Réveil à 3h du matin, c’est vraiment n’importe quoi, j’ai
procédé à mon rituel douche/série, et j’ai fini par me rendormir je ne sais
quand.
On plie les gaules à 8h, et on va manger dans un des endroits conseillés dans
le classeur de notre Airbnb. Breakfast burritos ! Quand on arrive, un
policier sort avec sa boite en polystyrène à emporter. Je ne sais pas pourquoi,
mais du coup je me dis que c’est forcément une bonne adresse.
On demande à la dame ce qu’elle nous conseille, elle nous parle de la spécialité
de la maison, du cochon frit : des chicharrons. On dit qu’on ne connaît
pas, alors, elle va en cuisine nous en chercher pour qu’on goûte. C’est super.
C’est comme des lardons, mais qui crounchent, parce que c’est frit. Manu opte
pour le breakfast burrito au chorizo (un genre de soubressade en fait). Les
breakfast burritos sont plus gros qu’une jambe de bébé. Je ne vais du tout en
venir à bout, j’en mange un tiers, et je capitule. Pourtant, c’est délicieux. Avec
les chicharrons, il y a de l’œuf, du cheddar et des patates. La vie.
La matinée n’est pas fofolle, on a environ ¾ de route aujourd’hui, et il est encore tôt. On a une mission casquette pour un copain, du coup, on fait un détour par le mall pour trouver ça, deux trois tours de magasins et faire pipi et puis s’en va.
On enfourche notre véhicule, on se perd un peu pour sortir d’Albuquerque, mais
pas trop, alors ça va. Dès la sortie de la ville, le paysage commence
tranquillement à devenir épatant. Si le Texas, c’était verdoyant à vaches, là,
la terre devient rouge, le terrain s’accidente, il y a des gros rochers qui
poussent, et des collines qui se profilent.

On va faire plusieurs arrêts Outpost (les magasins avec toujours les mêmes trucs, mais aussi des toilettes). Je me rends compte que raconter comme ça, on dirait qu’on passe notre vie aux gogues. Mais il fait vraiment chaud, et on boit des litres. Dans la voiture, la clim fait sécher les yeux, faut hydrater. Le cercle de la vie du pipi.
A Laguna, on voit des panneaux FRY BREAD. C’est l’heure de déjeuner, je lis sur internet que c’est très bon.
C’est une toute petite boutique de bord de route dans un minus village, avec un très gentil monsieur accueillant qui nous explique que le fry bread, on peut l’avoir en sucré et en salé, et que les deux c’est super. Ca fait 20 ans que son père a construit cette petite maison, c’est rustique, et il n’y a pas d’eau courante. La boutique est remplie d’objets indiens (bijoux, poteries, etc…) Il nous certifie que tout a été fait par des indiens pour de vrai, pas à Taiwan, puis il file en cuisine nous faire frire notre pain.
On a prix un salé (viande haché, salade, cheddar) à partager, et une sucré, miel cannelle à partager aussi. C’est bien, c’est pas trop gros, mais c’est très très bon. On mange devant le petit magasin, et on de remet en route avant de frire au soleil, nous aussi.
On a une ville étape avec balade à la clé. Cet endroit s’appelle Gallup.
A chaque fois que l’un de nous deux dit le nom de la ville, l’autre répond « Guénonup ». (Bon, en vrai, les paroles, c’est Get up, Get on up). Ce running gag va nous tenir bien 300 km. (je me rends compte que raconter à froid, comme ça, c’est pas hypeeeer drôle, mais en vrai si.

On arrive à Gallup (Guénonup). Une grosse ville un peu perdue au milieu de pas grand chose. Pourtant on retrouve les enseignes classiques, Wendy’s, Subway, Wallmart, etc… On descend de voiture pour faire une mini balade à pinces. On trouve un des gros cowboy de la 66, et des tas de magasins où on peut acheter des bijoux en argent avec des turquoises dessus. C’est bien dommage que ce soit pas trop mon truc, parce que y’aurait de quoi faire. Dans une des boutiques, il y a des têtes de bisons empaillés, mais Manu a dit non. Genre ça prendrait toute la place dans mon salon, gna gna, tout ça. Grmbl.
On trouve un nouveau supermarché qu’on n’avait pas encore essayé, le Safeway. Il faut qu’on fasse les courses avant de partir de Gallup (Guénonup) parce que ce soir, nous dormons loin de tout. Il faut qu’on trouve de quoi manger qui peut se faire réchauffer au micro onde, ou froid, mais c’est tout. J’opte pour une soupe, des raisins et du poulet cuit, Manu se trouve une connerie au rayon surgelés. On achète aussi de la glace pour notre glacière, et roule ma poule. On ne prend pas de bière, l’alcool est interdit en territoire Navajo, et en plus il nous en reste deux de la veille.
Pour partir de Gallup (Guénonup), c’est un poil le bordel. Il n’y a pas d’adresse pour l’endroit où nous dormons ce soir. J’ai deux sets d’instructions, un quand on arrive d’un endroit, et un autre quand on arrive d’un autre endroit. En gros, ça fait un triangle avec là où nous sommes, il faut trouver dans quelle direction partir pour pas perdre trop de temps.
On reprend la 66, faut ensuite prendre la 191 nord, sur 21 miles, au marqueur 393,5, il y aura des réflecteurs, il faudra ensuite emprunter un chemin de terre, passer une maison vert olive, puis tourner à gauche au Y, et ce sera la hogan la plus à droite.
Une hogan, c’est une petite maison apache, c’est tout en bois, parfois recouvert de terre (là non).
On fait tout bien, on trouve notre petite maison, il y aussi des chats et des chiens qui nous accueillent, mais pas de gens du tout. Sur le côté de la hogan, il y a une de ces boites à clés avec un code : les lockbox, très utilisées en Airbnb. Je fais le code. J’ouvre, et dedans, une mini lampe de poche, mais pas de clé.


