J : 10 – Maine, New Hampshire et Deliverance (avec un jour de retard)

On doit quitter notre caravane pour reprendre la route.
Je pense que c’est un des lits les plus confortables de ma vie. Manu s’est endormi en 4 secondes, j’ai un peu traîné pour finir d’écrire, uploader les photos, et écouter le début de la pluie qui cogne sur le toit.

 

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Au réveil, on sent l’odeur de la pluie passée, mais il fait déjà bon, la lumière inonde les arbres, après une douche magique presque dehors et un câlin au chat, on se décide pour une mini balade dans la forêt derrière la maison.
Au passage, on croise monsieur notre hôte. Comment le décrire ? Je pense qu’il a une toute petite quarantaine d’année. Il se déplace tranquillement. Quand il nous parle, il a toujours un air vaguement amusé, mais bienveillant. On lui parle un peu des étapes précédentes de notre voyage. Il nous demande comment était New York. Je lui raconte Sleep no more, et au moment où je décris les masques, ce que ça génère, la disparition des autres spectateurs, il rit « OH ! They should give those at Walmart ! », et il dit « It’s nice to know there’s things to do out there, cause we get bored in the wood », je souris : « I’m sure you never do ». Il a l’air content que je ne sois pas tombée dans le piège.

On va donc faire un tour dans sa forêt. Je me dis que ce doit être un papa qui sait tout, pourquoi y’a un trou dans l’arbre, quand il va pleuvoir, à quel animal appartient cette empreinte, à quoi sert une clé de douze… On l’a vu jouer avec son fils dans le trampoline pendant des plombes. Ce monsieur incarne la quiétude.
Au moment de partir, pour dire au revoir, il a dit : « You’re gonna have a happy life ». Si ça se trouve, c’est une fée, ce monsieur.

On fait un premier stop pour petit-déjeuner/déjeuner/café. Un type au comptoir parle très fort dans le « diner » avec une voix de pirate.
Il y a des biscuits and gravy, aucune hésitation. Et beh c’est pas mal, ultra poivré, on se rapproche du sud.
Après manger, on s’arrête dans les deux magasins en face de là où voiture est garée : un christmas shop pour moi, un magasin de jeu pour Manu. Je prends un quelque chose pour ma tata qui fait la collec des pères, c’est trop super.

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Nous voilà repartis sur les routes sublimes du Maine. C’est vallonné, vert à souhait. On compte les roadkills, on croise une biche des wild turkeys, et donc et surtout : des tas de trucs écrasés, plus ou moins identifiables.
Mon GPS cafouille, je m’agace un peu, mais on finit par retrouver la bonne route, et un Dunkin Donuts.

Une étape essentielle de cette journée : le disc golf. Pour ceux qui ne savent pas, c’est le sport de Manu. Pour expliquer simplement, c’est le même principe que le golf, un parcours, des paniers à la place des trous, et des frisbees à la place des balles, et des courbatures au bras à la place des clubs.
Manu a exploré les cartes de la région pour en trouver un. Nous y voici.
C’est fermé. Mais pas tout à fait. Il y a un prix d’entrée, une enveloppe, des stylos. Les insctructions, c’est fastoche, on met les sous dans l’enveloppe, on écrit son petit nom, et c’est parti. Ce serait impossible en France, ce système. (un peu comme ces magasins de bord de route, où tout reste dehors, même quand c’est fermé, c’est fou).

Il y a même une bombe anti moustique à dispo. Comme il est tôt dans la journée je me dis que ce n’est pas la peine.
Manu avait emmené des frisbees, on entame le parcours. Je suis un peu nulle, mais oh well !
Je le regarde faire sa danse de lancé, c’est très beau, il est très fort. Au début, des grandes pelouses, le panier bien visible. Il y a 18 paniers (oui, donc comme les trous au golf), et à partir du 7ème, on s’engouffre dans la forêt. Des arbres, des dénivelés font des obstacles, c’est super rigolo. Mais soudain : les moustiques. On se fait bien marave, comme disent les vieux jeunes. J’en écrabouille trois d’un coup sur le dos de Manu avec un frisbee : c’est très pratique comme objet.
Manu gagne haut la main : +11 contre +69. (oui, le plus haut score, c’est bien de la merde).

