J 11 : Coyote à foie jaune

Il est présentement 4H45 du matin ici, je crois que c’est un peu le bordel, mon horloge interne, et chez vous, il est 13H45.

Je vais profiter du sommeil de l’amoureux pour écrire la veille, en essayant de tapoter doucement sur les touches du clavier. Chuuuut.

Hier, il était plutôt 5h45 quand je me suis levée. On est à Flagstaff, on redort au même endroit ce soir, pas de sentiment d’urgence, c’est assez agréable. On peut même laisser les affaires en bordel autour de la valise, et surtout, oh joie formidable, je peux faire une lessive. C’était mon dernier slip propre, c’était la panique.
Je joue donc avec les machines à laver gigantesques des Etats Unis d’Amérique. C’est fou la taille de ces engins. Je ne sais pas si le modèle « appartement » existe, je n’ai toujours vu que ces énormes choses où on peut laver 27 couettes en même temps.
Je voulais vous trouver une photo de la bête (parce que j’ai la flemme de me lever pour en faire une) et je viens de tomber sur un article fascinant (je me contente de peu, il est 5h du mat’) sur le fait que ces machines ne lave pas bien, contrairement aux nôtres. Elles ne chauffent pas l’eau, car elles utilisent l’eau du robinet. Nos machines, avec la tambour verticaux, trempent le linge dans l’eau et le ressortent, ici, ça baigne en s’agitant mollement, ET ça abime le linge, et pire que tout : ça utilise 3 fois plus d’eau qu’en Europe. #funfacts

Bon voilà, je suis affreusement déçue, j’étais si contente à l’idée de pouvoir un jour ne faire qu’une lessive par trimestre plutôt que 4 par semaine. Oh well.

Toujours est-il que ce matin, quand j’ai fait ma lessive, je ne savais rien de tout ça, tout allait bien.
En plus il y a une machine à café dans notre Airbnb, je bois mon café tranquillou en attendant le réveil de l’amoureux.
Une fois debout, il va à la chasse au petit déj. J’ai trouvé une adresse qui a l’air super, et pendant que je finis d’écrire, il va chercher notre pain quasi quotidien. Non madame, non monsieur, pas du biscuits and gravy. Varions (un peu pas trop) les plaisirs.

Give me a D !

Give me an 0 !

Give me a N !

Give me a U

Give me a T

D-O-N-U-T !

(à chanter en faisant un grand écart facial en jupe courte et un pompon dans chaque main).

 

J’ai regardé leur menu de donuts en ligne. Ça a l’air super. Je note ceux que je veux (ne jugez pas le pluriel, je n’en ai noté que deux).

A son retour, je demande, fébrile : Alors ? Ils avaient ceux que je voulais (Cookies and cream et Bacon Maple syrup) ? La réponse est OUI, car le monsieur du donuts shop les fait À LA DEMANDE. Ils sont frais de 8 minutes. Ohlalala, le petit Jésus de toutes les églises de l’Utah dans une culotte de velours lavée par une machine à laver française. Sensation nouvelle ! Je retrouve ma maladie préférée : je vais en faire en rentrant.

J’adore les challenges, faire des essais, tenter de piger comment ça marche. J’ai même fait du beurre maison quelques fois, pour voir comment c’était (c’est super).

Je commence à regarder sur internet les différentes techniques en faisant MmmMmmMmm à chaque bouchée. Il n’y pas que la pâte à donuts à maitriser, il y a aussi le frosting. Faut que je creuse le sujet avant de partir, pour voir si y’a pas des trucs à acheter ici avant de rentrer et s’assurer de retrouver la bonne sensation.
Je regrette finalement de n’en avoir mangé que deux. C’est très léger, quand c’est fait maison. Hum.

