J 9 – Du motel carbonisé à la véranda sous le soleil

Hier nous avons vu un magasin de donuts jaune, Manu part donc à la chasse pour le petit déjeuner du matin frais.
Il revient bredouille, oui, car, comme la plupart des boutiques de ces 1500 derniers miles, clé fut mise sous la porte, pas de petit dej. Le motel offre le café, très bon, c’est un beau début de journée, même si ça gargouille un peu.

Au revoir Blue Swallow Motel, au revoir Tucumcari, tu étais fort déconcertante.

Pas si loin après, on s’arrête. Un motel tout vide est tout cassé. C’est l’occasion de faire des photos, il est encore tôt, le soleil est là, mais sans cuisson.

En s’approchant, on découvre qu’il y a vraisemblablement eu un incendie (oui parce que tout est brûlé).  
Le début est inacessible, le plafond effondré, je ne peux pas rentrer. Mais pas dans les chambres d’après. Je marche dans une grosse couche de suie grise. Ca fait crounch crounch comme de la neige sale. Je n’ai pas compté le nombre de chambres en enfilade, mais il y en a un paquet. Au bout, ce n’est pas brûlé, mais il n’y a plus de toit du tout. C’est très aéré ; Je ne sais pas si c’était comme ça quand c’était ouvert, mais la nuit, ça devait être très joli.
Tout au fond, il y a un vieux poulailler. Des pneus partout par terre, les tuiles des toits effondrés, du verre cassé partout, là aussi, ça crisse sous mes baskets, je fais attention de ne pas glisser. Je passe de chambre en chambre. Le fond des chiottes est souvent bien dégueulasse je n’ai pas vérifié ce que c’était). Il reste des matelas, un peu de lecture, une tondeuse à gazon, un fatras de merdier indescriptible.

Dehors, les énormes crickets vrombissent et sautent partout. Quelles drôles de présences. Quand ils atterrissent, c’est comme si quelqu’un cognait sur un objet creux. Je sursaute pas mal, je dois bien l’avouer.
Je vais tout de même voir le poulailler du fond, il a une petite cabane accolée. Je pousse la porte du pied, ça ne s’ouvre pas, je tourne la poignée sans respirer, ça s’ouvre, et à l’intérieur, il n’y a rien, que des étagères à poules. Je me dis quand même que dans ce pays, c’est super fastoche de planquer un cadavre. Je me dis ça à chaque voyage. Les étendues sont infinies, les voitures passent sans jamais s’arrêter. Enfin moi, si je devais tuer quelqu’un, je trouve qu’il serait super, ce poulailler.

A côté du motel, le Paradise Café.
Oh, c’était plein de promesse, mais c’est aujourd’hui, tout foutu.
J’essaye d’imaginer quand les propriétaires ont ouvert. Le Route 66 à proximité, le rêve américain. La porte à côté, c’est un garage. On devait peut-être pouvoir boire des coups en causant pendant qu’on se faisait réparer sa tête de delco.
Ce sont des moments fascinants, hors du temps. Il y a mille histoire à sa raconter, une par lieu, une par pièce, une par objet. Mais il faut reprendre la route, j’espère que mes photos sur les appareils argentiques rendront quelque chose. Je verrais en rentrant.



Petit à petit, le paysage change tranquillement. C’est le Nouveau Mexique, ce sont clairement les paysages de Breaking Bad. On fait un stop essence au milieu de rien, et on prend de l’essence en 1981.

Des stop touristes dans des grands magasins à touristes, un stop Cinnabon (la chaîne qui fait des cinnamon rolls) que je n’arriverai pas du tout à manger, c’est finalement bien trop sucré. 


On avance et on voit l’infini derrière l’horizon. À perte de vue, on y est.

À Moriarty, on s’arrête dans un petit flea market. Brocante de village derrière une station essence (y’a que des stations essence dans ce pays-. Rien n’est cher, tout est inutile ou laid. C’est triste, mais c’est ainsi. On en profite pour trouver le parc de la ville avec des bancs à pique-nique pour grignoter des carottes et manger des petits sandwiches.

Ça se vallonne et on grimpe. La terre est rouge, ça donne vraiment l’impression d’avoir changé de film. Nous approchons d’Albuquerque. Il est 13h.
Pour le coup, c’est une très grosse ville. Plus d’un demi million d’habitant. On continue sur notre 66 pour arriver dans le Old Town. Manu y est déjà allé deux fois, et nous logeons pas loin. On se balade dans les magasins de cette petite place assez jolie, aux bâtiments traditionnels.



On tombe sur le Musée du Serpent à sonnette. OK D’ACCORD ON N’A QU’À Y ALLER !

