On se réveille tranquillou vers 6/7h du matin à la Casa Lilly.
Manu dort encore, j’essaye de prolonger.
Finalement, c’est lui qui se lève, je me douche longtemps, et il vient me chercher pour le petit déjeuner. (Les Casas proposent le petit déjeuner moyennant supplément).
Je sors de la chambre après la douche, et je découvre la casa de jour. En fait, c’est un appartement, où les pièces sont converties en chambres d’hôtes. Sauf que je suis sur le palier central, que les portes sont fermées, et que j’ai pas l’air malin à pas savoir où aller. Je retourne dans la chambre, je sifflote tranquillou en espérant que Manu vienne me chercher. Bon, il ne vient pas me chercher, je retourne sur le palier. J’ouvre une porte au pif et, triomphe et joie, au lieu d’un touriste nu se douchant, je tombe sur le salon qui mène au balcon où se trouve le petit déj. En fait, on est assez nombreux à dormir là (au moins 4 couples). Le petit déjeuner est super. Une salade de fruit avec de la papaye (ne pas dire papaya ici, car c’est la désignation de la fouffe, et à l’heure où j’écris j’ai oublié comment ça s’appelle, mais donc, il ne faut pas dire papaya – entre temps j’ai redemandé et c’est fruta bomba), et ce fruit sent le prout, puis des œufs comme on veut (omelette ou fried), avec du pain, du beurre, et puis du café pour moi, du rien pour Manu qui n’aime aucune eau chaude, et puis, pour conclure alors que je croyais ce petit déjeuner conclu, un genre de crêpe trop super où on peut mettre du miel, mais moi j’ai mis du sucre. Et un jus de fruit orange mais pas de l’orange.
On se prépare ensuite pour partir en balade.
Step one : trouver des sous dépensables, et des clopes pour Manu parce que je pense qu’il aime bien tousser.
On passe à la banque, une micro banque, avec des micros chats qui trainent devant. Le box de la dame qui me change mes sous est très minimaliste. Ce que je veux dire, c’est que le plafond est pourri, la déco aussi, les couleurs terribles, l’état des lieux est ohlalala, et je ne peux pas m’empêcher de penser à mon rôle de déléguée du personnel et des débats sur le « bien être au travail ». Je suis parfois mitigée sur les desideratas exprimés, là, c’est retour aux essentiels fissa, je nous trouve bien capricieux.
Direction : le Malecon. C’est la promenade qui longe la mer. D’un côté, la Havane de l’autre, la mer. Dans le cas présent, la mer à notre gauche, la Havane à droite. On croise un stade, dévasté par l’usure. Une forêt de mats de drapeaux (près de l’ambassade américaine qui vient de rouvrir). Deux drapeaux flottent : le drapeau cubain, et le drapeau américain, c’est si étonnant.
Il n’y a absolument personne, à part un joggeur, et deux vieilles dames.
Un peu plus loin, on croise un monsieur sympa qui nous demande d’où on vient, blabla, et qui décide spontanément de nous accompagner. Alors, au début, c’est chouette : descriptif de la ville, anecdote, empathie pour les attentas en France, mais au bout de 20 minutes de visite et de marche au pas de course, ça me saoule. Et je m’en veux. Je m’en veux parce que d’un coup je suis méfiante. Je me demande où il nous emmène. Il évoque plusieurs fois les fabriques de cigares, et le festival de la rumba. Il doit vaguement sentir mon agacement, car il dit plusieurs fois que la mafia n’existe pas ici. Bref, on se dépêtre mal. On suit, on acquiesce, on dit plusieurs fois merci, il insiste, on suit, il parle, nous plus du tout. Il nous fait rentrer dans des endroits, pour en ressortir aussitôt. Arrivés dans le coin du Dali local (de fait c’est très beau), Salvador Gonzalez Escalona, Manu dit un coup plus fort que merci-mais-c’est-bon-bisou, le monsieur part, offusqué, mais sans discuter vraiment. Ça nous laisse mitigés, pantelants, agacés, tendus. C’était très long en vrai, cette balade au pas de course qui nous menait je ne sais où. Certainement rien de grave, certainement une arnaque aux cigares. Mais ça biaise un peu tout.
On s’arrête dans un bar, il est 11h, on boit un mojito. Très léger, sur les conseils du patron, qui nous propose des cigares qu’on refuse gentiment. Nous payons gentiment notre verre un peu trop cher et nous marchons vers notre casa. C’est un peu loin, il fait mille degrés, à peu près.
On s’arrête manger dans une « cafeteria » conseillée par le propriétaire de notre casa. On commande du porc, avec des chips maison de patate douce, du riz avec des haricots noirs. C’est bon, ça fait du bien. On commande chacun une bière. Il se trouve qu’elles sont chaudes, alors, on nous met des glaçons dans un verre. Oh, j’entends la Belgique, l’Irlande et l’Angleterre hurler au scandale. Mais c’était bien, c’était frais, les glaçons diluent l’amertume de la bière, j’aime bien. J’ai super honte ok, mais les glaçons dans la bière, ça devrait devenir aussi connu que le spritz.
Retour à la casa, sieste fiévreuse et toussante. Pendant ce temps, Manu explore le guide, se piqure de rappel l’histoire de Cuba, et moi je ronfle en raclant mes amigdales et mes chevilles souffreteuses.
Il nous a choisi un itinéraire, des destinations, des bars et des restau. En route pour la Plaza de la Revoluzion. C’est l’endroit des discours, la spécialité de Fidel. Son plus long discours ? : 7h15, sans pause. ET OUAIS. Cette place peut accueillir des milliers et des milliers de personnes. Allons-y, let’s go, c’est parti les amis.
