C’était une bien jolie nuit. Je me suis réveillée pour faire pipi vers 2h, je suis allée dehors, et je n’ai croisé personne. Manu a un autre moment a vu des chauve-souris, et le matin au réveil, un gros chien avec ses petits en balade.

Je vais toquer à la maison pour dire au revoir à la famille, un monsieur en fauteuil roulant m’ouvre, je le remercie beaucoup. Un peu plus tard, j’ai reçu un message de Caileigh nous remerciant d’avoir tout laissé propre et bien rangé. C’est idiot, mais je déteste partir d’un endroit en laissant du bordel. Je plie les draps, je refais le lit, je n’ai pas envie de laisser une mauvaise impression. C’est la première fois que j’ai un retour direct sur cette manie débile, et je suis bien contente. Huhu.

Direction Petrified Forest. Manu y est déjà allé deux fois (coucou Marie, Fred, Véro, Zoum !), mais il m’en parle depuis toujours.
Je vais tâcher d’expliquer sans aller chercher sur internet des données scientifiques. Pardonnez-moi à l’avance pour les approximations.
Petrified Forest, c’est un grand parc national dans lequel on trouve le Painted Desert. Comme dans tous les parcs nationaux des USA, on arrive en voiture, il y a le Visitor Center avec les conneries à acheter, puis une guérite avec un monsieur (ou une dame) qui fait des blagues, il faut payer (20$ par voiture) et ensuite, l’aventure structurée commence. C’est une route goudronnée qui traverse des étendues magnifiques, il y a des arrêts, avec des espaces pour se garer et regarder la vue en faisant « Wouaaah » et « Oh putain de merde. » Chaque arrêt a une plaque avec une explication et le nom du point de vue. Le début de la route, c’est le Painted Desert. Des étendues un peu écorchées, avec des petites collines en pierre s’étalent partout. Si cela s’appelle le désert peint, c’est parce qu’on peut voir les couches de sédiments, et à chaque période sa couleur. Des dégradés de rouge et de orange, recouverts par du gris, ou de la terre blanche séchée.
A chaque descente de voiture, la majesté du paysage coupe le souffle, pour de vrai. Pendant quelques secondes, une inspiration reste en suspend.
On croise très peu de gens. Entre 1 à 4 à chaque arrêt. C’est assez facile d’oublier qu’on est sur une route touristique. C’est assez facile d’imaginer à quel point ce terrain ne devait pas être accueillant quand on était à cheval, ou pire avec un chariot à trainer.
Dans les fun facts recueilli sur les panneaux, j’ai lu qu’en 1800 et des bananes, un monsieur qui faisait du repérage pour le chemin de fer, a tenté le coup d’utiliser des chameaux. C’était résistant, ça tenait le coup dans le désert, mais par contre, ça faisait complètement paniquer les chevaux et les mulets. Du coup, ce n’était pas si pratique. J’aime bien.

