On se réveille dans le wild wild west. Manu fait un feu, et nous fait cuire des fayots dans une cocotte en fonte en chantant une chanson de cowboy. Le café sent un peu le brûlé, mais il nous réchauffera pour la journée.
Pendant ce temps, je vais laver nos draps à la rivière et j’en profite pour faire une toilette succincte. On selle les chevaux, et on repart vers le soleil levant en se frayant un chemin dans les cactus. Un coyote hurle dans le lointain.
Non, en vrai, je suis réveillée à 4h par un con de coq qui chantera 3 à 4 fois par minute, et ce, jusqu’à ce qu’on parte.
Je marche jusqu’à la douche où une énorme araignée m’attend. J’arrive à la faire sortir tranquillou et je peux me laver les miches. (si vous n’aimez pas les araignées, lisez « Rat et les animaux moches », vous arrêterez d’en écrabouiller. #autopromo.
Dehors, j’entends les chevaux qui piaffent. C’est super. Il n’y aurait pas cette sombre histoire de drapeaux, ça serait vraiment parfait ici. (cf hier).
La veille on a demandé à notre shérif local où grailler au matin. Il nous a donné un nom. On fait nos bagages et off we go. ENFIN UN PETIT DÉJEUNER UN VRAI. Bravo l’Allemagne pour ce savoir vivre.
Petit aléas, j’ai un petit soucis de Airbnb, le monsieur du soir ne me répond pas depuis plusieurs jours. On a beaucoup hésité à modifier notre trajet de retour, finalement on avait décidé de ne rien toucher, mais re finalement, il faut changer nos plans. Cristou (cf J1) m’avait dit que si on voulait, au retour, on pourrait repasser chez eux. Je lui passe un coup de fil penaud pour savoir si elle veut bien de nous encore un coup, en sachant qu’on a plus d’habits propres. Elle dit que oui super, alors c’est vraiment super. J’annule l’étape du lendemain, nous rentrerons donc un jour plus tôt.Après notre copieux petit déjeuner, qui donne la sensation qu’on ne pourra plus jamais rien avaler de la vie (spoiler alert : en fait si on a pu), on file vers Zurich. La route est longue mais on a le temps de s’arrêter si on veut.
Il se trouve qu’on passe près de Dachau. Le nom résonne étrangement. Je sais qu’il y a un mémorial. On hésite, mais on se dit qu’on ne repassera pas dans le coin de si tôt.
Le trajet pour y aller est assez silencieux.
J’avoue que je ne sais pas très bien comment raconter ce bout d’après midi sans trébucher.
On s’est garé, on a marché dans le début du parc, j’ai voulu louer un audioguide mais on n’avait plus de liquide et ils ne prenaient pas la CB. Tant pis, on fera sans. Pour entrer, il fallait présenter un certificat de vaccination, ou un test négatif. Dès l’entrée, il y a un panneau qui explique que c’est un lieu de recueillement, qu’on ne peut entrer sur le site avec des messages de haine, sur des vêtements, ou des bannières. Très bien.
Tout le monde marche sans trop parler.

On passe la grille : Arbeit macht frei. C’est le premier coup qui coupe le souffle, avant une longue série.
Au début, je fais quelques photos, pour me donner une contenance, et ne pas oublier, mais très vite, je laisse tomber.
La cour est immense. La plupart des bâtiments ont été détruits. De l’autre côté de la cour, on voit deux blocks, ils ont été reconstruits pour le mémorial. dDes autres, il ne reste que les fondations de pierre, numérotés sur des grosses dalles de béton. Soit 34 blocks. Le camp était prévu pour 6000 personnes, à la Libération, ils étaient 30 000 à Dachau.
Il y a une expo permanente, dans ce qui était un ancien corps de ferme. Je crois avoir compris que c’était là où se trouvait les ateliers. On inspire et on entre.
A l’intérieur, c’est une succession de panneaux, de bâches, avec des textes explicatifs, des photos. Les gens s’arrêtent et lisent l’Histoire. C’est chronologique. Cela démarre avec le pourquoi d’un pays qui sombre dans le fascisme. Les conséquences de la première guerre mondiale, les dettes, tout est là. Résumé, factuel. C’est dense, condensé, mais simple.
L’expo a été conçu comme un chemin des prisonniers. La construction du camp, l’arrivée, la vie dans le camp, le travail, la maladie, les tortures. Les chiffres donnent le tournis. Mais surtout, aux visages sont donnés des noms et des histoires. C’est thématisé, parfois par pays, parfois par raison d’emprisonnement, et à chaque fois, quelqu’un est raconté. Rien n’est éludé.
Leur site internet explique tout mieux.
J’ai un peu de mal à écrire tout ça.
À la fin de l’expo, un peu assommés, on marche dans cette immense cours, on longe les blocks.
Au bout d’une longue allée, les différentes religions ont chacune leurs monuments commémoratifs.

On continue d’avancer, et il y a un panneau qui mène à l’ancien crématorium. Je sens qu’on hésite. Mais la torpeur nous y conduit, c’est difficile à expliquer.
En quelques secondes, c’est le même genre d’hésitation qu’on ressent quand il s’agit d’aller voir un proche au funérarium. Est-ce que je vais regretter d’y être allé ? L’inverse ? Mais c’est trop tard. On y est.
La première pièce, c’est une série de boxes où les vêtements étaient désinfectés une fois les prisonniers déshabillés. Et puis ensuite, les autres pièces. Celle où on parle de la douche à venir, celle où on se déshabille, celle où meurt, celle où on empile, et celle ou on brûle. J’ai traversé tout ça au pas de course, sanglotante.
Je ne sais pas comment expliquer sans maladresse.
C’est très beau ce que les gardiens de la mémoire ont fait. J’ai appris beaucoup en quelques heures. J’ai comblé des vides.
Je ne sais pas trop quoi en dire de plus.

Après ça, on est reparti sur la route. Heureux de la perspective de se retrouver avec des copains. Des sourires, de la gentillesse, de l’amour.
On est arrivé à Zurich, Cristou et son amoureux nous attendait pour le diner. On a bu, mangé, discuté, et c’était parfait.

Aujourd’hui, J 16, c’était le retour. Cette parenthèse se ferme, c’est le retour à la vraie vie. C’est aussi la fin du feuilleton du coup.
Merci d’avoir lu, ou tout, ou juste des petits bouts. C’est très précieux et ça me fait un bien fou.
Je ferai peut-être un tout dernier épisode, je verrais quand mes slips seront propres.
5 289 km avec mon amoureux, le meilleur compagnon de route et de vie.
Et pour conclure, un dernier « T’habites »















