Hier, j’ai posé une journée pour ne pas tout à fait aller à
l’école, mais un peu.
Étaient organisées pour la première à l’école de médecine, des conférences sur
la thanatopraxie. J’ai un livre dans les tuyaux depuis mille fameux baux où un
des personnages est thanatopractrice. C’était l’occasion d’en apprendre plus,
et de me remettre sur des rails.
Le premier rendez-vous est à 10h, pour une visite guidée du musée de la
médecine. Le monsieur qui nous accueille s’appelle Nicolas Delestre, il est
spécialiste, entre autres, de l’histoire de l’embaumement. Nous sommes une
quinze-vingtaine, et je retrouve ce sentiment privilégié de quand j’ai visité
la Sorbonne pour un truc de boulot. Les trésors de Paris juste sous nos nez qu’on
ne voit jamais.
Le musée, c’est une pièce, en longueur, très haute de plafond, et très épurée.
Du bois beau, des vitrines, et des… balcons ? Bon sang, je ne sais pas
comment on appelle les promenades qui font le tour d’une pièce en hauteur. Si
quelqu’un sait, je prends, je suis sûre que c’est utile à savoir.
J’ai sorti mon cahier et mon stylo plume, je prends des notes, tout ce qu’il
raconte est passionnant. Une chronologie rapide de l’évolution de la
thanatopraxie, comment certains filous ont gagné des tas de sous avec parfois
des bonnes idées et parfois des jolies escroqueries, l’évolution des produits
utilisés, le pourquoi, les besoins, il ancre dans l’histoire et le temps les
pratiques mortuaires. Je vous jure, que c’est fascinant. Je ne peux pas tout
raconter, (j’ai mes notes, mais après je dois travailler), mais par exemple,
une des premières motivations pour avoir mis en place la conservation des
corps, c’est la guerre. Et oui. Car en charrette, ramener des cadavres à bon
port et aux familles, sans un minimum de soin, on imagine bien le carnage à l’arrivée.
C’est donc bien souvent l’armée, qui a casqué (armée, casqué, see what I did
there ?). Il se trouve que c’est en France que l’on a inventé l’embaumement
transportable, pratiquable sur champs de bataille. Aux États Unis par exemple, il
faut une table, pour vider les corps (je résume vite), alors que nous,
cocorico, nous avons inventé (bougez pas, je prends mes notes), le tube de
ponction, qui permet d’évacuer les fluides et de les mettre dans des doggy bag
à emporter. Bref, vous voyez l’idée. Matériel peu encombrant, contrairement aux
grandes tables.
La visite continue, on en apprend plus sur une table fabriquée avec un pied pétrifié,
quatre oreilles et d’autres bouts de gens. C’est étrangement très beau. Vous ne
verrez pas ça chez tout le monde. C’était formidable. Je regrette tant de ne
pas être allée à l’école, quand même.
L’après-midi, les conférences se sont enchaînées, j’ai malheureusement dû
partir avant la fin parce que j’avais kiné (mon nouveau meilleur ami). Mais c’était
intéressant d’écouter leurs problématiques de métier. Bizarrement, cela m’a fait
penser à la BD. Des disfonctionnements. Un métier un peu isolé qui ne concerne
qu’une petite partie de la population, des enjeux de formation, de financement,
de longévité dans la pratique du métier, du manque d’écoute des ministères.
Tout ça quoi.
Il ne me reste qu’à trouver un ou une thanato en exercice, qui j’espère voudra
bien me parler de son quotidien. J’avoue, je me suis dégonflée, je n’ai pas osé
aller demander.
Je m’en veux un peu aujourd’hui.
Je vous colle les photos du musée, parce que c’était fou beau.























































