C’est le moment que je préfère, raconter la journée, mais il faut bien avouer qu’avec la fatigue, j’ai bien envie de me contenter d’un : « Wooh les copains, c’était génial, on a bien rigolé, j’ai mal partout, bisous. A DEMAIN ! »
Mais ça serait trop triste, et me connaissant, j’aurais déjà tout oublié, et si faut repartir dans l’autre sens, Manu va râler.
C’est le départ de Chicago, il faut quitter Arthur et Rachel, qui en plus, doivent aller travailler, car c’est lundi. On se hug fort, c’était formidable d’avoir du temps ensemble, le cœur fait pocpoc de joie.
En route pour l’aéroport à voiture. A nous la location de voiture ! J’ai réservé y’a un moment, et c’est le moment qu’on appréhende toujours un peu. Au comptoir de location, ils proposent toujours des tas d’options hors de prix, et il est arrivé que nous nous fassions un poil avoir.
Le monsieur est gentil, semble horrifié de notre choix de voiture (pas chère, minuscule, pas pratique, et vu son expression, probablement en carton). J’avais dit à Manu en arrivant qu’on pourrait certainement prendre un poil la taille au dessus, si ça ne coûtait pas mille bras. On prend le modèle juste au dessus, le gentil monsieur nous donne le modèle plus au dessus encore. J’ai beaucoup répété « We are on a budget. » Mais comme c’est américain, il nous a dit qu’on était super, et qu’on avait bien mérité une grosse bagnole.
Sur le parking, on peut choisir. Elle est chic, il y a même
des interrupteurs pour monter et reculer le siège, c’est électrique, c’est
moderne, on fait les andouilles dans notre voiture de ministre.

On sort sans encombres de Chicago et environs, on trouve La 66, on s’engage, c’est le début du voyage de route. On fait un stop à Joliet pour un café et des donuts parce que c’est important, et je sens bien que mon projet de rentrer musclée, avec 8 kgs de moins est en train de tomber à l’eau.
On fait un détour par un cimetière. Je pensais y trouver une statue du visage de Lincoln, car un guide disait qu’on pouvait lui caresser le nez et que ça portait chance. J’ai dû m’emmêler les pinceaux, parce que c’est un cimetière militaire gigantesque, et malgré les donuts, y’a plus gai pour commencer la journée. On demi tour, et on poursuit.

