Hier soir, j’ai eu le nez fin (et comme il est grand, ça marche encore mieux), je suis allée faire un tour sur mon site adoré Atlas Obscurae pour découvrir avec enthousiasme qu’il y a au bout de l’île ET sur notre chemin du retour, un hôtel abandonné qui date des 70’s.
Avant toutes choses, petit déjeuner et grosse saucisse.
En chemin, j’essaye d’en savoir un peu plus sur notre visite à venir.
C’était un palace, à l’influence architecturale communiste. (Je transcrits ce qu’internet veut bien m’en dire). On y trouvait un casino, des saunas, piscines, tout le tralala. Bobb Guccione, le fondateur de Penthouse (le magazine) a investi 45 millions de dollars dans le projet. À l’époque, les touristes avaient un laissez-passer pour pouvoir jouer au casino, c’était complètement interdit pour les yougoslaves. La bonne ambiance.
Il est dit que plein de sportifs et autres dignitaires passèrent un temps fou à claquer des ronds dans ce majestueux complexe. Puis, ce fut la guerre en Yougoslavie dans les années 90, en conséquence, l’argent et les touristes vinrent à manquer, et le palace est resté à l’abandon. Et depuis, il s’écroule gentiment.
Avant d’y aller, je me demande si ce sera facile d’accès, ou grillagé, ou protégé par des manticore ? Ou ?
En route, nous verrons bien.
Quelques 35 km plus loin, on aperçoit des bouts de bâtiments le long de la route. C’était un palace de bord de plage, bien entendu. On peut donc très facilement y accéder par la route et par la plage. Pratique. Pour entrer, c’est aussi périlleux qu’Eurodisney, en plus gratuit. Aucun grillage, zéro surveillance, et on s’aperçoit bien vite, qu’on n’est pas tout seuls. Quand on arrive, la matinée n’est pas encore grandement entamée, il n’y pas encore foule.
Avant d’aller guincher au palace, on se gare devant un autre lots d’appartements estivaux, abandonnés eux aussi. On tombe directement sur la réception, il y a du verre brisé partout, des papiers éparpillés, j’ai du mal à situer de quand date cet abandon ci. En écrivant, je me dis qu’en regardant trois papiers par terre, j’aurais eu ma réponse. Quelle andouille. En regardant mes photos, je vois bien une date. Comme pressenti, c’est récent, 2018, un truc du genre.
On visite un ou deux appartements, on dirait que les locataires sont partis en urgence, ou alors que des fantômes vivent là, et aiment les corn flakes.

On passe par le parking à l’arrière des appartements vides, on dépassent un héliport (ah ouais… quand même), et quelques bâtiments de maintenance pour arriver dans le Haludovo Palace Hotel.
Mon cœur frétille. Je ne pensais pas pouvoir vivre ce genre d’expérience pendant ces vacances. C’est fou et gigantesques.
Compte tenu du chemin choisi, on n’entre pas par la grande porte, on arrive via des vestiaires-douches. C’est bien entendu tagué dans toutes les langues, avec des gros mots, mais pas que. La valeur sûre reste quand même ACAB. Décidemment, la police, t’as du boulot pour redorer ton blason. C’est très international.
On avance en écoutant le verre brisé sous nos chaussures. Manu a dû me dire 1500 fois de faire attention (cf vidéo ci-dessus), de ne pas me blesser et de regarder où je vais. C’est mignon, mais en vrai, je ne fais pas attention _o/ (spoiler alert : nous sommes sains et saufs, zéro bobo ou chute). En plus je jongle avec mon téléphone, mon appareil photo pour le 36mm et mon appareil pour le 120 mm. Je voudrais être un poulpe, il me manque clairement un bras.
On déboule par le côté de l’hôtel.
Sur un ancien dance-floor encore en état, des jeunes filles pas aimables font du yoga avec de la musique planante. Nous avons dit bonjour poliment au moins trois fois, et elles nous ont méprisées sans répondre. SYMPA LES YOGIS. (et elle n’étaient pas en pleine session hein, elle étaient en train d’installer leurs tapis).
On continu, et on arrive dans « l’entrée ». Le grand salon d’accueil. Au sol, on dirait des tas de tiroirs en miettes. Je comprends un peu plus tard, que c’est le plafond de bois effondré. Il y a des endroits où il est encore en place. Ce sont des cubes en bois sombre, très années 70, placés à différents niveaux, c’est très beau.
On découvre les ascenseurs, qui ne marchent plus du tout. Les cages sont écroulés, les miroirs intérieurs brisés. C’est ballot parce que pour grimper dans les étages, il ne reste qu’un escalier, solide, étroit, mais sans rambarde. J’ai vraiment envie d’aller voir en haut, alors je tente. Au bout de 6 marches, je tremblote, je capitule, je suis agacée, foutu vertige ridicule et pourri.
Au même niveau, il y a les vestiges d’un bar. Manu y découvre une bombe de peinture, et ce thug écrit nos noms sur le mur. Ils seront probablement recouvert par une zgueg un jour. C’est super.
Il reste plein à visiter et je vais me consoler à la piscine. On les trouve assez vite en passant par un escalier descendant. La nature, selon la formule, a repris ses droits. Je dirais même plus que la nature a fait un gros fuck et rend le lieu encore plus magique qu’il ne l’était. Le carrelage est très beau.
Au dessus des piscines, ces drôles d’avancées de béton nous surplombent. La Boris Magaš touch.
On trouve le chemin vers la plage, celui que les riches vacanciers devaient emprunter. Il devait y avoir moins de ronces parce que là, c’est un peu coton. On trouve e route des petites villas qui devaient avoir vue sur mer, avant que la nature refasse la déco.
C’est fou.
Ça me travaille cette histoire d’étage et d’escalier étroit. Je propose à Manu qu’on retente. Arrivé sur le premier palier (mieux que tout à l’heure), l’angoisse, la panique. Mon cœur tombe dans mes chevilles en battant à cent à l’heure. Le sol tremble, je suis clouée, impossible d’avancer ou de reculer ou de faire quoique ce soit. Les larmes montent, Manu a réussi à redescendre (il n’aime pas trop trop les hauteurs non plus, mais son self control est biiiiien supérieur au mien.) Je le supplie de venir me chercher, il s’agrippe à un truc, me tend la main, et miraculeusement, je rejoins la terre ferme, qui devait, je pense, se trouver à 1,50m. Indiana Sib ne sera jamais mon surnom Je suis triste et je n’arrive pas à comprendre cette réaction physique idiote.

