Hier soir, pour éviter les aléas de GPS, j’ai pu programmer un itinéraire depuis l’ordi que je me suis envoyée dans mon téléphone. Je me suis encore réveillée à 5h45, c’est tôt. Nous rendons l’appartement à la famille adorable de Sinj, et gogo gadget à l’automobile.
(Bien entendu, avant de partir, nous sommes passé prendre un petit déjeuner dans une pekara, et oui, j’ai pris un burek. Le meilleur du voyage d’ailleurs.)
On a pas mal de km à parcourir, mais je suis un peu excitée par la perspective des prochains arrêts.
- La source de la rivière Cetina
Oui, c’est bien ce que je cherchais hier, mais qui était trop loin.
C’est une caverne au sol, profonde d’environ 150 mètres. C’est à côté d’une petite église, dans le tout petit village de Cetina.
Sur la route, il n’y a quasi personne, mais à l’arrivée, un poil plus.
Il y a une terrasse en bois qui surplombe la bassine et qui permet de voir la voir d’en haut. C’est assez fou, ce bleu, au milieu des montagnes. Je n’ai jamais rien vu de pareil. Manu a envie d’aller se baigner. L’eau a l’air magique. J’avoue que la perspective de me mettre en maillot, me sécher, tout ça, m’embête un peu. Autour, on voit bien des gens en maillot, mais personne dans l’eau.
Pendant que Manu continue de contempler cette piscine exotique, je vais faire un tour un peu plus loin. Il y a des maisons pourries. Et j’aime bien les maisons pourries. Des maisons comme sur les photos, il y en a des tas par village. (A ce stade du voyage, on est plus étonné de voir des gens que de constater leur absence).
Je m’aventure dans l’une d’elle. Mais comme Manu m’a lu le panneau sur les serpents du coin, je jette des cailloux pour me frayer un chemin.
Je fais un tour qui m’amène devant la source. Manu, tout perché me mime à la perfection « JE VAIS METTRE MON MAILLOT ». Je retourne faire un petit tour sur les chemins et quand je le retrouve, il a les pieds dans l’eau et il a l’air tendu. « T’as touché l’eau ? » me demande-t-il. « Bah non tiens » répondis-je.
Je trempe un doigt. BRRRRR. Manu a donc les pieds dans l’eau, il rit un peu mais constate « L’eau est si froide, que ça fait mal. » Comme il exagère toujours, j’enlève mes chaussures et je glisse mes pieds. Hahaha, ok, ça mord.
L’amoureux ne se dégonfle pas. Il mouille un coude, un bout de tronche, et à un moment, il plonge. Je ne l’ai jamais vu nager aussi vite vers le bord. C’est comme s’il s’était jeté dans de la lave, ou une frozen margarita.

Mais je vois bien la fierté. D’ailleurs, quand d’autres se jettent à l’eau (et en ressortent aussi sec, mais mouillés) on sent qu’ils font partie d’un genre de Fight Club. Ils se regardent avec connivence. Ils ont accompli un truc que d’autres ne pigeront jamais. Moi j’ai remis mes pieds deux fois, pour vérifier. C’est au-delà du glacé. La Bretagne peut se rhabiller. En comparaison, l’Atlantique, c’est un jacuzzi. Je ne mérite clairement pas ma carte de membre. À la place, je filme les papillons qui sont légions. Manu sèche, et on se remet en route pour la prochaine étape !
On lance l’audiolivre de la La Belgariade et je m’endors aussi sec. Quand Manu se dit que je dors pour de bon, il éteint, alors ça me réveille. Y’a pas, je dors mieux avec un quelqu’un qui parle.

- L’urbex étrange et police pas partout.
J’ai vu qu’il existe, en remontant vers Zagreb et le long de la frontière Croatie/Bosnie, un aéroport souterrain, creusé dans la montagne. J’ai lu des tas de trucs sur la visite. Il est dit qu’il y a encore des mines un peu partout sur le terrain, qu’il faut faire attention, que la police veille, etc. J’ai aussi lu que c’était fastoche à visiter, et vu toutes les photos sur internet, il y a des gens qui y vont et qui en ressortent vivants.
. Bref, je ne sais pas quoi en penser.
On traverse des tas de villages fantômes. Ca ne date pas d’hier. Les toits sont effondrés, des arbres ont poussé.
On s’arrête dans un fast food de bord de route, bourratif, bon, et pas cher. Et on amorce le trajet final vers la zone militaire. TEUM TEUM TEUM TEUMMMMMM (musique de l’angoisse)
J’avoue que sans le dire à Manu, j’angoisse un peu. Je suis excitée à l’idée de découvrir l’endroit, mais un peu inquiète de ce qu’on va trouver sur place.
Dernière ligne droite, le GPS nous rapproche, et d’un coup, après avoir passé quelques maisons, puis des arbres, on arrive devant un avion de guerre (nous noterons que je vais y aller mollo du terme technique militaire, parce que je n’y connais rien).
Deux autres voitures sont là, des italiens. On constate de concert que c’est foufou.
Il y a un truc pour grimper à l’intérieur. Merde au vertige, je veux voir dedans (et surtout, ce n’est pas très haut, l’échelle pèse une tonne, ça ne bouge pas d’un iota).
Bien entendu, la carcasse du zinc a été désossée. Mais il reste des bouts.
On remonte en voiture pour atteindre la Base aérienne de Željava.
Quelques 3 km plus loin, on découvre une piste d’atterrissage. On se lance, on fait comme si on allait vite mais comme on n’est pas des kékés, on respecte une limitation de vitesse imaginaire.
Derrière nous, il y a les entrées de cet aéroport souterrain.
On se dirige vers la première (je m’agace un peu parce que les italiens du début ont garé leur voiture devant et ça fait moche sur les photos) (mais leur but était de prendre leur voiture en photo devant l’entrée).