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Ce matin, il pleut, le ciel est tout voilé. J’enfile un PULL et un BLOUSON pour sortir. Quelle étrange sensation. J’ai même mis un jean, c’est dire.
On va d’abord faire un tour au Mall (grand magasin) qui n’est pas très loin. On a nos habitudes, Manu va dans un magasin de casquettes et moi chez Hot Topic (c’est un magasin de fringues, gadgets en tout genre, souvent thématisés films, séries et musique). Je pourrais y passer des plombes, du coup, j’y passe des plombes.

On se met ensuite en route pour retrouver une émotion de début de voyage, le Grand Canyon.
La route est verte, ça change du rouge et du sable. On garde un œil, on fouille l’intérieur des forêts au passage, et comme on cligne peu, la clim de la voiture sèche nos yeux. Il y a beaucoup d’élans, de cerfs mulet et même des coyotes dans le coin. Ça serait plus chouette de les voir en vrai dans forêts plutôt qu’écrabouillés.

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On s’arrête une ou deux fois dans les trading posts de la route. En vrai ce sont des boutiques de souvenirs, mais y’a toujours des trucs rigolos. Le dernier visité avait de quoi remplir tout mon cabinet de curiosités, mais il paraît que je ne peux pas ramener un crâne de bison dans ma valise. Grmbl. Ils avaient aussi les sonnettes des serpents à sonnettes mais c’était trop cher. Regrmbl.

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On s’approche, les motels et autres campements fleurissent à tour de bras. Le tourisme fonctionne pas mal dans le coin.
On voit les publicités pour les différents survols du Canyon en avion, hélicoptère… Mais comme aujourd’hui, il pleut et y’a de l’orage… je plains un peu ceux qui avaient réservé, ce doit être amèrement déceptif de devoir annuler un truc pareil.

L’arrivée au Grand Canyon se fait par le dessus. Forcément. Comme le fait remarquer Manu, c’est très différent de Monument Valley où l’on s’approche petit à petit des monstres surgis de terre.
Là, on se gare sur un bête parking, y’a des arbres, c’est un peu comme une balade au parc. En remontant une allée, on voit des barrières en métal, et derrière les barrières en métal : l’immensité. Et puis le vide, et puis la terreur.
Bon sang, c’est vraiment pénible, j’essaye de prendre sur moi, d’être pragmatique, surtout à 2,50 m de la barrière en métal vissée au sol avec des rivets de 8 cm de diamètre. Rien n’y fait, je me sens happée, on va tous mourir dans un des endroits les plus beaux de la planète. Parfois, quand il y a une petite avancée de roche derrière la barrière, j’arrive, prudemment à m’avancer, petit à petit, pas à pas, en tendant le bras, et à agripper le rebord en métal, et me tirer enfin un peu plus près en retenant ma respiration. L’avantage, c’est que ça amuse beaucoup les gens qui passent. On peut échanger sur le vertige, haha, on fait des blagues haha, tout mourir, haha. C’est marrant.
La lumière aujourd’hui est très étrange à cause des orages. De gros nuages noirs font des ombres sur les creux et les bosses. On voit au loin des murs de pluie qui s’engouffrent dans les canyons. Cette ambiance est tout à fait assortie à ma terreur. J’aime bien que le paysage ait de la considération pour mes émotions. Pétoches mises à part, quelle grandiosité ! Ça mérite qu’on invente des mots. Il y a des écureuils qui cavalent un peu partout, des corbeaux qui volent au dessus de nous, et des rapaces non identifiés (ils sont un peu trop hauts pour qu’on puisse être sûr de la marque). Et puis il y a des panneaux aussi, qui disent de ne pas nourrir les animaux, du coup, on croise des tas de touristes, des graines ou du chocolat à la main qui nourrissent les écureuils pour avoir une photo super. Il y a aussi des panneaux qui disent que c’est dangereux de sortir des espaces sécurisés, parce qu’on peut tomber, et mourir (pas irrationnellement comme dans ma tête, pour de vrai, parce que c’est très haut-1800 mètres). On voit donc des tas de touristes enjamber les barrières, aller au bout du bout, à un pas du vide pour pouvoir lever les bras d’un air triomphal et faire une photo super. On voit d’autres touristes qui tiennent leurs enfants dans les bras un peu au dessus de la barrière, ou qui les assoient dessus, pour faire une photo super. Alors oui, j’ai cherché, il y a un mort pour 400 000 visiteurs par an. En 2015 : « 55 who have accidentally fallen from the rim of the canyon, 39 were male. Eight of those guys were hopping from one rock to another or posing for pictures, including a 38-year-old father from Texas pretending to fall to scare his daughter, who then really did fall 400 feet to his death. »

