Jour 9 – Asheville to Nasheville, en passant par Brushy Mountain.

Aujourd’hui, il y a beaucoup de route. La journée devait bien commencer. Y’a un truc qui s’appelle Biscuit Head à deux pas de l’hostel, et depuis qu’on est arrivé je pense à ce petit déjeuner. (Oui, j’ai prévu la veille de manger des biscuits and gravy.)
Sauf que je lis mal le menu, et je commande bien un half breakfast avec un biscuit, mais quand ça arrive sur notre table, y’a des oeufs, le bacon, un biscuit (bizkite) MAIS PAS DE GRAVY. Du coup, c’était naze. J’ai voulu faire genre c’était pas grave, mais j’ai dit plein de gros mots dans ma tête.

Avant la déception.

On s’en va loin, de cette ville si bio.

La route est plus longue aujourd’hui. 480 km, ça fait une sacrée trotte à roulette. Je regarde les trucs à faire en route, mais le moindre détour ça rajoute du km en pagaille. Je tire un trait sur la statue de Dolly Parton, et sur le village abandonné dans les Rocky Mountain.
Parfois, on voit des maisons avec des panneaux « Fuck Biden ». Je m’étonne toujours que les gens affichent si haut et fort sur leur maison leurs options politiques ou leur foi.

On s’arrête dans une super brocante de bord de route, et j’achète un disque et un IRON SKILLET pour 10 dollars. Joie je suis.



En continuant de farfouiller l’internet pendant qu’on roule dans les montages vertes du Tennessee, je trouve un pénitencier abandonné. En fouillant mieux, je découvre que ce ne sera pas du vrai Urbex, car ça se visite, self guided, on paye l’entrée, et après on peut se balader.

Oui ça fait un détour, et ouin surtout, ça fait un drôle d’écho à il y a quelques jours. C’est même un peu déconcertant. Mais intriguant. On hésite un peu, mais de fait, ce voyage manque un peu de motel cassés, et de stations services abandonnées.

Je ne suis pas allée regarder trop ce qui nous attendait avant d’arriver.

On traverse un petit village charmant comme tout. Et une route amène à la cabine « d’accueil » et aux premiers barbelés. Il y a un parking un peu plus haut. Et un gift shop où acheter les tickets. C’est vraiment étrange.
J’avoue que tout du long, je me demande ce que ça finance, et qui empoche l’argent des visites. (Je n’ai pas encore cherché).

Il y a une petite distillerie locale de moonshine dans un batiment, vodka et autres. D’ailleurs, j’ai appris au musée de la prohibition qu’on appelait ces alcools forts « moonshine » car comme ils étaient fait illégalement, il faisait tourner les alambics la nuit, à la lueur de la lune.
Bref, ils en vendent au gift shop.

Après avoir pris les tickets d’entrée, on remonte la route.
Les panneaux marketing m’agacent. « Dangerous since 1896 ».

Le batiment en pierres claires ressemble bien à une prison. J’ai un peu le bide en boule. Il y a une petite dame à l’accueil qui déchire nos tickets, et après, on peut aller où on veut (ou presque).


Brushy Mountain State Penitentiary existe depuis longtemps, il a été en bois, construits pas les détenus, car au tout début il « logeait » des détenus qui travaillaient dans les mines de charbon avoisinantes, parce que c’est sympa, main d’oeuvre pas chère gratuite.
Puis, il a été brûlé dans les annes 20 par les mineurs du coin qui ne voyaient pas d’un bon oeil cette main d’oeuvre qui leur chourrait leur boulot. D’ailleurs, mineurs, c’était un gouffre financier. Car les hommes travaillaient loin de chez eux, donc on leur prenait un loyer sur leur salaire, et les compagnie minières mettaient des magasins à proximité des mines où tout était très cher. Les mineurs, en travaillant, creusaient leur dette.
Revenons-en à Brushy. Qui après la bagarre et l’incendie a été reconstruit en pierre dans les années 30, toujours par des détenus, et en forme de croix pour leur, je cite « Amener un peu de Jésus. »

C’est ensuite devenu une « maximum security prison ». Là on enfermait les pires criminels (je cite).

Le petit surnom de cet endroit était : « The end of the line ». Parce qu’on venait y mourir.


C’était des conditions d’incarcération dégueulasses. Avec de la torture.
Ils avaient un système isolement, appelé donc « the Hole ». Des minis cellules, en sous-sol, sans lumière où les détenus punis restaient de plusieurs jours à… plusieurs mois. Ils en ressortaient parfois aveugles, leur vision revenait au bout de parfois plus d’une semaine, et un autre détenu était assigné à lui servir de guide.
Dans « The hole », les détenus étaient parfois suspendus par les pouces au plafond, avec les orteils qui touchent à peine le sol.

