La nuit est toujours un peu compliquée, c’est là que je tousse le plus, la clim sèche tout mon intérieur. J’ai surtout peur de réveiller tout le monde. Je m’enroule la gorge dans les draps et le matin arrive doucement.
C’est toujours Manu qui se lève le premier, je le rejoins peu après. Le petit déjeuner nous attend, c’est encore une fois formidable. Du saucisson à l’ail, du fromage, des œufs brouillés, des fruits, des petites galettes, du jus de mangue, et comme j’ai dit hier que je ne buvais pas mon café fort, Mayra a fait exprès, je le vois, de le faire très léger. Bon, comme je suis une méga chochotte du café, je rajoute de l’eau quand même.
On se prépare, on nous a dit de mettre un pantalon pour faire du cheval. John Juanos vient nous chercher en moto, on le suit en voiture jusqu’à ses chevaux, chez lui.
Il nous dit qu’on attend d’autres français.
Oh ça, ils sont français… Un groupe de jeunes toulousains, j’ai l’impression d’être au zapping des émissions de téléréalité. Celle qui a la chiasse et qui fait la gueule, la snob, le type au chapeau de paille qui fait beaucoup de selfies, la linotte mignonnette, celle qui sait, et deux gros cons. Alors non, ce n’est pas tellement mon genre, cet agacement, mais… oh si, je vous jure, c’était compliqué.
Ils ont râlé non stop. Mon cheval ceci, oh le lac c’est pas un lagon, oh mais j’ai plus de crème solaire, pfiou il fait chaud, ah mais j’ai mal au cul, on aurait dû faire du quad, c’est moins beau qu’’à Trinidad, c’est encore moi qui porte le sac… etc etc.
J’avais envie de me lever sur mes étriers et de leur hurler « OH EST QUASI AU PARADIS LES MECS ! TOUT EST BEAU ! Y A DES VAUTOURS ! MAIS TA GUEULE MERDEUH. » mais j’ai tâché de faire de l’effort, j’ai souri, Manu aussi, comme deux beaux hypocrites, tout en espérant qu’un vautour vienne leur crever les yeux.
Disons que ça allait, jusqu’à ce qu’à un moment de trot un peu sauvage, mon cheval colle un peu celui de la pimbêche qui a dit « Oh mais faut contrôler ton cheval un peu, rhooo. »
Me faire engueuler en vacances ? Alors que je suis sur un cheval ? Qu’effectivement je ne sais pas diriger ? Non, on n’est pas au prix Hermès hein, merde.
Fin de la parenthèse connards, comme ça, je n’abime pas le reste de l’histoire.
On se met en route. Des petits chemins de terre rouge caillouteux, on marche les uns derrière les autres. Les étriers de John Juan font cling cling, le soleil cogne fort fort, et autour de nous, du merveilleux à parte de vue (enfin, jusqu’au montagne, parce que je vois pas derrière les montagnes).
Mon cheval est formidable. Quand il me l’a donné, JJ m’a dit « Semi automatico ». C’est vrai, elle suit, sans écart, je suis super détendue. On a beaucoup de chance d’être là.

On fait un premier stop dans une ferme de cigare. C’est une visite pour touristes, mais c’est génialement intéressant. On nous explique quelles feuilles de tabac servent à quoi. Quelles feuilles pour telle ou telle qualité de cigare, le moment de la récolte etc.
Ils nous expliquent aussi que le gouvernement prend 90% de leur récolte, et laisse 10% aux paysans. Les 90% du gouvernement sont traités chimiquement pour la conservation, les cigares des fermes sont 100% naturels, bio, et délicieux. Car oui, après un an d’arrêt de clope, j’ai fumé aujourd’hui, un cigare dont le bout a été trempé dans du miel, et pas n’importe lequel, du « ground honey ». Si j’ai bien tout compris, les ruches sont dans la terre, c’est du miel de fleurs blanches et jaunes (citronnier, tabac, canne à sucre). Il est doucereux, pas du tout âpre, et se marie merveilleusement avec l’odeur du tabac. Je fume et c’est bon. Ils nous expliquent comment les cigares sont roulés à la main avec une démonstration (sans les temps de séchages), et nous proposent bien entendu ensuite d’en acheter, on procède, on est content.
