J 12 – Du toit du monde au Lac à plouf.

À la ferme, on dort à l’étage de je ne sais quoi. On a un genre de gigantesque studio pour nous seuls, avec, oh joie, oh formidable, une terrasse en bois, qui donne sur la cime des arbres. Je me suis levée aux aurores, c’est le moins qu’on puisse dire, j’ai pu regarder le soleil se lever au dessus des montagnes.
Je me suis installée sur la terrasse pour écrire un peu. Les geais bleus viennent se poser, et repartent faire des trucs d’oiseaux. Les chèvres chantent, la ferme se réveille. C’est une bulle de paix. (Camille, chère belle sœur à moi que j’ai,  si tu me lis, je pense que c’est ici que tu voudrais t’installer pour toujours).

J’attends que Manu se réveille parce qu’il y a bien une cafetière, mais le café n’est pas moulu, et l’opération risque de faire du raffut. Maintenant, il y a 9h de décalage horaire avec la France. D’état en état, on perd une heure à chaque fois.
Une fois l’amoureux debout, je me fais du café, et il se charge du petit déjeuner.

Dans le frigo, on trouve des œufs de la ferme, de la confiture, il y a aussi du pain, du beurre. Manu nous fait de œufs au plat, des tartines grillées, c’est très bien.

Je pars ensuite faire une balade toute seule dans la forêt-jardin. Je vais dire coucou aux chèvres, je me pose un moment à les regarder se gratter les cornes, et elles, me regardent faire l’humain sur mon banc. J’ai réitéré la même opération avec les canards de la gigantesque mare, sans trop m’approcher de l’oie qui je pense à un moment m’a dit d’aller me faire bouillir le cul.
Je me suis enfoncée dans la forêt, en marchant le moins fort possible pour espérer croiser des bestioles. J’ai vu beaucoup d’oiseaux très beaux, deux écureuils, un lapin et c’est déjà bien (secrètement, j’espérais tomber sur un des jolis serpents du coins, ou sur un lézard cornu, mon autre lézard préféré au monde). J’ai fait un tour dans les serres, je suis tellement impressionnée. À deux, ils ont construit quelque chose d’exceptionnel.



Je termine ma balade, je réfléchis beaucoup, à des tas de trucs. C’était bien, d’avoir ce petit moment de bordel intérieur au milieu du calme.
Il faut ranger les affaires, et frapper la route Jaques.
On va dire au revoir à Clark, on lui raconte qu’on est allé au Y bar hier soir, ça a l’air de beaucoup l’amuser. Ce monsieur barbu au sourire gentil a une façon très particulière de parler. Il me fait penser à cet autre monsieur qu’on avait rencontré dans le Maine, qui lui aussi avait installé sa maison pour être le plus autonome possible. Il prend le temps des mots, il n’y a pas d’urgence, il y a un truc un peu malicieux dans ses yeux. Je suis sûre qu’il a des tas d’histoires super à raconter.

PARDON JE DOIS M’INTERROMPRE MAIS FAUT QUE JE VOUS DISE QU’AU MOMENT OÙ J’ÉCRIS Y’A UN URUBU QUI VIENT DE ME PASSER AU DESSUS DE LA TÊTE !

(pardon, je reprends)

Aujourd’hui, on n’a pas beaucoup de route, dans les 200 km avec théoriquement pas d’activités au milieu.

On fait un arrêt au General Store d’hier pour faire le plein de trucs à boire, j’en profite pour faire quelques photos de l’endroit, et off we go.

Encore une fois, c’est le trajet qui va nous souffler. Quand on part de Show Low, c’est de la forêt, avec des arbres serrés. Et petit à petit, ça se transforme encore, on commence à grimper. On va se trouver dans Salt River Canyon, on roule dans les montagnes, avec un contrebas, une rivière rouge. Il y a des endroits où s’arrêter pour regarder le paysage. A un de ces arrêts, on voit une plaque, un jeune homme est mort ici un 24 décembre.  Il n’y a pas de détails, mais ça fait un drôle de truc. Il y a un couple qui s’est arrêté au même endroit que nous, et l’un des deux vient nous parler quand il voit que l’on regarde la plaque. Il nous dit que la route en hiver est très très dangereuses. J’avoue que même là, sans neige et sans verglas, je n’étais pas rassurée-rassurée, mon vertige a tiré la sonnette d’alarme dès qu’on s’est lancé dans les montagnes. Ça m’a rappelé le voyage pour aller à Higueras il y a quelques années. La route se tortille le long du vide, c’est fait méga peur.