À l’entrée, c’est une petite boutique, on paye (6$95) et on passe dans le pays merveilleux des bestioles incroyables.
Le musée, c’est un mélange d’objets folkloriques, kitsch, historiques et de terrariums avec de véritables serpents dedans! Je peux un peu me la péter parce que j’en connais plein. Le clou de ma joie, c’est un Gila Monster (un des deux seuls lézards venimeux au monde) qui a 31 ans (elle est née dans un zoo). J’ai toujours rêvé d’en voir un en vrai. Je m’étais même dit que peut-être j’en croiserais un en balade, mais que c’était peu probable. Je reste un moment à la regarder, je suis très émue.
Je vous ai jamais dit qu’avant j’élevais des lézards ? Si vous avez un diner de con un jour, je suis dispo.
Parmi les autres merveilles, un squelette d’ornithorynque et des crânes de crocodiles.
C’est une chouette visite, j’achète une dent d’alligator pour fêter ça.

On remonte en voiture pour trouver notre Airbnb du soir.
C’est très joli, on a une véranda pour nous tout seul, qui donne sur le jardin, avec une grande chambre et une chouette salle de bain. Je suis très contente de ma trouvaille.
Y’a comme une envie de farniente. D’ailleurs Manu va en profiter pour faire une mini sieste.

La tergiversation du diner du soir s’amorce. Je cherche en vain un endroit sympa où manger et boire des margaritas. C’est très vite lounge et hors de prix, nous optons pour la brewery voisine, bière it shall be.

Tractor brewery Co, dont un des slogans est « Get plowed ».
Pourquoi c’est drôle en français, parce que « plow », ça veut dire labourer. Voilà voilà. 😀

Il y a une terrasse, une scène à l’intérieur, un grand bar, un choix de bières impressionant, une nana sur scène qui chante Janis Joplin (Bobby Mc Gee, j’ai donc une pensée pour Steph qui l’avait chantée un jour Cab’ du uke). C’est très chouette.
Ensuite, la surprise. Un type monte sur scène, c’est un genre de soir de scène ouverte. Il explique : il va nous lire un texte inédit. Il dégaine son téléphone, et se met à déclamer.
Difficile de ne pas se dire qu’en France ce serait du flop assuré. Son texte sur l’addiction, si bien écrit soit il, j’ai du mal à voir un public de bar être attentif, et bienveillant. Peut-être me trompe-je, mais je ne crois pas.
J’avais déjà vu ça dans des séries. C’est étonnant, de le voir en vrai.

On commande des bières, et c’est au tour de la vente aux enchères. Car quand on est arrivé, il y avait des artistes en train de peindre des tableaux. Ces tableaux sont donc mis en vente aux enchères, là, tout de suite. Eh beh, ça marche à fond les manettes. Un bras qui se lève par ci, un autre par là. Le premier part à 80 dollars (si vous aviez vu le tableau en question, c’est un sacré budget), et le deuxième, 195 dollars (si vous aviez vu le tableau, je… je ne sais pas quoi dire.) Mais l’enthousiasme est là. En vrai, je trouve ça super. Il y a zéro fragilité chez les artistes, que de la joie dans le public. J’ai du mal à transposer ça en France pour retrouver la même bienveillance.

On se commande une connerie à manger et deux London Mule (délicieux cocktails avec du gin et de la ginger beer). C’est servi avec des glaçons mixés et on peut le boire avec une véritable en paille de foin. (selon la paille fournie, c’est plus ou moins pratique.)

On rit en voyant les tatouage de la serveuse, car au début du voyage, on regardait les bières dans une beer cave (oui c’est un vrai truc dans les magasins d’alcool, il y a une pièce frigo pour garder les trucs au frais qui s’appelle la Beer Cave) et sur un emballage, je vois un artichaut. Je me dis que ça doit être assez intéressant, une bière l’artichaut. On retrouve ce même dessin, stylisé différemment sur d’autres emballages au cours du voyage. Quand j’en parle à manu il a beaucoup ri. Car en fait, c’est du houblon, mon artichaut et c’est bien plus logique. _o/
Donc la serveuse a des tatouages de houblon sur ses bras, non pas d’artichauts. (je viens de faire un petit google image, le houblon, on dirait des bébés artichauts).

Ça m’a fait un peu le même effet quand en lisant le journal, j’ai découvert sur une carte la bande de Gaza. Car j’avais jusqu’à présent cru en écoutant les infos que la bande de Gaza, c’était comme… la bande à Bono. Eeeeet oui.
C’est bien, les révélations.

On rentre dans la nuit d’Albuquerque avec des bières à emporter. Il est 21h, horaire ressenti : tard dans la nuit.

Pour voir toutes les photos du jour : https://chezsib.wordpress.com/2019/08/19/j-9-du-motel-carbonise-a-la-veranda-sous-le-soleil-toutes-les-photos/

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