Un titre un peu racoleur, certes.
Ce matin, au réveil, Manu semble avoir de la fièvre, son dos est rouge comme un truc super rouge, et chaud comme un truc super chaud. Il a mal partout. Bref ça ne va pas fort fort. Nous avions prévu de faire du cheval ce matin, c’est déjà réservé mais cela ne semble indéniablement pas judicieux qu’il y aille. On tergiverse un peu, et finalement, on décide que j’y vais toute seule comme une grande. Le petit déjeuner est prêt, j’ai précisé hier que je voulais du café avec plein d’eau, Aliuska est catastrophée, et me dit que certainement le plus mauvais qu’elle ait préparé de toute sa vie. Il est formidable ! On mange des œufs, du fromage et ce drôle de jamon rond reconstitué et un peu gras. Il y a des fruits, encore ces foutus fruta bomba qui proutent. Je retente de goûter, au réveil, c’est comme manger un égout aux couleurs chatoyantes.
Il est 9h, le cowboy du jour passe me prendre. On part donc tous les deux en vélo-taxi, un gros tricycle avec un toit, qui semble excessivement fatigant à conduire. Zéro optimisation du coup de pédale. On traverse la ville. Trinidad est très différente de La Havane, encore plus de Vinalès ou de Playa Larga. Les routes sont pavées, c’est très chaotique. Dans le Routard, il était dit de jeter un œil à l’intérieur des maisons, en lisant, j’avais trouvé ça plutôt grossier comme suggestion. Mais en passant devant les maisons, le regard traine… Là aussi, c’est hors du temps, le mobilier semble ne jamais avoir bougé. Il y a souvent des rocking chair, des vieilles photos, des lustres un peu fou. Les maisons sont de toutes les couleurs, les gens semblent plus détendus ici, quelques sollicitations, mais ça va.
On arrive devant le coin des chevaux. Je m’inquiète de savoir sur quel genre de groupe d’autres touristes je vais tomber. Je monte sur mon fidèle destrier, et on dirait bien que je suis mon propre groupe. Je pars donc seule, avec cowboy. Cet homme là n’est pas épais, trois de ses dents de devant sont en or, il a un vrai chapeau de cowboy, des bottes à éperons et il ne parle pas du tout ni français, ni anglais. Nos échanges se limitent à « Que es ? » quand je veux savoir le nom d’une bestiole, et lui me dit droite ou gauche en espagnol. La balade se fait au petit trot tout du long. Au début, j’ai voulu faire ma maline, genre je sais faire du trot en levé. Il s’est avéré qu’au bout de 8 minutes, j’ai capitulé du muscle pour laisser mon fessier tapoter en rythme sur la selle en cuir.
Le paysage autour de nous est fou. Des montagnes verdoyantes, des champs encore plus verts, des papillons jaune fluo, des grosses vaches, des rails désaffectés. Cowboy met de la musique avec son téléphone. L’immensité a une bande originale, il chantonne, et de temps dit « Caballo ! » ou « Lady » quand il veut me montrer quelque chose. Je profite de ce presque silence, je m’émerveille en souriant beaucoup.
La balade a un but, mais j’y viens.
Transitons par le côté marketing de l’affaire.
La balade est longue pour aller là où nous devons. Il y a des arrêts.
Au premier stop, un genre de restau au milieu de nulle part, où l’on s’arrête. Sans conviction, il m’amène à un genre de pressoir, me montre des bâtons de canne à sucre, et, lui et un collègue presse le dit bâton une première fois, le plie, represse, et encore un coup. Le jus s’écoule dans une rigole en métal, le tout dans un seau. Le seau sert ensuite à remplir le broc de la serveuse, et bien entendu, on me propose un verre, avec ou sans rhum. Je prends sans, il est 10h du matin, c’est tôt quand même. Je prends aussi une bouteille d’eau, parce que je suis une grosse gourdasse, j’ai oublié d’en prendre une avec moi. Alors j’essaye d’imagine la scène avec un groupe, avec des gens qui font « aaah, ohhh », ça c’est un peu pathétique, et je raque donc, mon verre et ma bouteille. Normal.
On renfourche nos caballos. La balade se poursuit dans le merveilleux, mes fesses tapotent toujours, mes coups de soleil sont contents de se faire entretenir, tout le monde est content. On passe même devant la maison de mon accompagnateur. Une toute petite maison dans la montagne, tout en
Ah, on s’arrête encore. Un comptoir improvisé, là aussi, au milieu de rien, mais à l’ombre, avec des petites tasses à café, et des bouteilles de miel disposées tout autour. Je suis invitée à m’asseoir, le monsieur du comptoir en feuilles de palme commence son spectacle. Qu’il interrompt assez vite, car un groupe arrive. Je préfère, cela m’évite d’être le centre d’attention. (Une américaine bondinette fait partie du groupe fraichement arrivée, elle se fera appeler Shakira par le monsieur sans cesse. Je l’ai échappée belle).
