J 7 : Sur la route, encore, encore…

Donc hier, on a crevé.

Coincés au Motel 6 (une chaîne type formule 1 – Camille, si tu me lis, c’est un peu comme notre caravane à Angoulême, avec la douche moulée d’un bloc), nous nous sommes couchés plutôt de bonne heure, plutôt pas de bonne humeur. Cette histoire de pneu crevé, c’est un brin brise-burnes. Ça tend.
Je regarde  une émission qui s’appelle Forensic je sais pas quoi, qui raconte des meurtres et compagnie. (Manu va très bien, pas de panique.) et Manu s’est endormi sur son livre. J’ai trainé un peu tard à regarder des histoires sordides et en me demandant quelle sera l’issue de cette sombre histoire de pneu.
La dernière dame que j’ai eu au téléphone m’a dit qu’à l’aéroport, il y avait une agence de location partenaire qui ouvrait à 10h30.
On se réveille vers 6h30. Cela fait un petit poil d’attente.  Le temps de se bouger les miches, on trouve un endroit de petit déj, qui en plus, reverse une partie de ses bénéfs ou de ses sandwichs à des associations, l’idée est cool. C’est copieux (parce qu’on est toujours aux USA). Le café est presque pas dégueulasse, c’est dire.
Parenthèse café : moi j’aime le café flotte. Les expressos me tordent en douze, je rajoute toujours de l’eau dans mon café allongé. Ici, théoriquement, tout est fait pour que je sois en joie, mais bizarrement : il y a goût. De trop cuit, de brûlé, de fond de cuve. C’est fou quand même. Chaque matin, c’est comme boire du pipi de quelqu’un. Mais si je n’ingurgite pas le truc, je somnole tout le jour durant. Impossible de dire si c’est psychologique ou si c’est vraiment une nouvelle addiction. Quand j’étais petite, je jalousais ce moment qui n’appartenait qu’aux adultes où ils disaient « Non mais attends là, j’ai pas encore bu mon café ». Je trouvais ça aussi fascinant que les pantalons en velours de ma tante Catherine qui faisait froutchfroutch quand elle marchait. Fin de parenthèse café de Proust.
Dans le restau il y a un jeu pas mal, à refaire de retour en France, avec des sacs remplis de mais, qu’il faut jeter dans un trou. C’est fastoche, et très rigolo.

Pour tuer le temps, on va à Target. Target, c’est le magasin multi-tout, un peu super cool et pas trop cheap. Y’a des tas de trucs : des fringues, à manger, des bidules de cuisines, d’école… Nous errons, et Manu trouve un jean super à 6 dollars. UNE AFFAIRE MA BONNE DAME. On choppe de quoi re-remplir notre glacière, c’est quand même l’option la moins chère pour déjeuner, le sandwich fabriqué sur mes genoux en roulant. HipstamaticPhoto-556217953.914575

Il est bientôt 10h15, retour à l’hôtel, car il faut virer nos affaires, et j’appelle de nouveau l’agence de location. Heureusement, des notes ont été prises dans le dossier la veille. Ils appellent l’aéroport pour nous trouver une voiture. L’agence de l’aéroport n’a plus une seule voiture de libre. Hihi. Coup de bol de la chance, juste à côté de notre motel, il y a un réparateur de pneus. OUI MONSIEUR ! OUI MADAME ! Allons donc à Big O Tire !
On se gare, un monsieur nous accueille dans la seconde. J’allais expliquer la situation, quand très gentiment, il me coupa la parole et tout en s’adressant à Manu, résuma la situation : voiture de location, Dollar ? Ok, je m’en occupe. Quand même, je n’ai pas de voiture, mais en France, à chaque fois qu’on me raconte un retour de chez le garagiste, ça ne ressemble pas à ça « Ouhlalala, mais je sais pas quand je vais pouvoir vous le faire, c’est la tête de delco, faut commander la pièce, pi j’ai du monde en moins, et ce modèle se fait plus, et…. »
Deux ronds de flan que nous sommes. ils nous fait patienter pendant qu’il appelle et gère tout comme un grand. Le seul bémol : ça sent fort le pneu dans ce magasin de pneu. Juste après le petit-déj, c’est modérément réjouissant, mais ce n’est pas très grave. Mr Pneu nous dit qu’il attend l’accord et qu’il doit être rappelé. On peut aller faire un tour en attendant.
On va chez Dick’s. Le magasin préféré de Manu, c’est le troisième que nous visitons depuis le début du périple (en plus ça nous fait rigoler que ça s’appelle Dick’s). C’est un magasin de sport, avec des tas de trucs et des casquettes. Coup de fil quand je suis au rayon « balles pour recharger mon arme à feu préférée » : c’est ok, c’est bath, c’est in : Dollar est ok, changeons la gomme.