On arrive à Globe, la « grande » ville avant d’arriver à notre prochain dodo. Il est midi, on a faim, je demande à nos hôtes Airbnb du soir s’ils ont un conseil. Deux choix, un mexicain (un peu ras le bol et le dernier était si décevant), et asiatique. Tiens, tiens. Pourquoi pas.
Cette ville est assez étrange.  Il y a un petit centre ville mignon, avec des « antiques store », sinon c’est très éclaté, on est un peu dans le désert, il y a beaucoup de cactus, c’est un peu comme une ville de western, mais avec des maisons plus contemporaines, c’est très difficile à expliquer. Mais on a beaucoup dit « quelle drôle de ville ».
On trouve le restaurant, et là, la transition est super étrange. On passe de la rue vide où on s’attend à voir Rantanplan dire « Mais que me veut ce type ? » à un restaurant plein de gens, une cuisine ouverte avec des woks qui font des flammes, ça sent bon, ça a l’air super, on s’installe. On regarde les assiettes des gens (proportions dingues, mais boite en carton pour emporter les restes). Il y a plusieurs pays sur la carte : Japon, Chine, Malaisie, etc… En France, je pense qu’on aurait fuit à grand renfort « N’importe quoi, pourquoi pas sushi-kebab tant qu’on y est). Mais là je sais pas, la vibe est bonne. Je commande un bœuf satay, Manu le plat du jour, du porc avec des glass noodles.

Mon assiette arrive. Je goûte, c’est… un orgasme gustatif. Bon sang, c’est tellement délicieux. À chaque bouchée, je pense « MMmMmmmm ». J’ai l’impression de manger avec des baguettes magiques. J’ai l’impression d’avoir fumé tellement je suis euphorique.
Je me force à ne pas tout finir, pour en garder pour ce soir.
Allez manger chez Bloom, à Globe Arizona, c’est méga bon.

On va ensuite faire des courses, parce qu’on nous a prévenu qu’il n’y avait qu’une petite épicerie à Roosevelt, plutôt chère, mais à Globe, il y a un chouette supermarché. #passionsupermarché.
On a aussi demandé si y’avait un barbecue, c’est un grand oui, on peut griller des trucs. On achète donc des grosses saucisses à la bière, des buns, un ananas et je ne pense qu’à ma boite en carton avec mon reste de bœuf satay.

De Globe à Roosevelt, c’est de nouveau l’euphorie. Sur les collines le long de la route, des cactus saguaro PARTOUT. J’ai une passion pour les cactus. Je trouve cette plante formidable et fascinante, et en plus hyper drôle. La saguaro, c’est un cactus gigantesque (d’ailleurs, son nom scientifique, c’est : Carnegiea gigantea, CQFD), et là depuis les collines on dirait qu’il nous font coucou, ou hourra, ou des gros doigts.
On passe un haut de colline-montagne, et paf, on voit le lac. J’ai choisi cette ville parce qu’il y avait un lac et qu’on pourrait s’y baigner. C’est le Lac Roosevelt.


Ce coup-ci, on a bien une adresse, on arrive chez Heather et Bobby, dans notre caravane pour la nuit. Bobby nous accueille, il fait bien 42 degrés dehors, la caravane est au frais, la clim est allumée, il y a un petit mot dans un panier de bienvenue, c’est super mignon. Heather vient aussi nous faire coucou.
Tout de suite, Bobby nous dit que si on veut aller se baigner au lac, ce n’est pas très loin, qu’il peut nous dessiner un plan. Il revient 3 minutes plus tard, pour dire que finalement, il va nous montrer comment y aller en voiture, que ça sera plus simple. Puis il nous dit que Heather doit travailler encore une petite heure, mais qu’après, ils vont faire du bateau, et est-ce qu’on a envie de les accompagner ?
J’ai 8 ans, je tape dans mes mains en faisant OUIIIIIIII ! ON VA FAIRE DU BATEAU !
Bobby, adorable, nous amène un sac avec des serviettes, des bouées, nous demande si on a besoin d’eau, de crème solaire, c’est tellement prévenant, et ça a l’air tellement évident. Avec Manu on se regarde discrètement avec les yeux qui font « Ohlala, c’est génial. »
Bobby nous précède en voiture, et nous montre le chemin jusqu’à la rampe où les gens viennent mettre leurs bateaux à l’eau. On peut se baigner là, il revient tout à l’heure avec Heather et le bateau.
Le décor est splendide, l’eau est chaude, des vautours urubus volent à quelques mètres au dessus de nous. On est comme des mômes, on se baigne dans l’eau chaude.
Le temps de deux baignades, Bobby revient avec Heather et la bateau.
C’est la mise à l’eau, je monte dedans, la grosse voiture recule et dépose le bateau. Heather et Manu vont garer les voitures un peu plus haut sur le parking et nous rejoigne depuis le ponton.
On démarre, Bobby met de la musique, le vent souffle et emmêle les cheveux, je ne m’arrête plus de sourire. On a tellement de chance.
On les remercie toutes les 5 minutes. Bobby dégaine des bières de sa glacière, il y a des porte-gobelets autour de nous. On s’arrête pour sauter dans l’eau depuis le bateau. On a tellement de chance.


