partout des alligators ! On les voit passer dans l’eau, à la cool. Leurs petites narines et leurs grands yeux mignons qui dépassant. Des tas d’oiseaux s’envolent sur notre passage, la végétation est dingue.
Il y a des jolis plantes qui flottent, qui ont été importées de Chine pour filtrer l’eau. Ça ressemble un peu à du pak choi tout vert. C’est un échec partiel, car finalement, c’est beaucoup trop invasif, ça bouche des canaux et ils doivent en buter sans cesse. Mais ça fait beau, et ça filtre… un peu.

J’arrête mes contrariétés écrites parce qu’en vrai, quel bonheur infini. Manu sourit sans cesse avec des yeux de mômes à Noël. Il sourit si fort que je m’inquiète pour les petits insectes entre ses dents. On est sur l’eau, il y a des tas de moments où le bateau avance doucement, en poussant du bois qui flotte. On longe des berges qui dégoulinent de racines folles. Le soleil tape les genoux et les épaules. Quel endroit fou. Il y a une sensation d’infini embourbé. Les canaux s’étendent à perte de vue et pourtant, il y a une densité dans laquelle on pourrait se perdre et s’emmêler.
TRIGGER WARNING : arachnophobe, passe ton chemin (Coucou soeurette).
On avance tranquillement dans un bout de flotte, et tout du long, dans les arbres, un peu en hauteur, des toiles d’araignées immenses ! C’est hyper beau. C’est l’oeuvre des banana spiders. Pardon mais Araignée-Banane. Moi. je me dit que les autres araignées se foutent un peu de leur gueule. Genre à la fête de fin d’année, quand les veuves noires les voient arriver, elle se tapotent dans le dos avec toutes leurs pattes « Hé, v’la les bananes ! » Et elle ricanent méchamment.
J’ai pris une photo de l’internet pour vous montrer comme elles sont belles :

On rentre tranquillou au port, avec l’envie de faire ça comme travail. Faire du airboat sur le bayou de Louisiane, mais sans les gens qui font hihi hoho, et sans les chamallows.
Je me demande, compte tenu du fait qu’après ma mort, il sera difficile d’honorer mon envie de me faire éplucher pour faire des tableaux avec mes tatouages (mais quand même, faites. des recherches) : Est-ce qu’on peut être donné à manger à des alligators et des requins ? Ça serait super. J’aimerais bien ça.
On passe au gift shop surtout pour faire pipi, et horreur malheur, ils ont un bac dans le fond, avec un alligator tout seul dedans, qui est albinos. Il est beau, il regarde fixement un panneau au dessus où est écrit « Do not feed ». Je pense que ça doit l’agacer, ce panneau.
Manu me fait remarquer que peut-être, dans. la nature, il a moins de chance de survie. Je viens de vérifier. Pour une fois, cet homme a raison. Leur peau est plus sensible au soleil, ils ne peuvent pas se camoufler, ça fait d’eux des cibles pour être bouffé, et avoir plus de mal à chopper à bouffer. Mais quand même, il serait mieux avec plus de place. Pépère.

On se met en route et on se dit qu’on est loin des touristes dans cette petites ville du pirate Jean Lafitte. Je trouve sur l’internet, un truc un peu local. C’est presque au bout de la ville (après, y’a de l’eau). Une maison un peu en hauteur On entre. Y’a un couloir, y’a personne. Ah. si! Une petite dame sympa. On est les seul clients. On commande l’incontournable Po’boy (oui, c’est le nom d’un de nos chats). C’est le sandwich typique du coin. Une baguette (d’ici) qui dont ferait tomber dans les pommes les boulangers français. Une viande, et des conneries. On prend crevettes !
On est à la cool avec notre sandwich au pain chelou. Les crevettes sont délicieuses et frites. Y’a un peu de mayo mais pas trop, de la salade, des tomates. C’est un peu comme un grec, complètement différent.
On discute un peu avec la serveuse/cuisinière et puis s’en va.


Sur la route, y’a plein. de vautours. On s’arrête même pour les voir de près. C’est beaucoup trop cool.
On rentre un peu, il faut se reposer si on veut aller se promener. On passe au supermarché faire trois courses. et sieste.
On s’approche un peu du centre ville en voiture. Ça nous économise 20 minutes de marche et il fait 39° avec ce trop plein d’humidité.
Balade dans cette drôle de ville si belle. On repasse chez Marie Laveau pour prendre quelques souvenirs. Il est un peu plus tard qu’hier alors la musique commence à foutre un sacré bordel. On entend une reprise super de ‘Killing in the name’ au piano, hyper cool. On se dit qu’on va aller manger un gumbo mais avant on va aller boire un verre. On retourne à The Abbey la serveuse n’est pas la même qu’hier. Elle nous appelle « baby » (bon elle appelle tout le monde comme ça). La population est encore étonnante. les échanges parfois surréalistes.
Un punk parle tout seul (je le sais parce que la serveuse a vérifié) :
« Hey baby, who are you talking too ? »
« Myself. »
« Oh ok, it’s quite confusing sometimes. »
De fait, ses voisins. de comptoir l’ignore depuis tout à l’heure.
Il y a la dame d’hier, qui parlait fort dans son téléphone, qui tente de se faire des amis. Deux mecs, qui visiblement travaillent là de temps en temps. Un monsieur qui tient à peine debout mais qui parvient. à commander des pistaches (il n’arrivera jamais à ouvrir le paquet par contre).
Après y’a un type qui rentre/titube, en genre de huggy les bon tuyaux avec d’énormes lunettes rondes, qui se pose près de nous le temps de commander deux bières de trop. Et il dit qu’il est heureux de nous voir, qu’on est beaux.
« I’m juste gonna look at y’all. Y’all are are so beautiful. »
Les ravages de l’alcool <3.
J’ai noté d’autres blagues de comptoir dans mon petit carnet, mais tout était beaucoup plus drôle après mes trois bières et mon shot de tequila.
On rentre, finalement point de gumbo il y aura. J’ai faim. Manu aussi. Alors en rentrant, on profite de nos super courses de l’après-midi : des ramens en plastique dans un bol en carton.
TOUTES LES PHOTOS :






























































