Réveil brumeux, certainement tous les citrons du rhum d’hier. Petit déjeuner avec les œufs, le fromage, le jambon reconstitué, les fruits délicieux et ceux qui sentent bizarre. Cette petite routine matinale est chouette. Je bois mon café. La si gentille dame prend aussi un air catastrophé et amusé en me tendant le thermos parce que j’ai encore une fois demandé plein d’eau, et elle aussi, trouve que c’est une drôle d’idée.
Et là, la bulle, le mal, le boyau tordu. Je file en souriant, tendu, aux toilettes, et c’est affreux. C’est comme si mon café chaud avalé il y a trois minutes s’expulsait de lui même, vivant, avec des aiguilles mouvantes en rab. Oh je geins et souffre. La magie de la romance s’arrête aujourd’hui. Manu va m’entendre, forcément. Assise dans ma salle de bain verte, je chouine en me vidant. Je pense au mot tourista en sirotant du smecta.
Ça dure au moins deux heures.
La famille qui nous accueille s’inquiète de ne pas nous voir partir en vadrouille. Manu qui fait parfois des tours dans la cour leur dit que je suis malade, la maman me fait un thé chaud. Je me repose un peu.
On décide de tenter le coup, d’aller faire un tour sur les cayos, c’est pour ça que j’ai choisi Remedios, c’était à côté, sans non plus se coller dans un grand complexe hôtelier cher et moche. Il y a une quarantaine de km qui nous sépare des iles, mais surtout, le plus rigolo, c’est que c’est relié au « continent » par une route posée sur la mer.

Petit point de contrôle avant de s’engager sur le Pedraplén. Les soldats vérifient nos passeports, on se fait un coup de chaud parce qu’on a oublié le contrat de location de la voiture, mais ouf, on nous le demande pas.
Je gargouille, mais ça va à peu près. On roule sur la mer. C’est complètement fou et beau. Il faut qu’on pense à trouver comment ils ont bien pu construire un truc pareil.
Arrivés sur les cayos, on croise des flamants roses : quelle drôle de bestiole.

Les plages ne sont finalement pas si facilement accessibles. Il y a des gros hôtels, disséminés, et l’accès aux plages se fait en payant un forfait tout compris (60 CUC, merci bisou). En demandant dans un des hôtels, on nous indique qu’un peu plus loin, on peut accéder à la mer, sans payer. Effectivement, on gare la voiture sur le bord de la route, il y a un petit accès entre les buissons. Depuis que nous avons traversé la mer, nous n’avons pas croisé beaucoup de voiture, l’hôtel où le renseignement fut pris semblait désert, c’est complètement le cas de la plage. Au diable les maillots de bain, courons nus dans les vagues ! La chaleur est écrasante, mais le vent du large nous sauve de l’autocombustion. Le sable est tout blanc, la mer est toute bleue, mon ventre est tout cassé. Et d’ailleurs, je sens l’eau salée qui me brûle je vous laisse deviner quoi. Oui c’est sensible. Hum.

L’enthousiasme passé, la maladie me rattrape, mon intestin me parle, il se couple avec un début d’insolation. C’est pas la pépêche. On décide de rentrer. Je sombre dans une torpeur douloureuse. Je ne vois quasi rien du chemin du retour.
On tente vaguement de trouver un truc à manger dans le petit village qui précède notre petit village. Au premier freinage de voiture dans le bled, on nous taxe des thunes en huit secondes, manque d’énergie, on se casse de là. Arrivée à la casa, la maman me propose de me faire du riz. Elle me l’amène sur un plateau dans ma chambre où je gis en boule. Manu est parti manger un sandwich, paraît-il assez mauvais et est revenu se coller contre moi pour me réconforter.
À 18h30, nous émergeons. Et bien ça va mieux. On sort faire un tour, après avoir rassuré la maman si douce de mon état. On boit un verre, on wifite, on cherche où diner.
Sur la terrasse, trois musiciens jouent des chansons traditionnelles. Ils sont vraiment très forts. Les harmonies des voix sont à tomber, la guitare impeccable. Ils viennent nous voir, et nous demandent si on veut choisir un morceau. Manu demande « Dos Gardenias » (je vous invite à aller écouter cette chanson formidable si vous ne la connaissez pas déjà). Aux premières notes, les poils, aux premiers mots chantés, j’ai tout moi qui se serre de bonheur, et du coin de l’œil, je vois que Manu aussi. C’est difficile de s’ébrouer et de revenir à la normal après un moment pareil. On regrette si fort de ne pas avoir enregistré.
Le restaurant indiqué par internet est inconnu de tous les autochtones, on se rabat sur le gros hôtel colonial de la place qui fait aussi restau. Et bien on a mangé exactement la même chose que dans les casas. Une salade, concombre, avocat, des haricots noirs, du riz, des crevettes, et voilàààà. En revanche, le décor vaut le détour, on a l’impression d’être dans la salle à manger du propriétaire. Dans les meubles, des bibelots de grand-mère. C’est très catholique aussi, comme ambiance. Jésus dine avec nous.

On rentre, il n’est pas tard, mais demain on a de la route.
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