Dans le cour, il y a un genre de pilori, où les prisonniers étaient fouetté à sang.

Petit à petit, l’état à déclaré ces pratiques inhumaines, et ont cessé. Il n’empêche que c’était une des prisons les plus dangereuses. Quand un détenu était venu à bout des prisons déjà pas super, qu’ils avaient trop de conneries, on les envoyait à Brushy. C’était LA punition ultime.

On entre dans cet endroit silencieux. Il y a d’autres visiteurs, peu nombreux, à part un couple qui ricane, les gens marchent sans se parler.
Le pénitencier a fermé en 2009 et je pense que rien n’a été touché. La peinture est delà du pourri. Tout ce qui est en métal (80% des trucs) est rouillé à la moelle. Alors oui, je pense que ne pas entretenir les lieux contribue au succès des visites. Y’a des panneaux, et un petit musée à l’intérieur qui était l’ancienne bibliothèque, mais j’y reviendrais.


On regarde autour de nous, on passe les premiers couloirs. Il y a des configurations familières. Mais on dirait que ça a été abandonné y’a 50 ans, pas 14. C’est difficile d’évaluer dans quel état c’était à la fermeture.

On arrive à l’intérieur, mais dehors. Un terrain de basket au milieu, le bâtiment des cellules, sur plusieurs étages une chapelle, un gymnase, et le Block D, pour les prisonniers le plus dangereux.

On commence par le musée.
En vrai, dès ce moment, ça va ne pas super. Sur les murs « Inmates artwork », des peintures, de paysages, d’animaux. Il y a bien entendu les « shanks » (shlass ?) fabriqué avec les moyens du bord. On ne peut saluer la créativité.

Dale nous en parlait, quand on est venu le voir. La fabrique d’alcool, de machine à tatouer, de la drogue. Et en gros, ce sont les visiteurs qui sont toujours accusés de ramener de la contrebande, mais je peux vous garantir que c’est impossible. Et Dale confirme, les choses entrent pas les gens qui travaillent là.
D’ailleurs, dans les histoires de Brushy, il y a eu une fusillade, des blancs qui ont assassiné 2 noirs et blessé deux autres. Les matons étaient blancs, et l’un d’entre eux à démissionné quand il a raté le détecteur de mensonge sur son implication dans la tuerie. A plusieurs endroits, sur plusieurs panneaux, ils parlent des tensions raciales au sein de la prison.

Dans le bâtiment des cellules, il y a au moins trois étages, donc, quatre niveaux de cellules. Les couloirs de celles des étages sont fermés par un grillage serré. L’explication est vide trouvée sur un des panneaux. Un jour deux prisonniers en ont poignardé un autre l’ont poussé dans le vide, et il est tombé sur deux gardiens. Ça n’a pas plu, d’où le grillage.

Les cellules du RDC
Le deuxième étage

On monte au deuxième. Dans les cellules, tout est en métal, d’un bloc. C’est minuscule.
Il n’y pas un bruit, c’est difficile d’imaginer le bordel ambiant quand c’était rempli de gens.

Il y a la cafétéria, où sur les murs, les détenus ont eu le droit de faire des peintures pour égayer. Il y a des animaux qui s’épluchent de leur peinture un peu partout.
La cuisine, c’était aussi l’endroit où il y avait accès à des trucs tranchants. Il semblerait que certains en ont fait usage à outrance…
On voit le self, la cuisine derrière. Il n’y a plus de table, mais c’est facile à imaginer.

On passe au bloc D.

Les cellules. du Block D


Le bloc D. a été construit à l’emplacement de l’ancienne morgue où les corps des détenus morts attendaient d’être potentiellement récupéré par leur famille.
Les cellules sont encore plus petites. Il y a plusieurs petites cours, qui servaient à la promenade. Tout est envahi par la végétation. Il est dit que la lumière était allumée 24h/24. Pour espéré dormir un peu, il fallait dévisser l’ampoule de sa cellule.

La « promenade » pour les détenus du Block D

Je pense à Dale, qui nous racontait qu’il était dans la cellule 1 sur 14.
Les cellules du couloir de la mort sont les unes à côté des autres. Pas en face. La cellule 1, c’est celle qui est à côté de la grille (la 14 aussi). Toutes les 30 minutes, il y a gardien qui vient, la lumière est tout le temps allumée, la grille s’ouvre avec le bruit qui va avec. Il garde souvent ses écouteurs pour limiter le bruit.