On passe près d’un rocher qui s’appelle Newspaper Rock. En contrebas, avec des jumelles sur pied, on peut voir des pétroglyphes sur les flancs des gros gros cailloux. Foufou.
Ah oui, et j’ai oublié d’expliquer, pourquoi
Petrified Forest. Ce n’est pas une forêt d’arbres morts. Pas du tout. Dans ce
désert, on trouve du bois pétrifié. Du bois si vieux, qu’il s’est transformé en
quartz. Très vieux comme 200 millions d’années (oui, là j’ai vérifié).
Je vous colle le petit bout de wikipedia, parce qu’en fait, bien mieux que moi
qui dit « vieux bois transformé en cailloux » (oui bon, du coup j’ai
cherché sur internet).
Les milliers de troncs fossilisés de la forêt pétrifiée datent du trias (environ 200 millions d’années2). La région était alors occupée par le delta d’un fleuve sur les rives duquel poussaient des arbres géants. Après leur mort, ils furent enfouis sous des dépôts sédimentaires riches en silice, ce qui favorisa la conservation de leur structure. La silice remplaça lentement la matière végétale et fossilisa les troncs. Progressivement, la région s’enfonça et fut ensevelie sous des strates sédimentaires. Son soulèvement récent, conjugué à l’érosion permit la mise au jour des troncs fossilisés.
Un des arrêts les plus spectaculaires, c’est Blue Mesas (espagnol
pour « table » – est un petit plateau ou une grande butte à sommet plat et aux
versants abrupts). (oui ok, là aussi j’ai cherché sur internet.)
C’est une mini rando qui descend dans les
mesas, et c’est complètement fou. Nous sommes seuls au monde au milieu de ce
paysage qui n’a aucun sens. Il y a du bois pétrifié par ci par là. Autour de
nous, c’est gris, blanc, un peu bleu. C’est la lune, c’est la planète mars,
c’est unbelibubble.
On se balade sur un petit chemin goudronné qui se faufile entre les étranges
collines. On ouvre les yeux grand et fort. Il fait très chaud mais j’ai emmené
un gobelet avec de l’eau fraîche. Je l’ai déjà dit, mais une fois encore,
quelle chance de vivre des moments merveilleux. On poursuit sur la boucle, au
retour, ça grimpe pas mal mais pas longtemps.
Un peu plus loin, il y a le Agate Bridge. Un
grand tronc pétrifié de 34 mètre qui est tombé en travers de deux rochers et
qui forme un pont. Sur le panneau explicatif, ils disent que l’arbre se cassera
un jour. Il a été consolidé avec une base en béton en dessous, mais ses jours
sont comptés. Après, ils ne disaient pas si c’était après demain ou dans cent
ans, mais cette merveille finira par s’effondrer.
Les touristes avaient l’habitude de se prendre en photo debout dessus, et
heureusement, il y a un maintenant un panneau qui interdit l’accès.
On continue la balade, dans cet endroit fabuleux, et après presque 50 km, on sort du parc. C’est un des endroits préférés au monde de Manu.
On mange un bout dans un mexicain. On n’a pas petit déj, alors on a un poil la dalle. C’était pas top.
***
C’est maintenant qu’on se sépare, on aura vécu des trucs super, mais ça y est,
on se dit au revoir, Route 66. Tu fus parfois difficile à retrouver, et quand
on te longeait pour prendre une autoroute moderne, j’avais l’impression de te tromper
avec une autre. Tu nous as fait des blagues avec tes dead ends au bout de
plusieurs kilomètres, mais tu as tenu toutes tes promesses.
Il était super, ce voyage dans le passé, un peu triste parfois, tu as été tant désertée.
Au lieu de poursuivre vers l’ouest, on file
vers le sud, on dort près de Show Low. (je dis ça comme si vous saviez où c’est,
je ne peux qu’affirmer que c’est en Arizona).
Je regarde les instructions Airbnb, c’est encore plus coton que pour atteindre
la hogan.

On prend une route classique à gauche en Y, puis il faut trouver la county road
8220. Ce n’est pas du tout à fait un chemin de terre, mais ce n’est pas du tout
goudronné non plus. La voiture tremble un peu, mais ça va. Il faut prendre un
virage un peu sec, et on se retrouve en bas d’une colline verte. Ça grimpe en
ligne droite, ça fait haut, c’est l’aventure en manège.
Arrivé en haut, on arrête la voiture. Le méga wouaw. Autour de nous, des arbres
partout, c’est quand même sec, c’est l’Arizona. On a la sensation d’être sur le
toit du monde. Il faut prendre à gauche après un panneau en bois où est gravé
APACHE/NAVAJO RD., puis trouver un autre panneau, je me paume un peu dans les
explications parce qu’il y a écrit .1 mile et que je lis 1 mile. C’est très
différent comme distance du coup.
On est vraiment au bout du bout de nulle part., au milieu des arbres, sur une
route caillouteuse. Mais Manu est en véritable pisteur, et on trouve l’endroit
où on dort. Heureusement, ils ont mis un gros panneau, des drapeaux en tissus.
On dort dans une ferme.