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Alors ok, sur le nombre de visiteurs, c’est peut-être pas beaucoup, mais quand même merde. Y’a des panneaux. Si j’étais le mec qui écrit les panneaux, je serais super énervé.

Manu s’interroge sur le fait que le vertige soit contagieux ou pas. Je dois suer la trouille et il doit être un peu perméable parce qu’il me dit que les fois d’avant où il est venu, il n’avait pas aussi peur. Il me montre des endroits où il a pu aller (des esplanades débiles au dessus du vide avec des gens qui font n’importe quoi) mais où aujourd’hui, il ne pourrait plus aller. On a l’air fin, tiens.
Mais en vrai, on profite. On jongle entre les différents viewpoints, en évitant la pluie ou en se la prenant en pleine tronche. La notion de flash flood prend tout son sens. Les gouttes de pluie font la taille de mon poing, les bords de route se remplissent d’eau à vitesse grand V, et comme c’est en pente, ça dévale de la boue rouge, il faut conduire essuie-glaces à fond les manettes.
Et parfois, une pause, une éclaircie, un arc-en-ciel. Un arc-en-ciel.
Un arc-en-ciel au dessus du Grand Canyon. Je peux bien tomber, allez : en quelques jours j’ai vu assez de paradis pour ne même pas avoir besoin d’y foutre un orteil.

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Après s’être remplis les mirettes, on reprend la route pour Flagstaff. Il y a du monde pour sortir, ça embouteille. C’est longuet. Sauf que : c’est parce qu’il y a, un peu après la sortie du parc, des cerfs mulets qui broutent tranquillou le long de la route. Ils sont beaux ! Il y en a qui a des petits bois encore velus. Et ok, je suis aussi descendue de voiture, pour les voir d’un peu plus près et faire une photo ratée avec les autres touristes qui ont survécu au Grand Canyon. Don’t judge.

What a day !

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Un peu plus loin, on s’arrête pour faire une mini balade dans une forêt. Il y a une petite boucle à faire, et des panneaux disent qu’on peut observer la nature et les animaux. Nous croiserons un écureuils et trois corbeaux, mais c’était rigolo de marcher sur la pointe des pieds dans le sentier en jouant aux indiens.
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Back in town, on va au saloon boire un coup. Je choisis une margarita à la fraise, Manu, une margarita géante classique dans une Mason jar de 32 oz. (en fait, ça fait presque un litre, on n’avait pas réalisé sur le coup oO). Elles ne tabassent pas, c’est très léger, et bon et rafraichissant (oui, ça justifie ma deuxième margarita à la fraise).

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Puis nous allons diner dans un restaurant cajun/bbq. On choisit du gumbo et du jambalaya, en petites portions. Et même là c’est trop, on finira par demander une boite pour emmener les restes (quelle excellente tradition). Le gumbo est super, le jambalaya aussi, et y’a du pain au maïs, j’adore ça !
Pour les parisiens qui voudraient découvrir le gumbo et/ou le jambalaya, il y en a dans ce restaurant du Canal Saint Martin : Two Stories.

Et à faire, c’est vraiment chouette, gros plat à partager : vous étonnerez vos convives.

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il est temps de rentrer et dormir, demain nous reprenons la route, avec du linge propre.

 

Toutes les photos : https://chezsib.wordpress.com/2018/08/22/j-11-toutes-les-photos/

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