On explore un peu plus l’entrée. Le comptoir de la réception a disparu, mais il reste la partie surplombante du comptoir manquant.
Dans l’espace principal, on voit les formes arrondies des banquettes où l’on devait boire du champagne le petit doigt en l’air en attendant que quelqu’un se charge de tout.
L’heure avance et le lieu se remplit. On croise des photographes, des gens en maillot en provenance de la plage. Globalement, ils sont malpolis. Sur 20, je pense que 2 ont répondu bonjour à nos bonjours. C’est étrange. Je trouve que c’est un moment de connivence. On est tous là, à visiter un bout d’histoire déchue. On devrait être tous copains, chanter koombaya avec les yogis. Se tenir la main en secouant nos cheveux. Mais non, rien, nada. Triste monde.
La chaleur monte, conntrairement à moi dans l’escalier de tout à l’heure, on dit au revoir, et on repart.
Un peu plus haut sur la route, il y a un bâtiment qui a un peu la même tronche. Un accueil probablement, il y a de la lumière. Mais ça a aussi l’air abandonné. C’est étrange. Mais c’est fermé. Tant pis. C’est surement hanté de toutes façons.
Nous reprenons la route, direction PAG. C’est une île. L’île de Pag. Manu m’a demandée si dessus il y avait des Tiggis (…).
C’’est parti, on roule roule, on s’arrête dans un petit machin de bord d’autoroute, où on mange pour 20 euros en tout, avec même une bière chacun. J’ai pris des squid grillés, c’était étrangement bon. Manu a pris une escalope viennoise (panée donc), et c’était bof (je cite).

Comme pour Krk, Pag est accessible via un court pont.
Quand on commence à approcher, le paysage change. Des forêts verdoyantes des montagnes, on passe à un horizon vallonné, mais desertique et caillouteux. C’est assez fascinant. C’est la lune avec un peu d’herbe. On ne voit quasi personne. C’est super.

Il y a des murs de pierre à perte de vue. Il y a un petit côté Lozère à certains moments.
On arrive à notre logement. Un truc pas très cher, une piaule dans un petit immeuble mais à 15 m d’une plage. C’est très familial, il y a un restaurant en bas.
On pose nos affaires et on décide de trouver une plage plus peinard. J’ai vu sur internet qu’il y a une plage FKK (gens tounus) à 30 mn de route.
On suit le GPS, qui nous amène à chemin de terre qui fait trembler la voiture. De notre côté, on tremble aussi un peu pour les pneus, mais tout va bien. À 8km heure, ça se fait.
On ne trouve pas la plage d’internet. On tombe sur une construction d’appartements de vacances avec piscine plantée là, au milieu de que dalle. C’est étonnant.

On suit un petit chemin, impossible d’accéder à quoique ce soit. Demi tour et déception.
On tente de poursuivre sur le chemin de terre, et on trouve un simili parking (des voitures garées le long d’un bois grillagé). Pile à ce moment-là, un monsieur qui posait trois affaires dans sa voiture passe par là. On l’interroge, il nous dit de le suivre (mais ce n’était pas creepy hein). On lui emboite le pas, on longe le grillage, et arrivés au bord de l’eau, il y a un passage (comprendre : le grillage est défoncé), on contourne, on longe le rivage dans une forêt de pins et de cigales et il nous montre leur spot qu’ils sont en train de quitter (il est 17h). Une micro crique, la mini-plage perso, le bonheur. A poil tout le monde (Sib et Manu) et seuls au monde, on barbote dans l’eau pas froide. Le seul point faible, ce sont les cailloux qui blessent les pieds, du coup, on se fait tourner les godasses en plastique de Manu pour entrer dans l’eau.

Oui, je suis nue. 

Promo Hey Pretty 

Retour à l’hôtel, on croise des moutons qui fonnt les crétins sur la route, il y a des hirondelles partout, le soleil se couche, la lumière est belle.
On va boire un gin tonic à 2 euros dans un beach bar, et on va manger au restau de l’hôtel avant d’aller faire quelques pages de notre livre dont vous êtes le héros, et d’aller se coucher, fourbus et heureux.
Mais surtout, pour voir toutes les photos de cette journée folle : https://chezsib.wordpress.com/2021/08/14/j-5-toutes-les-photos-2/
































[…] C’est donc du 120mm, soit du format carré. Il n’y a que douze photos par pellicule, c’est peu, il faut réfléchir. Sur cette pellicule entamée à Chamarande (les quatre premières photos), c’est le Haludovo Palace Hotel. […]
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