Notre voiture, qu’on appelle Fils de pute 69.
Il faut que je vous raconte cet endroit fou.
La propriété est gigantesque. Le couple qui a acheté ça, Barbara et Clark étaient respectivement prof et agent immobilier. Ils ont pris la décision de tout quitter, pour créer un endroit quasi en autosuffisance. Il y a des panneaux solaires partout, ils ont un puits pour l’eau, une mare pour les canards, un poulailler gigantesque, des chèvres pour le lait et la viande, des serres immenses, un verger en construction (oui parce que les elks du coin (élans/cerfs ?) n’arrêtent pas de venir manger les jeunes pousses d’arbres. Barbara nous explique que les elks du coin sont si grands qu’ils sautent des clôtures de presque trois mètres. C’est assez difficile de les tenir éloigner. D’ailleurs, un été, à cause de la sécheresse, Clark et Barbara ont dû dormir dehors pour les chasser et protéger leur verger. Dans les parages, il y a aussi des coyotes, qui visiblement on déjà mangé pas mal de leurs animaux compagnie (je n’ai pas demandé quoi).
Mais ce couple a indéniablement un rapport hyper équilibré avec la nature. Dans leur jardin (forêt géante), on trouve aussi deux labyrinthes spirituels. Je ne sais pas si vous avez déjà vu ça (je n’arrive pas à me souvenir où et comment j’avais découvert ça. Un livre ? Un film ? Une BD ?).
Ce sont des cailloux posés par terre, qui forme une spirale, il y a une entrée, et on marche à l’intérieur.
Je viens de chercher sur internet (oui, encore), c’est un labyrinthe crétois, la plus ancienne représentation du labyrinthe.
J’ai trouvé une mini explication :
« Le labyrinthe Crétois est lié avec la légende, le symbole et l’allégorie. C’est le symbole du parcours de la vie de l’homme. (…) La forme représente aussi la circulation de l’énergie vitale dans le corps humain(…). Le passage au centre du Labyrinthe et le retour à la périphérie qui consiste d’un voyage au centre de notre existence, (…) et finalement à la compréhension de qui nous sommes. »
Clark et Barabara nous ont invité à nous
balader où on voulait, comme on voulait. De temps en temps, on croisait un des
deux en train de bosser, ils nous expliquaient les pourquoi, leurs décisions,
leur quotidien.
Dans notre chambre, il y a aussi un classeur avec l’historique de la ferme.
C’est super intéressant. Aujourd’hui, ils fonctionnent en COOP. Quatre familles
viennent aider, et ils se partagent les récoltes. Il n’y a pas de transactions
financière. Ils ont de la visite, font de la pédagogie, reçoivent des
stagiaires, des fermiers, et ils partagent leurs expériences et refusent toute
aide gouvernementale, par conviction.
Alors tout de même, à un moment, il a bien fallu manger, alors on est allé au Général Store en bas de la colline, soit 30 minutes de voitures.
Le Général Store, c’est à la fois une station service, une super marché, un bar, une laverie, et une salle de bain.
Dans le bar, des fermiers en salopettes, un groupe du coin joue du blues pas très bien, il y a des tas d’écriteaux qui causent armes à feu (c’est légal en Arizona de se balader avec son arme. Youpi).
Un monsieur vient nous parler, c’est le patron du bar. Il nous explique qu’il vient de Phoenix, qu’avant il venait en avion le weekend dans sa propriété dans les montagnes, et qu’un jour, avec sa femme, ils ont monté le Général Store, from the ground. Il est très fier de nous raconter qu’avant, à cet endroit, il n’y avait que des arbres, et ils nous explique chaque étape et chaque ajout.
D’après sa casquette, je pense qu’il était dans l’armée. D’autant qu’il y a des tas drapeaux « Vétérans, bienvenue » un peu partout.
On cause encore un peu, Manu va fumer une clope, et me laisse là, avec Jon.
Et là, Jon, out of the blue, il me demande « What is the immigrant situation in France ». Oh lord… Alors j’ai répondu (en gros hein), que c’était bien compliqué, qu’il y avait encore bien trop de racistes en France, mais que des gens se battaient pour rendre les conditions d’accueil moins dégueulasses (en résumé, c’est chaud patate de causer politique en anglais). Bon, beh ce cher Jon m’a regardé sans rien dire, et poliement m’a dit « Ah, mon diner est prêt », et est allé manger sa pizza un peu plus loin à sa table. Huhuhu. Je crois que je n’ai pas répondu ce qu’il attendait.
Quand on est parti, il est quand même venu nous serrer la louche, avec sa femme, pour nous dire merci d’être venu, tout ça.
On va ensuite diner dans un restau conseillé par Clark. Ça s’appelle The House.
Dès qu’on arrive, on est plutôt conquis. On commande à manger au comptoir, on va s’asseoir dans le grand jardin, où il y a un bar extérieur, et un tournoi en cours de cornhole. C’est un jeu d’extérieur très chouette. Le principe, une planche inclinée, des sacs en tissus avec du maïs (ou un autre trucs genre sable) dedans, et faut lancer sur la planche d’en face pour marquer des points.
Manu va aller demander les règles précises à des gens, pour pouvoir importer ça chez nous pour les prochaines fêtes.
L’ambiance est super. Il y a un groupe qui joue des reprises, on est mardi soir et c’est plein. Des mômes, des jeunes, des vieux. Les guirlandes de guinguettes ajoutent à la bonne ambiance. On mange nos burgers délicieux, et on boit des margaritas. (j’ai honte, j’ai pris un burger peanut butter and jelly dans un élan d’ivresse, et beh, c’est super bon, sachez-le).
On rentre ensuite en haut de notre colline. On boit une bière en regardant les étoiles.
Je suis nulle en constellations, mais la voie lactée chatoie, et le ciel semble infini.




























Cette partie de votre voyage est celle qui m a le plus conquise… beautė…dépaysement extrême… enjoy …
Moins conquise par l accueil des navajos parfois
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