Ma tête est là et partout ailleurs à la fois. J’ai mon argentique, je fais des photos, ça donne une contenance.

Dehors



Il y a le gymnase, qui a surtout servi à loger des détenus comme dans un grand dortoir géant pour cause de surpopulation. Ils ont parfois été plus de 300 au dessus de la jauge prévue…

Il y a bien entendu des tas d’histoires horribles, ou des évasions ratées. Ca serait trop long de tout raconter là. Et c’est difficile de trouver des podcasts qui en parlent correctement, car le lieu est bien entendu réputé pour être hanté, ce sont donc les dingos des fantômes qui s’approprient le sujet.

Au fond, derrière les bâtiments, il y a une grande pelouse, et dans un coin, une grande scène. C’était un terrain de baseball. Il y a eu des matchs, gardien contre prisonniers, prisonniers contre gens de la ville etc. Il faut préciser qu’il y a aussi un batiment avant même l’entrée qui était dédié au « minimum security ». ces détenus là travaillaient en ville, notamment avec les pompiers de la ville de Petros. Je doute qu’on ait envoyé les détenus du Block D faire un petit match sympa.

La salle des visites est déprimantes au possible. Minuscule.


Avec Manu, quand Dale nous disait qu’il avait de la chance d’être là, que Raiford était loin d’être l’endroit le pire, on n’avait pas su quoi dire. En regardant autour de moi, cette phrase fait sens.

On termine la visite. On repart vers la route qui mène à l’entrée, mais avant je monte un grand escalier qui menait aux logement des gardes pour faire une photo vue d’un. peu plus haut.

Oh je réalise que j’ai oublié de parler de Geronimo (non non pas le chef. de guerre Apache).
Un jour un jeune cerf est tombé dans l’enceinte du pénitencier. C’était au début des années 70. Les prisonniers l’ont adopté comme animal de compagnie. Il est dit qu’il aimait mâcher des bouts de cigarettes. Mais en 72, il y a eu une grosse grève des gardiens à cause des conditions de travail, et Brushy a été fermé 4 ans. Les détenus ont été déplacés à Nashville. Et il y a eu un vote pour faire rapatrier Geronimo avec eux (!!!). Ils ont eu gain de cause, et l’état a payé pour le déplacement du cerf (!!!). Bon, c’est un peu triste parce qu’il s’est très mal habitué au nouveau cadre, et était très nerveux. Il a même foutu un coup de sabot à un prisonnier, qui en a profité pour brièvement se faire la malle quand on lui a fait ses points de sutures à l’hôpital. On ne sat pas très bien où Geronimo a fini sa vie. Mais un jour il est tombé et il a quand même fallu lui amputer une patte. Bref, c’est mignon, mais bof.

On s’en va. En passant, Manu voit un mec soulever un plot de chantier et virer un truc dans une petite tranchée. Il me fait voir, c’est un serpent à sonnettes, qui a dû se faire rouler dessus. Le premier truc que Manu a dit c’est « Non, on ne peut pas le ramener. » Groumpf.

Il reste encore 2h30 de route. On écoute un podcast sur le sujet, avec option fantômes donc. Mais toutes la partie historique est quasi mot pour mot ce qu’on trouve sur les panneaux et le site internet. Zut flute.

J’ai encore tant à dire, mais j’ai ma névralgie du bras droit qui me donne envie de hurler.

On arrive à Nashville Tennessee. Notre Airbnb est super. On se décide pour le diner à aller Prince’s Hot Chicken. C’est une institution ici. Les gars d’hier du groupe de Punk en ont parlé à Manu et c’et dans le guide au Airbnb. Du poulet frit, pimenté à la demande. C’est chouette comme endroit. Ultra populaire. Il y a différent niveau de piment. Plain – lite mild – mild – medium – hot – X hot – XX hot – XXX hot.
J’ai pris lite mild, Manu X hot, et ben, il a pas fait la malin. J’ai un peu ri. C’était très fort. Et après, il a touché ses yeux en conduisant et ça n’avait pas l’air super, malgré un lavage de main entre la bouffe et la conduite. Il est sain et sauf, et curieusement, ce n’était pas tant gras cette affaire.

Plein de photos en plus de Brushy. Il y a dedans aussi les photos de la salle « Pressing ». Les habitants de la ville pouvait faire venir laver leur linge gratos par les prisonniers) :


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