On continue la balade à chwal.
(je fais une pause de deux minutes pour vous dire que je suis présentement sur la terrasse de notre casa, une poule avec ses 5 poussins qui passent devant moi en faisant piou piou, c’est trop bien).
Next stop, la ferme de café. Pareil, on nous explique la torréfaction à la main, on boit un coup avec du rhum et puis on achète du rhum qui n’est fabriqué que dans la région parce que c’est une goyave spéciale du coin et on ne boit pas une goutte de café dans la ferme de café. Je pense que tous les prétextes sont bons pour boire du rhum ici. Ces vacances sont épatantes.
De retour sur nos chevaux, John Juan crie « CABALLO ! » sans cesse, c’est une belle ponctuation.
Ensuite, on arrive à une grotte, on nous propose un guide pour traverser la montagne.
MAIS CARRÉMENT JE VEUX TRAVERSER LA MONTAGNE.
Le monsieur a une lampe de poche. Dans l’embouchure du tout début, des nids d’hirondelles partout dans la roche. Et un peu plus haut, des nids d’abeilles, et de guêpes, je pense à Philonille qui serait partie en hurlant. Ensuite on s’engouffre dans un conduit. Il y avait de l’eau avant ici, des stalagtites et mites à droite à gauche. Le guide raconte que quand il pleut fort, l’eau remonte un peu. On trouve quelques troncs d’arbres ramenés par les eaux. Il y a des moments plus étroits que d’autres (that’s what he said…) mais la sensation d’aventure est là. C’était assez court comme expédition, mais même, call me Indy. Dans ma to-do liste de la vie, je peux noter que j’ai traversé une montagne en amoureux.
Ensuite, le fameux lac. Qui donc n’est pas un lagon dans la montagne, mais bel et bien, un lac. Perso, j’aime et les lagons et les lacs, donc, je ne suis pas du tout déçue. On paye un CUC pour rentrer, les autres français trouvent que ça vaut pas le coup, parce que donc, c’est pas un lagon, mais un lac, ils restent dehors et vont boire un truc à l’autre cabane, éloignée du lac.
On s’installe, il y a un bar devant le lac pas lagon. Le monsieur en fait des caisses d’enthousiasme, nous propose le meilleur mojito de tout Cuba. Manu prend un mojito, et moi du lait de coco dans une noix de coco. On voit un monsieur partir derrière la cabane bar, on entend quatre coups de machette, derrière le bar apparaît ma noix de coco fraichement machettée, on m’ajoute une paille, et voilà. Hihi. Je bois un peu du jus, et le monsieur expansif qui fait trop de blagues me remet à niveau avec du rhum. C’est pas con. Et du miel.
On peut se changer dans la cabane-chiotte pour se baigner.
Un peu partout, déjà, je sens que les gens regardent beaucoup les tatouages, quand je sors de la cabine, j’élude les regards, mais je sens l’insistance. C’est pas grave, je pige en vrai.
On nage, dans le lac et le bonheur. En sortant, le monsieur m’apporte ma noix tranchée en 4, avec du miel par dessus pour pouvoir manger la chair, mais sans rhum. C’est très déconcertant.
John J Waynos vient nous chercher, il faut se remettre à cheval.
C’est donc le moment du retour, sans escale, mais l’orage approche. John Juan nous presse un peu, on a fait du galop. C’était la première fois de Manu, il était aussi fier que mitigé sur la sensation (je dis ça parce qu’après, il fait «Oh j’ai détesté ! » mais en souriant tellement fort que je pense qu’il a trouvé ça formidable. Pas de panique hein, on n’a pas galopé dans les champs pendant 30 minutes, non plus. Misons plutôt sur 130 mètres.