Vous voyez dans les Tex Avery, quand le loup passe au travers d’un mur et que ça fait sa forme bien délimitée ? Ben là, c’est pareil, mais dans une montagne, et avec une forme d’avion.
Mais ce qui frappe et ce qui saisit, c’est le froid. Avant même d’entrer, on le sent. Comme s’il y avait un brouillard invisible et glacé.
Les italiens ont une lampe, alors on leur emboite le pas. L’obscurité est d’une densité folle.
Parce que nos lumière de téléphone ne font pas DU TOUT le job dans ce noir absolu. La présence, les voix, les conversations de nos camarades meublent le vide inquiétant. Parce qu’en dehors de la fascination, il y a un poil de trouille qui bouillonne dans nos bide.
On fait attention où on met les pieds. On regarde au plafond. Il y a des bouts de métaux énormes, structurels, qui débordent ici et là.
Sans s’aventurer trop loin, on s’enfonce tout de même dans la pénombre. Manu éclaire son souffle qui fait de la condensation. J’ai bien dit qu’il faisait froid. On ressort, les italiens s’en vont, et je peux prendre en photo cette fascinante entrée.
Il y en a deux autres. Nous les explorons l’une après l’autre. L’accoustique est folle. Quand Manu parle, je crains un peu l’effet papillon. Et si des blocs de béton nous tombait sur le coin de la tronche ? Mmm ?
Et si des zombies soldats sortaient des ténèbres ? Mmm ? Et si on restait enfermés là par accident et qu’on doive s’entre dévorer ? Mmmm ?
En résumé : c’est incroyable, terrifiant, exaltant. Tout ça.
On retourne au début de la piste d’atterrissage du début, et là, un agent de police dans son camion de police nous fait signe autoritaire de ne pas emprunter la dernière route qui mène à la frontière.
On sue un poil. Un des italiens nous a dit qu’il cherchait un deuxième avion, qui avait l’air d’être dans une forêt. On ne l’a pas trouvé non plus. Tendus, on se dit : « On demande aux policiers ? »

Boh, quitte ou double hein ?
On roule vers eux, je dégaine mon téléphone pour montrer l’avion.
Le policier, tout sourire nous explique le chemin, c’est en fait le premier avion qu’on a déjàà vu. Et il confirme qu’il y en a qu’un. Il nous demande si on est allé voir les tunnels avec un gentil sourire. On dit que oui, penauds. Il demande si on est allé loin. On dit que non parce que nos téléphone font une lumière pourrie, et il nous félicite d’avoir été prudents, et youpi, tout le monde est content.
Sur le cul du rond de flan qu’on était.
Ah, et je n’ai pas raconté qu’en sortant du premier tunnel, on a vu débouler une horde de 4X4 qui ont fait vrombir leurs voitures de connards dans les tunnels. On les entendait en visitant la suite. On sentait la cascade, les pneus qui perdent de la gomme au passage. Si la montagne s’effondre un jour, ça sera à cause d’eux.
Pour en savoir plus historiquement sur cet endroit, vous pouvez regarder là : https://fr.wikipedia.org/wiki/Base_a%C3%A9rienne_de_%C5%BDeljava (il est tard, et demain, on se lève tôt, et j’ai un peu moins le temps de raconter tout bien ^^)