HipstamaticPhoto-556221217.432214HipstamaticPhoto-556221235.465668HipstamaticPhoto-556221684.242047
Pendant qu’ils procèdent (40mn), on fait un tour, on mange/boit un milkshake épais, il fait chaud.
Comme on est de l’autre côté de la rue, on voit notre voiture se faire réparer, on la récupère, tout contents, en constatant quand même en regardant autour de nous sur le parking qu’on a certainement la voiture la plus petite des Etats Unis.
HipstamaticPhoto-556224012.560350
On a un peu perdu du temps avec cette affaire. Il est pas loin d’être 13h30. La route qui nous mène jusqu’à la suite n’est pas si longue (276km) mais ça limite un peu les arrêts en route.
En même temps… la route – coeur avec les doigts, comme font les jeunes – ça fait partie intégrante du meilleur du voyage. Et pendant ce roadtrip, ça se vérifie plus que jamais. Nous sommes en Utah, au revoir Saint George, et direction nord-est. On n’a donc pas vraiment le temps de faire les stop prévus, mais tant pis, car demain, on un tout petit trajet pour rejoindre notre nouveau dortoir, on pourra profiter demain.

HipstamaticPhoto-556227789.664653

Haha, blague de geek

Encore une fois, le paysage derrière chaque virage est une surprise qui fait faire Oooh et Aaaah. C’est un medley de paysages fous. Tout se décline à l’infini, comme si on avait pris des bouts de ci et de ça pour faire une nouvelle composition. « Ok, là on met des rayures sur les montagnes et du sable noir, pi là, vous me rajoutez du rouge partout, et vous me virez les plantes vertes, et de ce côté ci, faites des rigoles sympa, et n’oubliez pas de découper abrupt, oh et allez, balancez-moi une forêt géante, ça va être super. »
Ce que je préfère, c’est découvrir de loin, ce qu’on va traverser. C’est difficile de se faire une idée des textures. La vision d’ensemble d’une montagne, est très différente de l’effet que ça fait de rouler dessus.

On fait également quelques stop dans les magasins de souvenirs de la route pour y trouver des bêtises à ramener. Il y a beaucoup de dreamcatchers, de pierres utilisées pour faire des tas de trucs, des colliers, des serres-livres, des cendriers.

HipstamaticPhoto-556234490.624877HipstamaticPhoto-556234618.149924HipstamaticPhoto-556234622.142105HipstamaticPhoto-556234728.536007HipstamaticPhoto-556235111.373551HipstamaticPhoto-556235942.788671
On traverse Red Canyon, qui est -je vous le donne dans le mil- vraiment très très rouge. Il y a des tas de petits arrêts sur le bord des routes, pour faire une photo, pour ne rien faire et dire merci d’être là, et se répéter en boucle qu’on a tellement de chance de vivre quelque chose d’aussi émouvant aussi souvent par jour depuis qu’on est arrivé. Je n’arrête pas de me demander si les gens du coin voient encore à quel point tout ça est hors du commun. Plus nous grimpons dans les montagnes, plus la ruralité s’installe. Des champs, des ranchs, c’est très agricole. Je me sens parisienne à la con, parce que je suis incapable de voir à quoi ressemble ce quotidien. J’ai la tête remplie de clichés, mais dans les films, on ne montre pas la transpiration, les horaires, les impératifs pratiques, etc etc…
Les voyages remettent un peu mon tous les jours en perspective. Je ne sais plus très ce que j’ai envie de devenir quand je serai grande. Je suis perdue.

HipstamaticPhoto-556237531.730710HipstamaticPhoto-556238460.847399HipstamaticPhoto-556238753.682868Bref, revenons-en à nos vaches. Car, si on n’a pas vu beaucoup de bestioles depuis le début de ce voyage, ça commence à se remplir. De bien jolies vaches noires, avec un peu du blanc. Elles sont jolies comme tout. On aperçoit même un rapace qui plonge sur un truc (pas une vache, c’est sûr). Il y a des chevaux, bien entendu, et ce soir, j’ai vu une libellule de nuit (je ne sais pas si elle s’est gourrée d’horaire, ou si ça existe, les libellules de nuit).

On essuie quelques averses sur la route, on loupe une sortie oui, ma faute), ça fait faire un détour de 20 km. Tout est très vert. Ça change un peu. Même si parfois, par bribes, il y a du rouge sous le vert. On dépasse Bryce Canyon, que nous visiterons demain, et on se dirige cers Escalante, c’est là que nous dormons.
bizarrement, ce village me rappelle un peu Vinalès, à Cuba, en moins agité. Il y a une grande route centrale, assez large, de chaque côté, très peu de bâtiments, ce sont surtout des restaurant, et des centres d’activités pour touristes. Il y a beaucoup de randonnées dans le coin, des balades à cheval, à mules. Les habitations se trouvent derrière, de chaque côté,, mais sur pas plus de quatre pâtés de maison (à raison de trois maisons par pâtés). Ce sont principalement des fermes, ou en tout cas, c’est équipé pour.