Ça m’a rappelé mes vacances en Lozère chez ma tante Laurence. On partait, à plusieurs mômes, je ne sais plus très bien quel âge avait celui qui nous accompagnait, mais je pense pas plus de 15/17 ans. Et on partait, à l’aventure, dans les causses. C’est comme ça que c’est beau, de faire du cheval. Crier « AH LES INDIENS » et partir au galop en faisant YIHA dans les étendues sauvages. Ça m’a rappelé tout ça, cette balade.
On a croisé plein d’autres guajiros. Kézako ? Et bien, mmm, la virilité homme. Chapeau, éperons en étoiles pointues, l’autorité tacite, mais pas que, car ils ont aussi une machette à la ceinture. Ça envoie pas mal de respect, une machette qui arrive au genou. (cmb).
Revenus à la casa, à la seconde où on est arrivé, il s’est mis à pleuvoir. Marco (le fils) a éteint l’électricité, a mis des chaussures. J’ai donc attendu pour prendre une douche. J’ai brodé dans le rocking chair de la terrasse, Manu a fait une sieste.
Une balade dans Vinalès, trouver le magasin officiel pour acheter les cartes d’internet, puis faire un tour sur la fameuse place où il y a du wifi, se poser pour contacter la casa de demain, puis aller voir des verres. On a croisé deux français, on a discuté de nos déboires de la Havane, c’est assez rassurant de voir que le sentiment est partagé. On réfléchit d’ailleurs à réorganiser la fin du séjour parce qu’on n’a pas du tout envie de passer trois jour plein dans la capitale.
On rentre manger, bien sages et bien à l’heure, à 20h.
Là encore, le diner. Une soupe d’un genre de courge, délicieuse, tellement délicieuse, du porc mariné avec du citron, comme Manu a dit qu’il adorait l’avocat, une tonne d’avocat (il m’a obligé à finir l’assiette pour ne pas vexer, huhu), des chips de bananes, des bananes plantains frites, des frites de manioc, des tomates, du concombres, du riz au haricots noirs, du flan au caramel, une bière si fraiche. Si on était 6 à table, ça serait parfait, mais on est deux.
Mayra, Omar et Marco viennent discuter à la fin du repas, c’est formidable. On raconte des trucs de la France (les vélibs par exemple), de l’éducation, des arnaques de la Havane, de l’ambiance formidable de Vinalès, qu’on a trop mangé, on parle de prononciation et de vocabulaire. Enfin, quand je dis « on », c’est un peu comme hier, Manu blablate, et je souris beaucoup en pigeant à peu près. Mais c’est animé et joyeux, on se raconte nos mondes et on rit beaucoup.
On part faire un tour en ville, sur la même place d’internet, la musique braille de la mauvaise musique cubaine (le fameux cubaton -à le reggaeton de Cuba, tout un programme), et de la salsa un peu électronique cheap. On est loin loin du Buena Vista Social Club. Les gens boivent et dansent dans la pénombre bruyante.
On va faire un tour dans le bar qui est derrière. Ce n’est pas vraiment un bar, c’est le centro cultural, c’est comme une salle des fêtes un peu, mais avec un vrai bar et du rhum, un monsieur qui présente et chante salsa karaoké, et les gens dansent et boivent aussi.
Entre les chansons, il y a de la danse chorégraphiée. Des jeunes gens un peu rachitiques, gracieux et touchants dansent sur du Céline Dion en espagnol (Manu dirait Celina Dionas). La fragilité de ce moment me secoue un peu, c’est très déconcertant. Ce jeune homme aux bras maigres, qui danse d’un air inspiré, en enchainant les entrechats et les grands écarts avec un air grave. Ce n’est pas du tout risible, c’est très fragile.
Il est temps d’aller dormir. On rentre, Manu parle encore un peu avec Omar, c’est le moment où la fatigue et l’angine me rattrapent, je me prépare à tousser pour la nuit, et aux courbatures de demain.
Départ pour Playa larga, et 6h de route.
Toutes les photos du jour :
Le « petit » déjeuner
Sur le toit de la maison de John Juan

Les nids d’hirondelles de la grotte.

D’après notre guide, c’est le profil de Sarkozy.





















