La balade commence, sur la route des nids de poule, ou plutôt des grottes à ours. Les trottoirs aussi sont abimés, la végétation alentours super chouette, les murs racontent la ferveur politique.
On arrive sur la place : une douzaine de touriste éparpillés. Fidel et le Che dominent depuis leurs murs arty. On fait la photo classique, c’est important. Manu est ému, il le dit, et ça se voit.
On se remet en route, on se dit qu’li faut retourner voir les fresques folles de Salvador Gonzalez Escalona, cette fois-ci, à notre rythme.
Arrivés sur place, on se refait alpaguer, très brièvement cette fois, vente de disques, de cigares. On décline. Mais c’est beau. Des baignoires encastrées un peu partout, des messages, des façades aussi déglinguées que chatoyantes.
Et ensuite, on se dirige vers la vieille ville.
Pour y accéder, on traverse les quartiers les plus abimés. La splendeur d’antan est si diffuse. Les façades s’écroulent, il y a des têtes de cochons dans le caniveau.
La ville est belle, mais son paradoxe commence à nous heurter. J’hésite à prendre des photos, c’est à la fois si magnifique et si triste. C’est une ville fantôme habitée. Un monsieur demande du feu à Manu, et lui donne une cigarette en échange. Il nous demande d’où on vient. Il conclut que la France c’est super, mais pas les Etats Unis, « American people are crazy ». On croise plein de mômes qui joue, sur le même air de « na na na nanèreuh » que partout ailleurs. On marche, on remonte Italia (les « Champs Elysées cubain), les couleurs sont décidement belles, les jeunes squattent devant les hôtels pour avoir du wi-fi, on croise des réparateurs de briquets Bic.
C’est assez schizophrène comme visite, on passe de « OoooooOoOOh », à « Ohlalala, pfiou, putain de merde, la vache. »
Ce que nous pensions être la vieille Havane ne l’était pas, mais nous y voilà. Bâtiments grandioses, touristes et vieilles voitures. C’est le quartier qui rassure. La dose d’abimé, les bars plus chic, du maintenu en vie, un peu mieux qu’il y a quelques mètres. Pas vraiment de client cubain dans les rades et les restaus, par contre. Mais de fait, c’est beau, très. Un théâtre abandonné me bouleverse tout particulièrement. Je prends une photo de l’intérieur au travers d’une fenêtre écroulée. On aperçoit les balcons, tout est envahi par la végétation, c’est incroyable, magnifique et si étrange, car dernière nous, le Capitole est flambant neuf (réplique du Capitole ricain…)
On se balade un peu plus, on suit le post-it d’Hélène et Charlotte qui nous conseillait un bar chouette qui était effectivement très chouette ! On a bu, mojito, daiquiri, gin tonic. On a mangé, des croquettes de je ne sais quoi, une assiette de différentes saucisses avec des petits pains à l’ail, c’est délicieux. Le bar est petit, trois tables, avec la phrase épatante peinte sur un mur : « Hemingway n’a jamais bu un verre ici ». On reste un moment, des gens attendent dehors, on finit par être joyeusement imbibé pour laisser notre place.
Des français assis à côté de nous nous ont conseillé une fabrique de bière. Off we go.
La rue est quasi piétonne, les portes sont ouvertes sur des escaliers raides comme la justice, on voit souvent l’intérieur des logements. C’est impossible de se projeter dans cette vie. Le quotidien est si éloigné du notre. Tout semble rafistolé, ou foutu pour toujours. Une fois la nuit tombée, il y a des tas de fenêtres allumées. De jour, j’aurais pu jurer que ça ne pouvait pas être habité. Photographiquement, c’est incroyable. Encore une fois, « Oooh ! » et « Ohlalala ».
Ce qui est formidable, après les lectures de Manu, c’est que le taux d’alphabétisation crève le plafond (99,8% !!!), le chômage est bas (comme les salaires, par contre), le système médical est excellent (un des meilleurs au monde), les transports pas chers. Mais comment savoir si la vie est belle ? Sur les murs, on voit plein de panneaux qui souhaitent un bon anniversaire à Fidel.
(Ce matin, pendant que j’écrivais, Manu a discuté avec Ramon, le vieux monsieur de la casa, et il lui a expliqué que La Havane s’étend, car c’est plus facile de construire du neuf un peu plus loin que de reconstruire le vieux merveilleux.)
On arrive à la fabrique de bière. C’est très grand, plus moderne, des télés passent des clips de techno-rap cubains (du cubaton, hum), c’est kitsch à souhait, et il y a beaucoup de vocoder. De filles sur des canapés avec des chouettes décolletés, et des mecs super musclés qui secouent vachement leurs bras.
Un groupe s’installe. Ça joue, et bien. Le boulot sur les voix est fou, une chanteuse et les musiciens aux chœurs. Quelque client se lèvent et dansent la salsa. On effleure enfin la musique d’ici.
Un taxi pour rentrer, courbaturés de fatigue et de soleil.

Et toutes les photos :
Vas bien, Fidel
La tête de cochon du caniveau.
Le vieux théâtre
Le Capitole
Le chien sur un balcon du théâtre.
Le vieux théâtre abandonné en plein centre ville.
























































