On boit des bière en nageant, on discute de la crétinerie de Trump, de leur vie, de la notre. C’était ce qui manquait un peu à ce voyage. Une chouette rencontre.
D’ailleurs, eux se sont rencontrés à l’école, ils avaient 14 et 15 ans. Ils sont très prévenants l’un avec l’autre, leurs échanges sont ponctués de mots tendres, c’est vraiment chouette.
On va un peu plus loin sur le lac, à fond les manettes. Je pense qu’en boucle, on n’arrête pas de se dire que c’est si fou, cet épatant imprévu. On a tellement de chance.
On fait un stop à la marina, où sont garé les autres bateaux. Il y en a des gigantesques, avec des toboggans !
Comme on est en semaine, le lac est nous, il n’y a vraiment personne. La marina, le bar extérieur, tout est vide. Heather et Bobby nous disent que le weekend, il y a beaucoup de monde. On regarde les poissons qui se baladent sous les pontons, des carpes et autres grosses poiscailles. Sur le côté, il y a aussi des pompes à essence pour les bateaux, c’est la première fois que je vois ça. Je ne m’étais jamais posé la question de comment les bateaux font le plein.


 
Ils nous emmènent boire un verre au bar d’en haut, et un monsieur vient nous chercher en petite voiturette de golf parce que pour y aller ça grimpe. Huhu, c’est si fou.
On boit un verre, ils discutent avec d’autres clients et la serveuse du bar. Des fois, tout va un peu vite, on tente de chopper de bouts de conversations, on a beau être bilingues, quand c’est si enthousiaste et que ça vole dans tous les sens, c’est un poil plus compliqué. Je choppe des bouts, on boit un coup.
Puis re-bateau. Ils nous emmènent voir le pont de Roosevelt et le barrage. C’est un power dam, qui produit de l’électricité. Ils nous montrent les chemins empruntés pour les randonnées. Roosevelt est une étape dans la randonnée qui s’appelle Arizona Trail, un parcours entre Mexico et Page, 800 miles, à pied. Ils nous disent qu’ils sont contents de pouvoir nous faire découvrir le lac de cette façon.

Ils nous proposent de conduire la bateau, et Manu se lance ! (Vous auriez vu son sourire ravi ❤ )
Bobby rigole et me promet que bientôt, Manu va aussi acheter un bateau 😀
On attend tranquillement que le soleil commence à décliner, on fait des ploufs, on se sèche dans le vent.  C’est interdit de naviguer quand le soleil est couché, il faut rentrer.

Ils rangent le bateau à l’arrière de leur voiture, on les suit pour rentrer, encore tout ivres de la balade (et des bières ?). Manu me dit « Propose-leur qu’on dine ensemble, on a plein de saucisses. »
Ohlalala, je n’ose pas (andouille que je suis), mais je me lance. Devant leur jolie maison qu’ils ont construit eux-mêmes, il y un brasero dans le sol, une super plancha, un barbecue, et des chaises. Je vais chercher nos restes de bières, Manu ramène les saucisses, Heather revient avec des oignons et des poivrons à faire griller pour mettre dans les hot dogs. On se racontent nos voyages, nos enfants, et on est tous bien d’accord que Airbnb peut avoir ce pouvoir formidable de faire se trouver des gens qui ne se serait jamais rencontrés autrement.
On termine la soirée avec une liste de conseils géniaux pour la suite de notre périple. Car notre prochaine étape c’est Tucson, Bobby y a grandit, et il y a même tenu un Food Truck pendant des années. Ça tombe diablement bien. Heather nous donne un plan pour la journée idéale de roadtrip depuis Tucson, car on y passe deux nuits.

On part dormir dans notre caravane, le lit est excessivement confortable, on ne fait pas long feu. En se déshabillant, Manu réalise qu’il s’est baigné avec son portefeuille, on met ses sous à sécher.

What a day !

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