- La Villa Izvor
Pas bien loin de la base aérienne, et non loin de notre Airbnb, il y a une autre ruine visitable ! MEILLEURE JOURNÉE. Je suis fort fière de mon itinéraire.
Donc, quelque part, se trouve la Villa Izvor, construite par des prisonniers entre 1948 et 1953 pour Josip Broz Tito. C’était une résidence d’été, un peu perdue dans la forêt, non loin des parcs de Plitvice. Tito n’y aura séjourné que 3 à 10 fois selon les sources.
Dans années 90, (je cite internet) elle a servi de quartier général aux rebelles serbes, et à été abandonnée après la guerre.
Pour atteindre la Villa, on s’engouffre dans une dense forêt. Mais heureusement la route n’est pas trop pourrie, et heureusement ++, on ne croise personne, et c’est très étroit. 6km de tortillage, sans trop savoir ce qui nous attend.
Au milieu nous attend une barrière. Avec des panneaux. D’interdiction. De menace de vidéo surveillance. On hésite très peu (surtout parce que le trajet pour arriver là était pénible) et on se lance dans la forêt. Mais il faut bien admettre que nous sommes tendus. La route est proprette mais on entend des bruits dans la forêt. On s’invente des histoires sur si oui ou non, un local va nous envoyer la police ou nous chasser à coup de fusil. Ou si un loup ou un ours va nous attaquer, et on essaye de se souvenir de ce qu’il faut faire en cas d’attaque d’ours. (On a oublié mais j’ai vérifié Arès sur internet).
.
500 m plus loin, la maison apparaît. On voit bien que c’est tout pété. C’est gigantesque et tout pété. La porte est ouverte, les fenêtres sont en miettes. On grimpe les quelques marches et on entre.
Dans le hall, plusieurs ambiances. Un démon un peu flippant nous accueille, des blagues sur les murs nous font un peu rigoler, et comme à chaque fois, du verre crisse et fait glisser. Il y a du solide, et du moins. Du clairement moins.
La villa a été pillée il y a fort longtemps. Il ne reste rien. On peut voir le parquet aux fines lames, un carrelage dans une salle de bain, et je trouve même un bout de moquette où on devine encore un peu les motifs.
On avance précautionneusement. Le plancher est écroulé à de nombreux endroits et on a bof envie de l’imiter.
L’escalier du hall d’entrée mène à une gigantesque pièce qui donne sur un jardin intérieur. Des bouts de rideaux fantomatiques s’agitent en lambeaux dans les hauteurs. Le volume est assez fou.
On se balade, on inspecte, on invente des noms de pièce.
Il faut dire au revoir, un peu frustrés de ne pas pouvoir tout visiter.
J’ai trouvé quelques photos de quand c’était sur pied :

Ok ce titre est étrange, mais je n’ai pas trouvé mieux.
On galère un peu à localiser notre logement du soir, mais on finit par y arriver. Un monsieur d’une soixantaine d’années nous accueille. Il explique bien à Manu comment garé sa voiture droite dans la place de parking et nous fait visiter. (Huhu)
C’est sa maison, c’est une vraie maison. Il y a des chambres, les salles de bain à part. Une petite cuisine aménagée pour les invités, une autre cuisine impeccablement rangée. Une odeur de fleur flotte partout. Il ne parle pas du tout ni anglais, ni français. Et pas de bol, on ne parle ni croate ni espagnol, ni allemand. Il nous emmène dans sa cabane extérieure et nous offre une bière. Il nous montre son grill, soit un barbecue en dur géant, et nous dit que si on veut on peut griller des trucs. Il nous explique où se trouve le supermarché, et nous interdit d’acheter des légumes, il en a plein. Effectivement, il nous montre des tas et des tas de bocaux de poivrons. Il va nous chercher des tomates et des concombres. C’est méga sympa.
On va faire nos trois courses, dont le pique nique de demain. On trouve du lard, et le monsieur montre à Manu des épices dans notre cuisine. Manu improvise trois marinades.
Pendant ce temps, le monsieur m’a sorti une planche à découper, des légumes, et un bol je peux faire la salade. _o/
Il a lancé le feu, en empilant savamment des buchettes, et nous dit que dans 20 minutes, les braises seront ok.
Il passe parfois discuter avec nous, et repart. On ne comprends quasi rien. On fait des grands gestes, on écrit des chiffres invisibles sur la table en bois avec nos doigts. On se dépatouille comme on peut pour se raconter des trucs.
Il nous sort un album photo de la maison avant. Un tout petit album où on voit l’évolution des travaux, où on le voit lui en militaire, où on le voit lui en militaire sur le toit de la maison brandissant une kalachnikov. Il avait 30 ans.

Quand on a fini de manger, il met deux épis de maïs à griller dans la cendre. L’idée me réjouit, j’adore le maïs. Manu moins, il n’est pas fan. Il nous donne les épis, et c’est un peu comme du chewing gum de maïs. Manu souffre et je ris.
Astuce épi : ma marraine Tartine les fait tremper avec les feuilles dans de l’eau avant de les faire cuire. Ça les poche, et c’est délicieux.
Là, ça a un peu un goût de popcorn, avec une texture de polystyrène. C’est étonnant !
Il y a un petit chien a qui il manque un oeil qui se jette dans mes pieds pour des câlins. C’est très bien.
Je voudrais pouvoir raconter cette journée encore et encore, mais il faut qu’on se mette en route, l’heure tourne ! ( et pardon, je n’ai pas du tout le temps de relire, il doit rester des tas de fautes en coquilles)
Il y a bien sûr des tas d’autres photos, là : https://chezsib.wordpress.com/2021/08/21/j-12-toutes-les-photos-2/































