Il nous fait sentir le café en grain torréfié, puis en jette dans un grand pilon, s’assoit, et pilonne en chantant. La foule fait « aaah, ohhh », et il demande qui veut un café. « Light ? Medium ? Strong ? » Il explique que c’est sa plantation, que c’est super, tout ça tout ça. Et aller. Va pour un café. Il demande si on en offre un à notre guide. Le groupe procède, et moi aussi, bien entendu. Cowboy boit son café, j’achète du miel parce que je regrette de ne pas l’avoir à Vinalès. Ceci était donc l’étape 2 de « je paye partout où je vais dans la montagne. »
On continue la balade, et tout les CUC dépensés s’effacent. En fait, je préfère jouer le jeu. Ça se tient, c’est judicieux, tout est moyennement subtilement amené, mais tant pis. Et puis en plus, en vrai, je culpabilise un peu d’être toute seule, je me dis que je paye la balade pour un, alors qu’on devait être deux, je me dis que y’a des commissions, des arrangements entre les arrêts et le cowboy, donc je préfère dépenser un peu, pour compenser. Les autres cowboys croisés ont des groupes de 4 à 8, ce n’est pas rentable pareil…
La balade continue, vers 11h, on arrive à destination. Le Parc nationale, on gare les bouzins, et je comprends qu’il faut payer l’entrée du parc au monsieur, et paf, 9 CUC. Au final, cette balade pas très chère à cheval commence tranquillou à douiller du portefeuille.
Je paye donc. Cowboy m’indique un chemin qui longe un filet d’eau. C’est pas là que je dois marcher.
Je m’enfonce dans la forêt, c’est silencieux comme une forêts, et je suis toute seule. Je pense que ça dure 8 minutes, c’est très long, j’ai cru que je m’étais perdu. Mais j’entends de la musique, le bruit de l’eau s’intensifie, je tourne, et la voilà : la cascade. Alors, je ne suis pas toute seule, c’est sûr. Mais ça m’est complètement égal. C’est beau beau beau. Il y un genre paravent chiotte pour se changer (je suis quand même un peu étonnée de voir que des gens se sont dit « Tiens je vais chier là, en écoutant la cascade ». Je m’éloigne un peu, je me colle en maillot de bain et dans un paréo, je garde mes converse pour m’approcher, parce que les rochers sont coupants et glissants. Cowboy est arrivé entre temps, il me fait signe de lui confier mon sac. C’est cool parce que y’a plein de monde et c’est un peu la foire à la tong. Quelques un de ses collègues me proposent de les épouser, ou me jettent des « preciosa » quand je passe pas loin.
Je me jette dans l’eau fraiche. En haut à gauche au dessus de moi, des grottes, des stalagtites, et à droite, la cascade, l’eau se rue vers nous. Je m’allonge sur le dos, je fais l’étoile d’eau claire. Les sons autour de moi n’existent plus, je regarde le ciel et les arbres, je profite de la fraicheur, je regrette que Manu ne soit pas avec moi, mais je me console en me disant qu’il se repose, et que la balade est nettement plus trash qu’à Vinalès, et qu’il n’était pas du tout en état.
Je discute avec une gentille dame, qui vient de Suisse mais qui vit en proche banlieue parisienne. Je reste une petite heure à barboter en évitant les propositions de cocktails mais en écoutant le guitariste, qui bien entendu, chante du Buena Vista Social Club.
Je me rhabille et cowboy me précède sur le chemin du retour pour retrouver nos chevaux. Il va vite, j’ai un peu peine à suivre, et je me méfie de mes chevilles bancales.
On se remet en selle, on rererererepart.
Rha, on s’arrête encore. Encore un restaurant, on m’amène la carte pour déjeuner. Là non, flute, j’arrive à dire en espagnol que je veux juste boire quelque chose, et pas manger. Je choisis une canchachara, en me disant que rhum et soleil font forcément bon ménage, vu que tout le monde en boit ici. Je sirote mon truc, seule dans le restaurant. Je ne sais pas trop quoi faire pour avoir une contenance. Là encore, c’est un peu ridicule. À plusieurs, ç’aurait été l’occaze de débriefer la cascade, le cheval, tout ça. Je ne sais pas très bien être toute seule. Les faces à faces avec moi ne sont pas mes moments préférés. J’ai l’esprit qui s’éparpille et qui s’angoisse. Cowboy attend, dans un coin, c’est vraiment trop bizarre. J’essaye de ne pas boire trop vite pour éviter de me vautrer de mes étriers, et je vais faire pipi, car je n’ai pas une confiance cinglante dans mon périnée. Vamos.