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Nous regagnons notre automobile pour continuer notre traversée des vertes vallées. Les maisons qui longent le bord des routes sont toujours aussi fabuleuses, on croise de nombreux cimetières, petits, sobres. Je crois que si je me fais enterrer, je voudrais un truc en pierre, tout pareil, plutôt que le pompeux marbre qui ne me plait pas vraiment. Le cailloux, ça va avec tout

On fait également un arrêt dans un grand espace « Antiques », je pense qu’en anglais, « antiques » ça veut « méga bordel de brocante cool ». On se balade dans les différents espaces, je rêve de ramener des bois de moose. Ou au moins une mâchoire. Manu lève un peu les yeux au ciel, et me certifie que nous n’avons pas la place. Grmbl.
Ces cavernes d’Ali Baba réjouiraient tant ma belle soeur préférée. Il y en a partout sur la route, en plus… *soupir*

On longe des lacs sublimes, on grimpe des montagnounettes, on est perdu dans les bois, le cadre fait rêvasser à une autre vie, avec plus de courgettes dans le jardin, moins de cavalcades, et donne envie de revoir certaines priorités. Il sera toujours temps de faire le point au retour.
Nous nous approchons de notre lieu de dodo du soir. C’est un coin à randonnée, et visiblement, l’hiver, à ski. L’état des routes s’en fait ressentir, il y a des trous, des failles. Au loin, on voit des pistes et des remontes pentes, mais sans la neige. Je n’aime pas le ski, mais il faut bien admettre que c’est charmant.

Alors, l’aventure commence. On suit le GPS, on passe une église, on grimpe une route qui vire chemin de terre. Le chemin de terre devient chemin de forêt. La voiture fait des bruits bien dégueulasses en raclant des cailloux et des bouts de racines d’arbre. On fait pas trop les malins, le tour à 10 miles à l’heure. On roule un moment comme ça. On croise une cascade qui vrombit, ce qui nous permet de nous détendre 3 minutes le temps de faire « OooOooOooh », on a même éteint la musique, c’est dire si on crispe.

Au bout de cette route perdue dans les bois, une barrière : on ne peut pas aller plus loin. Et soudain, dueling banjo, on flippe. Huhu, non, en vrai, je sors de la voiture, pour continuer de suivre le GPS, mais à pied, en me disant que c’est vraiment trop bizarre ce chemin bizarre.
Bien entendu, ça fait 4 km qu’on a plus un poil de réseau. Bonjour les aventuriers.
Je m’engage sur le chemin, j’écoute la forêt en pensant encore une fois à mes lectures sur les tueurs en séries. Décidément, il est temps que je me mette à Barbara Cartland.
Ce que je cherche ? Une yourte. Notre Airbnb du soir, est une yourte.
Plus loin sur le chemin, je vois un tipi sur la droite. Je passe la tête, à l’intérieur, je constate : une étagère avec des livres, un plancher, un tapis de sol. Hum. J’ai vu des photos, c’était bien une yourte sur les photos, pas un tipi. Je poursuis un peu plus avant sur mon chemin, et je tente un truc : j’ouvre mon appli Airbnb, et j’avais bien laissé en place les notes de nôtre hôtes sur comment venir.
Si seulement j’avais regardé avant. Le GPS nous a amené via la mauvaise route (SANS BLAGUE), je rebrousse chemin, je cours un peu pour que Manu ne s’inquiète pas trop. Ça va, il ne s’inquiétait pas trop.

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On repart du point indiqué dans les instructions, un peu avant l’église, le Stow Corner Store. Epicerie, glaces et bières.
Là où nous avons pris le chemin de terre à gauche, il fallait prendre le chemin de terre à droite. Finalement, c’est un peu le même bordel, en un peu mieux entretenu mais pas tant. On roule doucement, penchés, le nez dans le pare-brise en comptant les bosses.

En haut de la colline, oui, parce que ça grimpe en plus, il est dit qu’il faut se garer devant la grange, et qu’il nous reste 5 minutes de marche, et qu’on peut utiliser une brouette pour porter nos affaires. Bon bon, bien bien.

Autour de la grange : une vieille caravane pourrie et dépourvue de porte, un champ gigantesque, avec une scène de concert, toute de bois construite, une autre caravane plus neuve au fond du champs. La grange est elle aussi grande ouverte, et est remplie de bordel, de matos de concert, de pompes à essence, d’outils, tout ça tout ça. On explore un peu plus, avant de s’engager sur le chemin qui doit nous mener à notre lit. Il est 19h, il fait encore jour, ça va.
Derrière la grange, une douche ouverte aux quatre vents. Les tuyaux qui amènent l’eau à la douche sont plongés dans des grands containers en plastique. Ah oui, et sur le côté de la grange : des toilettes sèches. Le saviez-tu ? On m’a toujours dit que ça ne sent pas, les toilettes sèches. J’ai ouvert la porte, et bien sachiez-le : ça daube grave.