Allons bon. On essaye d’ouvrir la porte, c’est bien fermé à
clé. Je dois donc contacter notre hôte, j’envoie un message.
C’est Caileigh, une jeune fille qui loue ça pour aider à payer ses études
d’archi à Albuquerque. La maison vert olive, c’est son grand père, et la maison
à côté de notre hogan, c’est chez ses parents.
Elle me répond très vite (elle est à l’école, c’est lundi) très embêtée. Elle
me dit que son grand-père va arriver pour nous ouvrir, que ses parents ont dû
oublier de mettre les clés dans la boîte. Je la rassure beaucoup, nous
patientons.
Le grand-père arrive. Un vieux monsieur indien très souriant, probablement un
peu sourd. Il va voir dans la maison des parents, et revient bredouille. Il
nous dit que les autres arriveront dans une demi heure et il se barre en
rigolant.
Il fait encore jour, et comme on entend des moutons, on va les voir. On trouve aussi un chaton dans une boite, des cheveux, des poules, et les chiens nous accompagnent partout pour vérifier qu’on n’a pas des croquettes. Le soleil commence doucement à décliner, et la maman arrive, et nous ouvre la porte.
Elle nous explique que c’est une hogan de cérémonie en temps normal, qu’au sol, c’est de la terre, parce que parfois, il faut faire du feu à même le sol, et qu’un sol en bois, beh, c’est pas pratique. Pour faire du feu. Autour de la pièce, il y a des tapis, il y a bien sûr un lit, un frigo, un four micro-onde et une bassine avec un jerricane d’eau pour s’asseoir pour faire sa toilette. Les chiottes sont à l’extérieur, ce sont des toilettes sèches avec une cabane autour. Quand on fait pipi la porte ouverte, le paysage est magnifique. C’est un plus non négligeable.
La maman nous demande si on a des questions. Je dois en avoir mille, mais comme elle a dû partir plus tôt de l’entrainement de ses fils pour nous passer les clés, et qu’elle doit aller faire à diner, je ne veux pas lui prendre du temps. Je crois que j’ai paniqué, alors j’ai dit que non non, tout était super et merci beaucoup madame. En même temps, par quoi commencer ? On n’allait pas lui demander de nous faire un cours magistral sur les Apaches et le Navajos de la région.
On sort deux chaises, on s’installe face au lointain derrière la hogan et on
regarde le soleil se coucher derrière les arbres. C’est formidable.
Dans mon téléphone, je reçois un message de Caileigh qui se confond en excuses
et propose de nous rembourser la moitié de la nuité. Je lui réponds que c’est très
gentil, mais que 30 minutes, c’est rien du tout, qu’on a joué avec les animaux,
et que tout va bien, on vient de regarder le coucher de soleil. Je comprends
son inquiétude, les critiques sur Airbnb sont parfois bien cruelles. J’espère
que sa maman l’a rassurée au téléphone et qu’elle lui a dit qu’on avait l’air
content.
Une fois les formalités d’arrivée terminées, on pose nos affaires, on
s’installe.
On installe les chaises de l’autre côté. Il fait nuit, mais bien entendu, la nuit
est belle (elle est sauvage), et très claire. Cela fait un fameux bail qu’on
n’a pas vu autant d’étoiles.
On bouquine des magazines laissés à notre intention. On se fait réchauffer nos
courses au micro-ondes. On dine là, avec le bordel de la nature autour. C’est
encore un de ces moments où on se dit qu’on a beaucoup de bol. C’est de
l’énergie positive et belle à garder dans un coin pour un coup de mou de
rentrée.
On va se coucher en longeant les tapis pour ne pas mettre de
terre battue dans le lit. Pas de bruit de clim, juste le frigo qui frise un
peu. Bonne nuizzzzzzzzzzz…..