On termine la virée. Je regrette de ne pas avoir osé demander à faire du galop. On a fait du trot non stop, et je crois que j’aurais bien aimé faire un peu yihaa.
On arrive, nous sommes partis 4 ou 5 heures. Il m’amène au taxi vélo, qui est « not included », of course. Je le paye lui, et le vélo taxi me ramène à la casa.
En vrai, c’était que bien, j’ai fait le plein de beau et de branches en pleine poire, c’était si formidable.
En rentrant, Aliuska me dit que Manu est sorti faire un tour, et qu’il va mieux. Elle lui a trouvé de la lotion après solaire, et il a beaucoup dormi. Wouhou !
On se retrouve, je lui raconte, mon amoureux est réparé, c’est parfait. Il n’a toujours pas la bonne couleur au dessus de ses fesses, mais bon.
Petite pause, petite douche.
Les coups de soleil de mon arrière train ont eux, moins aimé la balade de ce matin. C’est rouge, avec par dessus des taches rouges. Oh je ne vous cache pas que ce n’est pas très heureux. Dès que je m’assoie, je pousse un petit cri surpris.
On va faire un tour dans la ville. C’est très à part, ça ne ressemble à rien de ce qu’on connaît. On tente de trouver des souvenirs à ramener, c’est une quête qui semble vaine. On s’arrête pour que je mange une crêpe (il est 16h, mon petit déjeuner est loin, et j’ai déjeuner au rhum), on prend tous les deux une pina colada, moi sans rhum, Manu avec, c’est pour le goûter. On se perd un peu dans les rues, on fait un stop à la Casa de la Musica, un groupe commence à jouer, c’est super. On reste quelques morceaux, et on retourne refaire une pause à la casa parce qu’il fait vraiment chaud dehors. Caliente.
Excursion sur la place wifi pour poster les deux jours manquants. Manu me laisse sur mon banc pour que je poste, pendant ce temps, il va dans le grand hôtel pour acheter deux nouvelles cartes de wifi. Absorbée par mes corrections, et uplaod pénible des quelques photos, je ne vois pas le temps passer. Je lève les yeux, ça fait 20 minutes que Manu est parti. LA PANIQUE. Je remballe le matos, je tourne autour de la place, je cherche dans mon traducteur de téléphone comment dire « J’ai perdu mon mari ». Tout ceci est absurde. Je l’imagine kidnappé, ou parti en colère pour une raison que je ne m’explique pas. Je me dis que je vais demander dans l’hôtel si ils l’ont vu. Et là, c’est moi qui l’ai vu la première. Au bar, en train de discuter avec un jeune type qui a l’air sympa. J’ai un peu gueulé, secouée par la trouille. Il boit un pastis parce qu’il fallait consommer pour acheter une carte de wifi. Il a l’air de trouver mes pétoches plutôt marrantes. Hmmpf.
On discute un peu pas longtemps, et on se rentre, ce soir, on dine à la casa. C’est très bon, des crevettes à l’ail, de la courge marinée à l’ail, une soupe de haricots noirs au porc, et un flan au caramel en dessert.
Manu va se reposer un peu, je reste sur le toit de la maison allongée par terre pour regarder les étoiles. La maman d’Aliuska m’amène un coussin et une petite couverture pour que je puisse m’allonger dessus. Elle reste avec moi quelques minutes, le temps de parler des étoiles, et elle m’explique en espagnol les différentes formes de la lune.
Je reste là une quarantaine de minute. Je réfléchis au retour, à Paris. J’ai l’impression que le temps passant, je ne supporte plus les malentendu, les conflits, les angoisses, je fuis les déséquilibres. Le retour m’inquiète beaucoup. Le travail m’inquiète beaucoup. Tout m’inquiète beaucoup. Voilà pourquoi il ne faut pas que je passe trop de temps avec moi.
Je retrouve Manu qui profite de la clim. On rigole en regardant le miroir accroché au plafond de notre chambre, et on se demande si cela peut avoir une autre fonction que de se mater faire du sexe. Si vous avez une idée…
Manu est ressorti, le caballo ayant eu raison de moi, je suis restée à absolument rien faire sous le ventilateur et la clim.
Il est rentré tout content, j’ai compris dans un demi sommeil que les gens étaient formidables, que la musique était formidable, il avait l’air tout ému.
Toutes les photos :
La canne à sucre pressée. (un peu encombrant dans une cuisine)






















