On s’engage sur le chemin à pied, comme indiqué. C’est plutôt à 8/10 minutes de marche, et non pas 5. On est sur le même chemin que j’ai pris tout à l’heure, mais dans l’autre sens. On s’est effectivement trompé de peu. On arrive au tipi, il faut le longer, aller un peu plus loin et la voilà : la yourte.
Il y a également deux chaises, deux petites tables fabriquées maison, un feu de camp éteint. La yourte est magnifique. C’est le monsieur qui l’a construite. Justin, qu’il s’appelle. Beh c’est du beau boulot. Pour y grimper, des rondelles de troncs de différentes tailles forment un escalier. On ouvre la porte, ça sent délicieusement bon le bois. Un matelas gonflable, posé sur un canapé lit déplié, une chaise, un radio K7, un coffre en bois.

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J’ouvre le coffre en bois, et beh non, y’a pas de draps. Nulle part en fait. Encore moins planqué dans le radio K7. On n’est pas fragiles, mais là quand même, on est mitigés. On sourit nerveusement. Pas d’électricité, of course. Et les ampoules pour éclairer la pièce qui se rechargent au solaire n’ont pas été rechargées. Une seule fonctionne, celle qui marche à piles.
A la guerre comme à la guerre, mais allons manger avant de réfléchir vraiment à comment on va se dépatouiller sans draps ni couette.

On redescend le chemin compliqué, jusqu’au Stow Corner Store, qui se trouvait, souvenez-vous, un peu avant l’église.
Manu va voir s’ils font à manger : OUI !

La dame nous accueille, nous explique tout bien, qu’elle s’est installé ici il y a 7 ans, qu’au début, ils ne proposaient que trois sortes de coca, mais qu’aujourd’hui, c’est son mari qui fait à manger, et qu’ils sont très contents. Elle nous fait l’article sur quoi diner.
Manu opte pour un « Steack and cheese loaded » et moi, un « Seafood Chowder ». Comme on n’a pas internet, impossible de savoir ce que c’est, mais hé, elle a l’air de dire que c’est super.
On s’assoit sur l’unique table de cette petite boutique, la dame nous fait la conversation, et soudainement, le diner. Deux pains grillés pour Manu rempli de viande dégoulinante de sublime sauce, moi, c’est un genre de soupe de lait, avec des patates, du homard, du haddock, c’est DINGUE. On mange en faisant MmMmmMmmm. Je goûte le sandwich de Manu, je pense, sans exagérer que c’est le meilleur sandwich que j’ai jamais mangé.
On explique à la dame où on dort, mais qu’on est un peu embêté par le manque de drap. On raconte ça en rigolant, elle a l’air de bien connaître notre hôte. Je la vois même lever un peu les yeux au ciel.
Elle nous propose des draps. On refuse poliment, elle insiste, nous dit qu’il va faire 52°F cette nuit, donc 11 degrés, et qu’en plus, dans la forêt, c’est très humide. Manu militari, elle va nous chercher des draps, on se confond en remerciements, et en compliments nourrituresques. J’achète un gallon d’eau, pour les différentes ablutions, des bières pour les mêmes raisons, et une part de cheesecake, à laquelle la formidable dame ajoute de la compote maison.

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Je dois bien avouer qu’on remonte dans la voiture excessivement heureux de ce joyeux destin.
On retourne sur le petit chemin qui sent les cailloux, une fois arrivés à la grange, on tri nos affaires, on prend le stricte minimum, Manu prend même un pull, c’est dire.

Je trimballe le paquet de draps, Manu le reste, on s’installe, on fait un feu. Il est 20h, il fait nuit noire. Les étoiles sont autant de trous dans le drap sombre du ciel. On regarde le feu, on boit nos bières, je regrette un peu de ne pas avoir une cuillère en bois pour manger des fayots directement dans la boite. A un moment, l’amoureux réalise qu’il a oublié ses clopes dans la voiture : il doit donc faire l’aller retour, et me laisser seule dans la forêt. Une fois toute seule, je me sens un peu comme dans Walking Dead d’un coup. A priori, là, je sais qu’il n’y a aucun danger, à part peut-être me faire charger par un moose, ou croiser un putois de super mauvaise humeur. Mais se retrouver dans un monde où la nuit n’est que bruits inidentifiables, c’est un peu angoissant. Manu revient, il a entendu des cavalcades quand il marchait sur le chemin. On se dit qu’on a une hache à portée, si besoin. On alimente notre fin de feu avec des brindilles, pour refaire des flammes brèves et de la lumière.

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On se couche, il reste un peu de batterie dans l’Ipad, alors on regarde le début de American Gods. La yourte sent bon, on a très froid dès que notre couverture se soulève un peu. J’ai bénis la dame du Stow Corner à moult reprises. Je me suis réveillée pendant la nuit pour faire pipi, personne ne m’a mangée ou découpée en morceaux, comme quoi, c’est n’importe quoi les films américains.

Manu s’est levée aux aurores de 6h, il n’a pas vu de bestioles, j’ai fait la grasse matinée jusqu’à 8h30.
On remballe le bordel, au revoir la yourte, et on se rend au Stow Corner pour le petit déjeuner…

 

 

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