Premier stop typique : le Launching Pad. Un diner (rappel : prononcer dailleneur) de bord de Route 66, devant lequel est planté une statue gigantesque d’un monsieur de l’espace qui tient une belle fusée suppositoire. Dans le diner (dailleneur), au fond, il y a un musée de la Route dans une petite pièce. Manu achète une carte, et les vieux monsieur qui travaillent là sont vraiment gentils. On nous propose de l’aide, on nous sourit avec bienveillance et je me désole que ces vieux messieurs ne soient pas plutôt chez eux à jouer à la PlayStation, plutôt que de bosser encore et encore.
Plus loin, le Polk-a-dot Drive Inn. Un autre endroit où manger du gras. Je ne suis pas rentrée, j’ai fait l’andouille avec les statues du dehors. Y’a Elvis. Pardon mais c’est cool. Y’a les Blues Brothers, pardon, mais c’est aussi cool, et y’a Superman AVEC UNE CABINE TÉLÉPHONIQUE À CÔTÉ. Manu m’a patiemment prise en photo, c’était super, et les gens qui se garaient riaient, je pense parce qu’ils étaient fou de jalousie. J’ai cru entendre quelqu’un dire « I saw her in Actor’s Studio show », ou peut-être était-ce « I think I’ll have a cheeseburger ». On ne le saura jamais.
Le long de la route, il y a d’autre bout de route, de la vraie, de la vieille.
Ça fait comme des tronçons, où l’herbe fait des trous de bitume, qui sont cernés par des panneaux ROAD END.
L’historique 66 longe une autoroute. On roule moins vite que les zinzins d’à côté, mais on roule plus joli.
À Pontiac, il y a le musée de Route 66. Comme on est « on a budget », on s’inquiète un peu du tarif. Le tarif, c’est gratuit, c’est dans nos prix.
A la seconde où j’entre, une dame jette sur moi avec son sourire incroyable, et m’explique par le menu dans quoi on va on va se balader.
Les vitrines se suivent par ordre de villes qu’on traverse. Première vitrine, Chicago, deuxième, Wilmington, etc… Dans chaque vitrine, des objets de tout poil. Des menus de restaurant, des boulets de prisonniers, des clés de motel, des carottes de bitume, etc…
C’est une très grande pièce, les vitrines font le tour, et au milieu trône un minibus dans lequel un des messieurs les plus importants de la 66 à sillonné la route un bon gros paquet de fois : Bob Waldmire. Il a aussi dessiné des tas trucs en rapport avec la Mother Road. À l’étage, la dame formidable nous a prévenu, nous y trouverons les années 40. Oui monsieur, oui madame.
Arrivée en haut de l’escalier, je crois que j’ai poussé un OOOH ! émerveillé. Des mannequins en habits d’époque (années 40, donc) à ma droit, une vitrine avec des jouets anciens à ma gauche, mais le clou, l’apothéose de la joie : des pièces d’appartement reconstituées à la perfection. C’est fascinant. D’abord la cuisine (si vous lisez depuis Facebook, je vous conseille vivement d’aller voir les photos sur le blog, c’est incroyable), avec tout ce qu’il faut pour être une femme d’intérieur irréprochable, puis derrière, la chambre à coucher, et de l’autre côté de la pièce, le salon/salle à manger. Je cours partout en disant REGARDE ! MAIS REGARDE ! Mais Manu est déjà loin, il s’enthousiaste devant UNE STATION DE RADIO D’ÉPOQUE. Vieux micros, double platines, et tout le fourbi. C’est vraiment très beau.
On trouve même la buanderie, avec l’indispensable washboard, une des premières machines à laver électrique (de la marque General Electric), les produits ménagers, et un beau fer à repasser. Dans une pièce à part, il y a comme un mini théâtre, avec de quoi faire un bel orchestre.
On arrive ensuite dans une autre ambiance. C’est le musée de la guerre. J’ai traversé les pièces, téléguidée par l’angoisse. Des uniformes sur des mannequins, et sur les uniformes, des photos épinglées, avec un texte, et un QR code, pour en savoir plus sur le défunt qui a porté l’heureux vêtement. J’ai fait des photos sans regarder. Le malaise grandissait, j’ai un peu paniqué.
Je me suis dirigée vers une salle bien plus gaie, consacré au Titanic. Bizarrement, c’est moins compliqué à gérer. En écrivant, et en réfléchissant, c’est complètement idiot. Les gens de la guerre était plutôt volontaires, alors que les gens du Titanic n’avait pas vraiment signé pour l’iceberg de plein fouet. Y’a quelque chose d’un peu romantique, ce bateau pour toujours dans les eaux glacées.
En repartant, on discute avec un monsieur, qui nous parle du Cozy Dog, parce que son fils est gérant de ce restau restau (un autre truc gras à manger), il nous donne des autocollants, un dépliants traduit en français qu’il est allé chercher dans sa voiture. On repart bien contents !
On reprend la route (je risque de répéter ça beaucoup je crois). On traverse des toutes petites villes. On se demande qui habite là, pourquoi. Les maisons sont jolies, avec les lamelles de bois à l’horizontal. On croise une autre statue de monsieur très grand, mais sans suppo-fusée cette fois. Il tient un hot dog. Mais le panneau explique qu’il était censé tenir une hache. Et effectivement, en y regardant de plus près, ses mains sont super mal gaulé pour un mec qui doit tenir un hot dog. Y’a zéro conviction dans le maintient du bun. Ça aurait eu une autre gueule avec une hache.

En face, y’a un autre petit musée qui fait aussi boutique de souvenirs. Y’a personne là-dedans, à part la dame qui surveille. Je n’ai pas fait de photo, je n’ai pas osé.
On arrive au fameux Cosy Dog. Il est 17h, il est temps de déjeuner. On commande la spécialité : le cozy dog (une saucisse trempé dans de la pâte, puis frite). Manu a quand même dit « c’est pas si gras ». Il est formidable. On a aussi pris un petit bol de chili avec du cheddar et des oignons. La déco est parfaite. Les tables en formica, et partout, des saucisses s’enlacent.

Il commence à être un peu tard. On fait une entorse, et on quitte l’historique route, pour arriver un peu plus vite à Saint Louis. C’était sans compter mes cris d’orfraies car depuis l’autoroute, j’ai vu une des attractions de la 66 : un Antique shop, avec des grosses statues aux couleurs criardes. Manu a donc fait un détour demi-tour, pour qu’on aille prendre quelques photos. Le magasin fermait quand on descendait de voiture. Le monsieur nous a proposé de rouvrir exprès, c’était gentil, mais on a préféré le laisser rentrer chez lui. Je me balade dans les statues moches, il y a un autre grand monsieur, cette fois avec un t-shirt Harley Davidson, mais il est un peu loin, et surtout, le champ est trempé et mes chaussures font flotchflotch. Au revoir la dame à la jupe en tissus, au revoir l’éléphant rose, au revoir la soucoupe volante ADIEU LE DINOSAURE !
On commence à être presque arrivé à Saint Louis. C’est un rien le merdier, nos GPS font des blagues, les autochtones roulent comme des déglingos, mais on finit par atteindre notre Airbnb. Un quartier de maison de briques, on a l’appartement pour nous tout seul, le propriétaire n’est pas là ce soir. Mais il nous a laissé des pretzels qu’il fait lui même.
On file chez Target, et dans un autre supermarché, pour acheter de la soupe pour boire, et de la bière pour diner.

Il est temps de ne pas lutter contre le sommeil.






