HipstamaticPhoto-556229858.932136HipstamaticPhoto-556234019.621454HipstamaticPhoto-556235984.867203

Pour trouver notre logement, les indications du Airbnb nous font un peu rigoler : « Tournez au sud, dans la rue 200 North puis…. ». Alors peut–être aurait-il fallu regarder la place du soleil, renifler la mousse des arbres, mais faut se faire à l’idée, on n’est pas vraiment ni des explorateurs, ni des aventuriers, mais heureusement, on a une appli boussole. Hum. On trouve le sud, on tourne, on pivote, on NE SE PERD MEME PAS, et on découvre notre dodo du jour en moins de 5 minutes.
Je dois bien avouer que là, je me félicite, j’organise super bien, I’m so proud of myself. Ça déboite.
On passe une barrière en métal vert, la ferme est délimitée par des clôtures en bois, sur notre gauche, une vieille grange toute délabrée sur laquelle trône un crâne de cerf, et juste derrière, notre cabane. Elle a une petite terrasse, une première porte battante qui couine un peu, puis une autre porte, et dedans, c’est si joli. Le lit est à carreau, il y a une petite table de nuit, la pièce sent bon le bois et la lessive. Sur le côté, il y a une échelle en rondin qui permet de monter à l’étage, on peut donc y dormi à plus de deux.
J’ai envoyé un message à nos hôtes pour dire qu’on était bien arrivés, ils viennent nous accueillir et nous explique la salle de bain un peu plus loin et les autres données pratiques du lieu.
Autour de la cabane, il y a des poules et des pommiers. Il y a au moins trois hamacs suspendus deci-delà. Sur un des murs de la cabane, ils ont accroché une vieille baignoire en métal, et sur la terrasse, il y a deux chaises et une petite table. Une invitation à boire une bière quand la nuit sera tombée.
Escalante est un peu perdu au milieu de rien, c’est plutôt dans des hauteurs (je ne sais pas à combien, et il n’y pas internet dans la cabane, malgré le fait que je sois connectée au wi-fi).

HipstamaticPhoto-556244014.029706HipstamaticPhoto-556244029.499890HipstamaticPhoto-556246697.778522HipstamaticPhoto-556243996.058455
On se pose un peu, puis on demande où boire et manger. Le gentil mari de la dame qui nous a accueillis nous fait la liste de tous les trucs qu’il détestent au village, et donne le nom d’un pub et vaguement d’une pizzeria.
Au pub nous allons en premier. La serveur, Cassidy est chouette et sympa. Il y a aussi une dame, un peu plus âgée, qui nous parle un peu de la vie ici. Les mormons, la police locale, le fait de cumuler trois boulots. leurs rêves de voyage, leur 5 jours de vacances à l’année. Par contre, et l’a pas vu venir, on a bu 5 bières (pintes, certes) mais on en a pour plus de 40 dollars. On se croirait à Paris dites donc.
On va à la pizzeria (le seul endroit correct d’après le monsieur), pifou, 25 dollars une pizza. On s’en va du coup, et on va dans un restau qui s’appelle « Boots », il est tard (21H) et c’est vraiment le dernier service, on nous propose pas la carte du diner, mais la carte du « Late night ». Burger pour Manu, et Grilled sandwich pour moi, les deux sont accompagnés de bekd beans délicieux. Chez Boots, tout le monde est en bottes. Au dssus du bar, il y a des bottes. Je crois qu’ils aiment bien ça, les bottes.

HipstamaticPhoto-556247242.329560HipstamaticPhoto-556250703.521190HipstamaticPhoto-556252817.793447HipstamaticPhoto-556252828.428931HipstamaticPhoto-556253234.895482
On s’arrête pour s’acheter des bières dans un magasin où est écrit : Beer Cave. Ils ont donc un frigo géant où on peut rentrer pour choisir sa bière.
On en prend quelques unes, et on rentre à notre cabane. Finalement comme on a un peu les dents du fond qui baignent, je crois qu’à nous deux, on en a même pas bu une. Ce matin, elles sont encore sur la table au trois quart pleines.
J’ai très mal dormi cette nuit, pourtant, je me réjouissais, pas de bruit de clim dégueulasse (parce que quand même, quelle brouhaha général que ces climatiseurs), des bestioles qui font MEEEEEE, et le joli bruit de la nuit. Je ne sais pas trop, Vers 4h, insomnie débile, je me suis levée pour aller me brosser les dents (j’aime bien faire ça, ça m’aide à me rendormir) ma lampe de poche en main. Je guette autour de moi si’l n’y pas des bestioles nocturnes qui trainent, du coup, je me cogne dans une branche d’arbre, et je fais une ombre avec la barrière en bois qui me fait sursauter super fort. Ce n’est pas très glorieux.

HipstamaticPhoto-556255610.623229HipstamaticPhoto-556255620.414363

Là c’est le matin, il fait doux, c’est agréable. Une légère envie de ne pas bouger, d’écrire ici toute la journée. Mais on a des tas de trucs à faire, et il faut ranger un peu le bazar.

Bisous d’un bout du monde.

PS : Toutes les photos du jour sont ici : https://chezsib.wordpress.com/2018/08/18/j-7-toutes-les-photos/

 

Une réflexion sur “J 7 : Sur la route, encore, encore…

Laisser un commentaire